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La Belgique : maillon faible de l’Europe maastrichtienne Abonnés

OPINION. Traversée par de multiples crises politiques internes, la Belgique a progressivement lié son destin à celui de l’Union européenne. Pour les auteurs, le rattachement de la Wallonie à la France permettrait de garantir au pays un avenir moins incertain.

La Belgique : maillon faible de l’Europe maastrichtienne

La Belgique a pris l’habitude de faire alterner les crises politiques, et les périodes de stabilité relative. C’est donc régulièrement, lorsque la formation du gouvernement fédéral patine, ou que ce dernier est paralysé, que le sujet de l’avenir du pays revient sur la table. Bien sûr, il s’agit le plus souvent d’une posture, de la part de tel mandataire politique, tel journaliste ou tel universitaire, destinée à rompre l’inertie des négociations. Lors de ces occasions, la question de l’indépendance flamande, et de la réunion (ou rattachement) de la Wallonie à la France ressurgit dans le débat public, de façon plus ou moins discrète, selon la gravité de la crise. Car le courant réunioniste est certes minoritaire, mais bel et bien vivant, représenté par plusieurs collectifs et organisations. Parmi eux, on compte notamment l’Alliance Wallonie France (AWF), mouvement citoyen pluraliste et indépendant, de statut associatif, le Rassemblement Wallonie France, qui possède quant à lui le statut de parti politique, ou encore le Groupe d’Étude pour la Wallonie Intégrée à la France, qui est lui un laboratoire d’idées.

Notre intention est ici de sensibiliser aux enjeux de cet engagement. Pour la Belgique, l’Europe maastrichtienne est l’ultime bouée de sauvetage. Le voyageur français débarquant sur le quai de Bruxelles-Midi, pour visiter la « capitale de l’Europe », et qui en resterait là, aura tôt fait de tirer des conclusions hâtives quant à la situation réelle de ses « voisins d’outre-Quiévrain ». Convivial, rabelaisien, baroque, surréaliste sont des adjectifs qui peuvent s’appliquer au pays. Choses qui, d’un point de vue culturel, offrent un intérêt certain, et dont se nourrissent d’ailleurs les remarquables artistes belges francophones (dessinateurs, peintres, acteurs, écrivains). L’une des problématiques du réunionisme est d’ailleurs de maintenir un tel « écosystème » après le rattachement.

Politiquement, il n’en va pas de même : contrairement aux apparences consensuelles, la Belgique peut devenir à chaque nouvelle crise gouvernementale un « point chaud » de l’Europe. Non pas que la guerre sommeille, prête à surgir — par bonheur on en est encore loin ! Mais une impasse institutionnelle débouchant sur la scission du pays aurait des conséquences majeures à l’échelle du continent. Le sort de la Belgique et celui de l’Union européenne (UE) issue du traité de Maastricht sont indissociablement liés. Si l’une tombe, l’autre tombe à son tour, quel que soit l’ordre de la chute… Après six réformes de la Constitution depuis 1970, sa structure étatique s’est littéralement insérée dans la structure supra-étatique de l’Union européenne. Les deux structures ont évolué, ces dernières décennies, par analogie réciproque, curieux phénomène de « résonance ». De fait, la Belgique est devenue un « symbole de l’Europe », faisant coexister en son sein diverses communautés de façon globalement « pacifique et harmonieuse », « école du compromis permanent » dont s’inspirent avec bonheur les institutions de l’UE, sans doute influencées, en effet, par le contexte local…Tel est le discours officiel, porté jusqu’à la caricature par les tenants des « États-Unis d’Europe ».

La politique en Belgique : entre gestion bonhomme du quotidien et crise communautaire

Bonne nouvelle à court terme, au regard des lourds problèmes immédiats, la Belgique dispose depuis le 1er octobre 2020 d’un gouvernement de plein exercice, dirigé par le libéral flamand Alexander De Croo, regroupant les familles libérales, socialistes et écologistes, et le Parti social chrétien flamand. Cependant, ce gouvernement ne dispose pas d’une majorité en Flandre, pourtant numériquement supérieure. En effet, les principales forces flamandes, Nieuw-Vlaamse Alliantie (droite nationaliste) et Vlaams Belang (extrême droite indépendantiste) siègent dans l’opposition. Dans un contexte de crises constitutionnelles régulières (2008-2010, puis 2018-2020), la domination économique et politique de la Flandre s’accentue : les élections législatives de 2019 ont confirmé une Flandre de plus en plus à droite (et riche…), et une Wallonie de plus en plus à gauche (et pauvre…) La divergence entre les deux opinions publiques est croissante. De plus, scellé par une loi de financement en 2014, l’avenir budgétaire de la Wallonie est très sombre, au vu de la fin programmée des transferts financiers venant du Nord (7,5 milliards d’euros/an). Dès lors, les élections communales, régionales et fédérales de 2024 apparaissent déterminantes. Selon les sondages, une nette tendance centrifuge se dessine : renforcement des nationalistes flamands et de la gauche radicale en Wallonie et à Bruxelles (avec le Parti du travail de Belgique) ; émiettement des familles traditionnelles, percée contenue des écologistes... La confection d’une majorité fédérale deviendrait un casse-tête absolu ! À moins d’approuver les revendications confédéralistes du Nord, dont la scission de la Sécurité sociale : soit la fin de toute solidarité nationale, annonçant celle du pays…

