Menu
analyses
Droit de vote
Le droit de vote des compatriotes de l’étranger Abonnés

OPINION. Dans sa dernière allocution, Emmanuel Macron s’est notamment adressé aux Français résidant à l’étranger. L’occasion pour notre abonné d’ouvrir le débat sur la légitimité pour les compatriotes ne résidant pas sur le territoire national d’avoir le droit de vote.

Le droit de vote des compatriotes de l’étranger
Publié le 12 avril 2021

Dès le début de son dernier discours, à l’occasion duquel furent annoncées les dernières mesures, cela va mal : notre président salue ses « chers compatriotes de métropole, de l'outre-mer et de l'étranger » au lieu de simplement saluer ses compatriotes. Ce terme présente l’avantage de ne pas se décliner au masculin et au féminin comme « chères concitoyennes, chers concitoyens ». Mais pourquoi malgré tout chercher à faire cette distinction ? Il n'y a pas de raison de saluer ses compatriotes selon leur lieu d'habitation...

Sauf peut-être pour un président qui aime à cloisonner les identités (il s’est ainsi présenté comme un « mâle blanc » le 22 mai 2018) en même temps qu'il prétend lutter contre le séparatisme. Il impose aujourd'hui un troisième confinement aux habitants de France après avoir refusé d’imposer une quarantaine aux personnes passant la frontière depuis un an.

Mais logiquement, le contrôle des frontières est la conséquence du confinement. En effet, si l’on enferme les habitants pour que le virus puisse mourir à petit feu, il serait absurde de faire revenir la maladie par les individus entrant en France sans être soumis à une quarantaine. Sauf évidemment à préférer le principe de la liberté de circulation à la santé de ses administrés ! C’est ce que François de Closets a récemment expliqué dans le journal l’Opinion par une position idéologique de notre gouvernement. On peut noter que pour lutter contre la pandémie, le contrôle des frontières est la politique de pays démocratiques tels que la Corée du Sud, la Norvège et la Nouvelle-Zélande et d’une dictature comme la Chine. C’est en fait la seule politique qui fonctionne.

Mais revenons à nos moutons. Par cet appel à ses « compatriotes de métropole, de l'outre-mer et de l'étranger », notre président montre qu’il compte fortement sur le vote des FRE (Français résidant à l'étranger) pour accrocher le second tour.

Et là est l’objet de ce billet. Contrairement à d’autres États, la France n’a pas traditionnellement fondé le principe de nationalité (et de citoyenneté) sur le sang. La France devait idéalement être un choix du cœur ou de la raison, en tout cas le choix de la Liberté. Mais depuis de nombreuses années un nombre croissant de Français quitte la France et vote sans subir les conséquences de son vote. Cela se comprend très bien dans le cas particulier du personnel diplomatique. Mais il me semble que les nationaux français résidant à l’étranger ne participent pas à la vie de la cité. Tout en conservant le bénéfice du passeport et des services du ministère des Affaires étrangères, ils pourraient continuer à être de nationalité française sans pour autant garder le droit de vote après un certain nombre d’années passées à l’étranger. C’est-à-dire que le droit de vote serait réservé aux personnes résidant en France, aux fonctionnaires en postes à l’étranger et aux expatriés récents. Par exemple sont privés du droit de vote les Allemands après 25 ans d’absence, les Britanniques après 15 ans, les Australiens après 6 ans et les Néo-Zélandais après seulement 3 ans.

Ainsi, la démocratie s’écarterait de la complaisance identitaire et se protégerait de l’influence des opinions publiques étrangères. C’est en effet pour ne pas paraître ainsi ou comme cela que parfois nous votons. Mais surtout, la démocratie doit être l’objet de ceux qui sont impliqués : on ne doit pas pouvoir participer à la décision sans y être soumis dans la même mesure que ses compatriotes.

0 commentaireCommenter