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Baby-boom ou baby-krach ? Penser la démographie à l’heure du Covid Abonnés

OPINION. La forte baisse de la natalité constatée en début d’année est le prolongement d’un phénomène qui court depuis longtemps. Trop souvent laissé dans l’ombre des politiques publiques, le déclin démographique est pourtant l’un des défis majeurs de notre société.

Baby-boom ou baby-krach ? Penser la démographie à l’heure du Covid
Publié le 13 avril 2021

Fin février 2021, l’information tombe : Les naissances ont baissé de 13% en janvier 2021 par rapport à janvier 2020. Il s’agit d’une chute inédite depuis 1975. Et dire qu’il avait été envisagé un baby-boom à la suite du confinement de mars 2020, comme après la fameuse panne d’électricité à New-York en 1965 ! C’est tout le contraire qui s’est produit.

Dans un premier temps, l’information n’est guère reprise, encore moins commentée ni analysée. Et on se retrouve bien vite confronté à l’avalanche quotidienne des chiffres du Covid et aux éternelles discussions sur le confinement, le couvre-feu… Pourtant, il y aurait tant à dire sur les causes et les conséquences de la dénatalité ! On aboutirait à la question essentielle : est-il possible et souhaitable de retrouver un dynamisme démographique ?

L’heure du constat

Il y a évidemment des causes conjoncturelles, à savoir la pandémie du Covid : confinement, incertitude économique et sociale, hystérie collective contre le virus, ambiance extraordinairement anxiogène… Tout se conjugue pour expliquer l’effondrement de la natalité, et les effets s’en feront sentir au moins en 2021 et sans doute bien au-delà.

Mais la chute des naissances remonte aux années 70. Elle est constante, avec quelques remontées sporadiques, jusqu’à aboutir à 696 000 naissances en 2020 : le chiffre le plus bas depuis 1945. Voici les chiffres pour la France métropolitaine, relevés dans Wikipédia :

La chute a connu une accélération ces 10 dernières années, avec 100 000 naissances en moins depuis 2010. Le plus frappant est de constater parallèlement l’augmentation considérable de la population depuis 1945 : 60% !

L’INED (Institut national des études démographiques) devrait tirer la sonnette d’alarme, cet organisme étant chargé depuis 1945 d’étudier les moyens matériels et moraux pouvant contribuer à l’accroissement quantitatif et l’amélioration qualitative de la population, et d’assurer la diffusion des connaissances démographiques. En fait, ses représentants ont tendance à minimiser et à rassurer, comme le fait aujourd’hui encore Laurent Toulemon, qui souligne que la France reste le pays le plus fécond de l’Union européenne. Certes, au pays des aveugles, les borgnes sont rois, mais est-ce vraiment rassurant ?

Les causes du phénomène

Les causes de cette dénatalité sont multiples : crise qui s’éternise, chômage, crainte de déclassement, sentiment des Français que leurs enfants vivront moins bien qu’eux… Tout cela ne pousse pas à se projeter dans l’avenir avec la naissance d’un enfant. La politique familiale, très généreuse dans le programme du général de Gaulle et du Conseil national de la résistance en 1945, s’est régulièrement amoindrie depuis les années 70. Aujourd’hui, elle est rognée de tous les côtés, et surtout soumise à un plafond de ressources, si bien que les riches s’en tirent toujours, que les plus pauvres sont aidés et que la classe moyenne, la plus nombreuse, est gravement fragilisée.

On oublie totalement l’esprit de la politique familiale, qui n’est pas une politique de redistribution, mais qui vise à équilibrer les niveaux de vie, à revenu égal, entre les familles selon leur nombre d’enfants. La conséquence se lit dans ce graphique datant de 2017 :

La baisse de fécondité est flagrante dans les déciles 2, 3 et 4 et augmente à partir du 5ème. L’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), dans son étude de 2020, confirme que la fécondité est la plus faible pour les femmes à niveau de vie intermédiaire (autour de 1400€/mois). C’est peut-être la France des Gilets jaunes, en tout cas une partie importante de la classe moyenne.

Dans le tableau ci-dessous de l’Insee, les choses sont encore plus nettes : pour les femmes nées en France, la natalité est très faible dans les trois premiers quintiles et elle s’élève dans les deux derniers ; c’est le contraire pour les femmes nées à l’étranger qui, par ailleurs, ont des chiffres de natalité très supérieurs dans tous les quintiles. C’est visiblement la classe moyenne des femmes nées en France qui a la fécondité la plus basse, faute de soutien financier suffisant.

Au-delà des motifs économiques, les mentalités ont changé. La famille, naguère célébrée comme la cellule de base de la société, est aujourd’hui ringardisée. La valeur à la mode est l’individualisme. La femme, dans les films et séries, se doit d’être hyper active et peu chargée d’enfants, et encore moins de mari !

Quant au père, n’en parlons pas ! Il est inexistant. Les féministes caricaturent le mâle blanc, Alice Coffin souhaite « sa disparition de nos esprits », une ministre affirme qu’un père est un simple porteur de gamètes, et qu’on peut le remplacer par un voisin ou une grand-mère ! Où est « le grand aventurier du monde moderne » qu’admirait Charles Péguy ?