Le rattachement : une question géopolitique

Une évidence : le destin de la Belgique dépend des seuls Belges. Toute ingérence directe est à proscrire. En revanche, dès le début d’une « crise terminale », le « dossier belge » deviendrait une question internationale, s’ajoutant à l’affaire politique intérieure. La Belgique, en tant que « modèle », sera défendue bec et ongle par les euro-fédéralistes. Les institutions de l’UE, ses réseaux, ses officines telles que la Fondation Robert Schuman — se lanceront dans la bataille. Leur force médiatique est considérable : il faut s’attendre à un rouleau compresseur propagandiste, à des propos exaltés en faveur de l’unité du « peuple belge ». Avec toujours la certitude d’être du bon côté de l’Histoire, comme en 2005 lors du référendum sur la « Constitution européenne »… L’Allemagne aura un œil sur la communauté germanophone, autour de la ville d’Eupen. Cet intérêt pourrait déboucher sur des négociations visant à récupérer ce petit territoire devenu belge suite aux conflits armés, si les populations le demandent. La République fédérale devrait surtout se situer en position d’arbitrage et d’apaisement. Le Luxembourg, a priori, n’a pas de visées annexionnistes sur la province belge du même nom. Cette dernière étant de culture romane, et le Grand-Duché, une terre germanique, l’unification serait d’ailleurs bancale. Une simple page Facebook « Réunification Grand-Duché de Luxembourg » a donné lieu à quelques articles dans la presse belge. L’argumentaire est essentiellement économique, fondé sur la prospérité du petit État. Initiative marginale, mais pouvant parasiter les négociations concernant la Wallonie tout entière. Un parasitage orchestré peut-être par les deux familles régnantes, qui entretiennent des liens privilégiés… Les rapports entre les Pays-Bas et la Flandre sont déjà très étroits (échanges transfrontaliers et nombreux accords bilatéraux). L’indépendance flamande permettrait de doubler l’influence néerlandophone en Europe, quelle que soit la forme constitutive que prendront les relations entre les deux États. La Flandre et les Pays-Bas agiraient de concert dans la plupart des domaines, les différences (politiques, économiques, culturelles) entre les deux étant pour le moins ténues.

Mais l’action des Pays-Bas dépendra également de la vivacité des idées orangistes. L’orangisme désigne le projet de réunir tout l’espace néerlandophone dans un Groot Nederland sous le règne de la maison d’Orange. L’idée n’est pas nouvelle, mais a ressurgi récemment, en août 2020, sous la plume de l’économiste Peter De Keyzer et du journaliste Olivier Van Horenbeeck, dans les colonnes de TIJD, le principal titre économique flamand. L’exact équivalent de la réunion, de l’autre côté de la frontière linguistique ! L’attitude de la France pourrait ressembler à celle des Pays-Bas. Certes, les réunionistes y disposent d’alliés naturels, principalement au sein des courants gaullistes, républicains et souverainistes. Mais il est ici question de l’action de l’État et du gouvernement. Il n’y aura pas d’unanimité au sein des cercles dirigeants. Outre les milieux fédéralistes, le corps diplomatique lui-même sera réservé, sa doctrine étant par principe hostile aux changements de frontières. Du reste, le Quai d’Orsay pourrait penser qu’un nouvel État francophone regroupant la Wallonie et Bruxelles – une « Belgique résiduelle » – serait l’« allié naturel » de la France…

Cependant, cette stratégie est à double tranchant : un tel État, économiquement fragile, serait susceptible de tomber sous l’influence d’une autre puissance, soucieuse de disposer d’une voix francophone plus docile… Cette « autre puissance » n’étant pas forcément située de ce côté-ci de l’Atlantique… Il est impensable que les États-Unis restent indifférents face à la disparition d’un pays accueillant le siège de l’OTAN dans sa capitale et le SHAPE (le quartier général de l’alliance), à proximité de Mons, dans la province du Hainaut. La perspective de voir tout ou partie des institutions de l’Atlantique Nord se retrouver sur le territoire français n’enchanterait guère le Secrétariat d’État états-unien… Un retour à la politique gaullienne d’indépendance demeure une éventualité : un scénario comparable à celui de 1967 (départ du commandement intégré) devient alors crédible… À la réflexion, la solution la plus conforme aux intérêts états-uniens serait d’empêcher l’éclatement du pays, et si cela n’est pas possible de favoriser l’émergence de la « Belgique résiduelle ». C’est d’ailleurs aussi la solution soutenue, en dernier recours, par les « belgicains » les plus acharnés : on voit donc là une connexion possible…

