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Malgré le besoin de service public, les maisons France Services peinent à séduire les départements Abonnés

ARTICLE. Des maisons France Services éclosent un peu partout en France depuis deux ans. Elles sont censées pallier le manque de service public, notamment dans les zones rurales. Terra Nova vient de publier un point de situation dans lequel il met en avant le déploiement inégal du dispositif.

Malgré le besoin de service public, les maisons France Services peinent à séduire les départements
Publié le 14 avril 2021

Succès mitigé pour les maisons France Services. Voilà le sentiment qu’offre la lecture du rapport du cercle de réflexion proche du Parti socialiste Terra Nova, publié le 13 avril, sur l’état des lieux du dispositif. Annoncés le 25 avril 2019 par Emmanuel Macron, ces établissements permettent de centraliser les différents services qui font désormais défaut dans les communes plus ou moins reculées, sur le territoire. Hébergées dans les locaux de la poste, de la mairie, mais aussi des gendarmeries ou bien encore des sous-préfectures, elles permettent l’accompagnement des personnes dans leurs démarches administratives en ligne. Elles assurent les réponses aux questions de bases sur des thématiques qui ont trait aux impôts, aux papiers d’identité ou autres cartes grises. Elles fournissent également des services d’aide à la gestion du numérique.

Lors du Grand Débat national qui avait suivi la crise des gilets jaunes, des citoyens avaient fait part de leur dépit de voir l’État et l’administration inexorablement s’éloigner de leurs lieux de domicile. Seulement 52 % des participants déclaraient pouvoir accéder aux services publics. Pour répondre à cette crainte légitime, face aux désossements méthodiques du service public, notamment dans les zones rurales, le 1er ministre, Édouard Philippe avait lancé les maisons France Services le 1er juillet 2019, s’inspirant de l’exemple canadien. Un objectif ambitieux avait été fixé : une maison pour un canton. Une cible rehaussée à 2 542 structures de ce type, d’ici fin 2022. Un an plus tard, au 30 novembre 2021, seulement 856 structures avaient reçu le label France Services.

La solution contre l’illectronisme ?

Les résultats par départements sont assez hétérogènes. La moyenne nationale tourne autour de 25 maisons par département. Sur les 45 départements qui présentent un objectif supérieur à cette moyenne, dix figurent parmi les 20 derniers en nombre de structures labélisées. Sur 45 départements de plus de 6 000 km2, neuf figurent dans les vingt dernières places du classement. Parmi ces mauvais élèves, la Sarthe, la Moselle, le Loir-et-Cher, le Finistère, l’Indre, la Loire-Atlantique, les Côtes d’Armor, la Vienne et les Pyrénées-Atlantiques. Autre indicateur, la densité. Sur les vingt départements les moins denses, seuls quatre (Lot, Nièvre, Hautes-Alpes et Lozère) dépassent les 50 % de leur objectif final. L’Indre, la Creuse, ou bien la Corrèze ne sont même pas à 30 %.

Des pourcentages, qui interpellent dans certains cas. Si un département comme le Lot a bien pris en compte la nature de sa population, fortement âgée et éloignée des zones urbaines, d’autres départements pourtant limitrophes ne semblent pas présenter dans la même dynamique. Le besoin est pourtant là. Plus de 68,6 % des personnes âgées de plus de 60 ans déclaraient en 2019 ne pas avoir d’équipement internet. Pire encore, 93,9 % s’estimaient en situation d’illectronisme. Dans un monde où toutes les démarches administratives seront dématérialisées d’ici 2022, il y a urgence à offrir une aide à ces populations. D’autant plus que les zones rurales sont celles qui accueillent les tranches d’âge les plus élevées (dans la Creuse et Lot, les plus de 60 ans représentent respectivement 39,3 % et 38,9 % de la population totale). Les agriculteurs sont également la population qui déclare (à 45 %) le plus souffrir, d’après le Défenseur des droits, de difficultés à réaliser les démarches administratives du quotidien.

Terra Nova dédouane l’État

Assez maladroitement, Terra Nova tente de dédouaner le gouvernement de ses responsabilités : “L’État n’est pas le seul et unique responsable d’un supposé abandon des territoires. Loin de cette caricature, l’étude du déploiement du programme France Services met en lumière de véritables besoins de services publics et l’inégale mobilisation des acteurs locaux”. Il ne tenait qu’à l’État de légiférer pour obliger l’installation de ces maisons. Tout comme il ne tenait qu’à l’État de ne pas fermer des lignes de trains à foison, de ne pas fermer les maternités dans les campagnes, de ne pas fermer les administrations dans les villages ou les bourgs. Les maisons France Services sont un pis-aller.

Quoi qu’en dise Terra Nova, le besoin est là, il est palpable, et les citoyens français sont en attente. Il y a donc urgence à répondre à cette demande qui ne cessera de s’accroître à mesure que l’âge moyen progressera dans ces départements. Et ce n’est pas le chantage à la subvention (chaque maison France Service labellisée avant le 31 décembre 2021 est subventionnée à hauteur de 30 000 € annuel) qui offrira la réponse la plus adéquate. Que l’État prenne ses responsabilités et impose un quota obligatoire et non un objectif. Le service public n’a pas à être otage des joutes politiques entre les représentants de la nation et les élus locaux.

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