Les familles sont monoparentales, pacsées, divorcées, recomposées, on parle théorie du genre, PMA, GPA… On vote l’extension de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes seules, tout en s’apitoyant sur le sort des mères isolées. Après une série de faits divers atroces commis en mars 2021 par de très jeunes mineurs, Laurence Rossignol, « ministre des Familles » de François Hollande, s’étonne : « Où est le père ? » D’autre part, selon l’INSEE, le nombre de mères isolées d’enfants mineurs a augmenté de 87% en 30 ans, avec une forte proportion d’immigrées. Il faudrait analyser cette évolution.

Enfin, le courant écologique prône la décroissance démographique. Yves Cochet demande des mesures pour « faire moins d’enfants et mieux accueillir les migrants qui frappent à nos portes ». Il propose « d’inverser la logique des allocations familiales. Plus vous avez d’enfants, plus vos allocations diminuent jusqu’à disparaître à partir de la 3èmenaissance. Ne pas faire d’enfant supplémentaire, c’est le premier geste écologique ». Greta Thunberg, en tenant à peu près le même discours, se taille un franc succès chez les jeunes.

Finalement, dans un tel contexte, on ne se demande plus pourquoi les Français ont moins d’enfants, mais pourquoi ils en ont encore autant ! On attendrait une réaction du ministre de la Famille… mais justement, il n’y en a plus depuis 2017, ce qui en dit long sur l’intérêt porté au sujet par notre gouvernement. C’est pourtant dans tous les domaines qu’on est amené à constater le rôle essentiel de la démographie.

Les conséquences

Prenons notre système social si généreux : 31,5% du PIB en 2018 : « un pognon de dingue » selon les mots d’Emmanuel Macron ! Son équilibre dépend du rapport actifs/inactifs. Que deviendra-t-il en cas de diminution des jeunes ?

Un seul exemple, la retraite. Le gouvernement voulait une réforme, on discuta interminablement sur la retraite à points, les réformes paramétriques… sans évoquer le facteur démographique. Et Jean-Paul Delevoye, à qui on posa la question, trouva immédiatement la solution : l’immigration y pourvoira ! « Il faudra 50 millions de population étrangère pour équilibrer la population active en 2050 en Europe » répondit-il… C’est l’art d’esquiver un problème en créant un autre problème, à la manière du Sapeur Camembert. Alfred Sauvy était plus clair : « Sans enfants aujourd’hui, il n’y aura pas de retraite demain ».

Quant à la prospérité du pays, elle dépend entièrement des actifs. Pour assurer un même niveau de croissance avec une main d’œuvre en diminution, il faudrait des efforts énormes de compétitivité, difficiles à demander à des entreprises françaises déjà écrasées de charges et d’impôts.

La France connaît depuis des années une croissance extrêmement faible, l’industrie s’écroule, perd ses fleurons (Alstom, Alcatel, Technip…), l’agriculture ne vaut gu§re mieux. Les investissements sont largement insuffisants : en pleine pandémie, Sanofi licencie ses chercheurs. On ne trouve pas de financement pour la biotech Valneva ? Les Anglais s’en chargent et en tireront le bénéfice. Même chose avec Xenothera, en recheche de traitement Covid : nos meilleurs cerveaux quittent la France, comme Stéphane Bancel aujourd’hui directeur général de de Moderna. On pourrait multiplier les exemples.

Aujourd’hui, notre pays est à l’arrêt avec le Covid. Pour repartir de l’avant, il faudra un élan gigantesque, un dynamisme, une adaptation aux changements incessants de la société et du monde, un goût pour la recherche et l’innovation. À qui le demander, si ce n’est à la jeunesse ?

C’est aussi à la jeunesse qu’il faudra confier la transmission de notre culture, héritée des générations précédentes, afin qu’elle se perpétue dans le futur et qu’elle continue à participer au rayonnement de la France.

S’il y a un investissement à faire, c’est dans la jeunesse, dans la politique familiale et dans la formation. Ce dernier point pose d’ailleurs un autre problème, celui de l’éducation nationale, qui régresse régulièrement dans les classements internationaux. Car s’il « n’est de richesse que d’hommes », comme disait Jean Bodin, j’ajouterai d’hommes bien formés.

En conclusion, citons Alain Minc : « Une population en augmentation ne garantit pas la croissance, mais une population en diminution l’interdit. » Il faut à la tête de la France des hommes qui voient loin : 25 ans pour élever un enfant, pour le former, c’est un énorme investissement à envisager au plus tôt, sans attendre que l’économie se remette de la crise du Covid. La France ruinée de 1945 a su se donner cette priorité et a enclenché ainsi la période des 30 Glorieuses. Aujourd’hui, l’enfant ne doit plus être considéré comme une charge : il représente l’avenir et l’espoir.

François Bayrou, le nouveau commissaire au Plan, a dit vouloir faire de la démographie une priorité. Puisse-t-il être entendu ! L’Italie, en plein déclin démographique, vient de proposer une série de mesures très généreuses pour relancer sa natalité : exemple à suivre.

Et qu’en pensent les Français ? Nos hommes politiques font sans cesse appel aux valeurs de la République, sans jamais les préciser. Or, quand on consulte nos compatriotes, ils mettent toujours en tête la valeur famille. Si on demande aux femmes le nombre d’enfants qu’elles souhaitent, elles donnent le chiffre de 2,39 (enquête de l’Union nationale des associations familiales réalisée en 2014), très au-dessus du chiffre réel de la natalité. Et 50% d’entre elles regrettent de n’avoir pas eu autant d’enfants que désiré. Et si, pour une fois, on faisait la politique souhaitée par les Français ? En l’occurrence, c’est l’intérêt vital de la France.

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