Et pour ajouter un élément dans cet écheveau inextricable, l’avenir de l’agglomération de Bruxelles, « nœud gordien » du pays (francophone à plus de 90 %) n’est en rien évident ! Les élites économiques bruxelloises, les réseaux proches de la monarchie belge, les ultimes citoyens partisans de ladite monarchie (qui donneront une « touche populaire » à l’ensemble), alliés aux institutions européennes et aux États-Unis, n’auraient rien contre l’idée d’une « capitale fédérale » de l’UE sous « statut européen », ou sous la forme d’une « cité-État ». Tout serait mieux qu’un vulgaire rattachement à la France républicaine honnie ! Y compris, en ultime extrémité, la fusion dans un État flamand, moyennant une vague promesse de bilinguisme… Dans ce contexte difficile, les négociations portant sur les communes « périphériques », francophones, mais situées en Région flamande, seront essentielles. Seul un puissant soutien français pourra permettre le transfert de ces communes à la région bruxelloise, condition sine qua non pour que l’agglomération évite l’absorption progressive par la Flandre. Non, la France n’abandonnera pas Bruxelles hors de la francophonie ! Le destin de Bruxelles sera peut-être différent de celui de la Wallonie, mais sauf trahison des dirigeants locaux, ne sera pas flamand !

L’intégration par un statut constitutionnel particulier

L’action des réunionistes doit notamment consister à construire un projet viable. Ainsi, l’Alliance Wallonie France adhère au projet de statut d’« intégration-autonomie ». Étudié par Jacques Lenain, ancien haut fonctionnaire français et validé par Didier Maus, ancien président de l’Association internationale de droit constitutionnel, ce statut prévoit l’introduction dans la Constitution française d’un titre dédié à la « Wallonie française » (ou à la « Belgique française » si les Bruxellois rejoignent aussi la France). Wallons, citoyens français à part entière, élisent leurs députés et le chef de l’État. La France reprend les fonctions de l’ex-État fédéral dans les domaines régaliens, soit avec ses propres lois (affaires étrangères, défense, normes sécuritaires, etc.) soit en agissant dans le cadre de la législation belge maintenue au sein d’un droit local (législation civile, droit associatif, statut des religions, etc.). La France négocie avec la Flandre la répartition des actifs et passifs de l’ex-État belge. La Wallonie conserve les pouvoirs importants qu’elle détient aujourd’hui dans le cadre belge, y compris l’éducation et la culture, et peut dans ces domaines appliquer un droit interne adopté par sa propre assemblée. Un tel accord serait évidemment validé par un référendum, tant du côté wallon que français. En rejoignant la France, les Belges francophones (ou les Wallons seuls, si Bruxelles fait un choix différent) emporteront « leur Belgique » avec eux : son histoire, sa géographie, sa culture, ses traditions, son patrimoine, la généalogie de chacun, et tout ce qui fait son identité. Il n’est pas question de renier quoi que ce soit du « passé belge ». Les ancêtres des Wallons et des Bruxellois actuels n’ont évidemment pas vécu pour la Belgique en vain. La France est suffisamment grande, et bienveillante, pour accueillir l’intégralité de leur héritage et de leur mémoire !

La réunion : une réalité à construire

De notre point de vue, la disparition du « Plat pays » est probable, et souhaitable. Mais l’événement n’est pas inscrit dans les astres ! L’Histoire est malicieuse, et se plie mal aux lois intangibles. La frontière est floue entre les facteurs structurels et conjoncturels : il est presque impossible de les classifier a priori. Qui aurait pu prédire, dix ans à l’avance, la Révolution française ou l’écroulement de l’Empire soviétique ? Le déterminisme ne régit pas l’Histoire, il n’en est qu’un des supplétifs. L’avenir doit être construit, sans garantie de succès. Car même lorsque le contexte semble favorable, il est très difficile de « casser » une fédération : le Canada tient bon, il a fallu une guerre pour démanteler l’Empire austro-hongrois en 1918, et seul l’écroulement de l’URSS a libéré les ex-républiques soviétiques. La Tchécoslovaquie est l’exception qui confirme la règle… Au travail ! Tous les réunionistes ne sont pas souverainistes, mais tous partagent un objectif : être acteurs d’une contre-culture alternative, républicaine, sociale et populaire, participant – pour l’instant de l’extérieur – à la reconstruction d’une France libre et rénovée !

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