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Après les déserts médicaux, les déserts vétérinaires se multiplient dans les campagnes Abonnés

ARTICLE. Le Conseil national de l’ordre des vétérinaires est inquiet : de moins en moins de vétérinaires choisissent d’exercer à la campagne. Des déserts vétérinaires apparaissent ainsi un peu partout sur le territoire. La faute à l’évolution sociologique du métier et à une activité qui a perdu de son attrait.

Après les déserts médicaux, les déserts vétérinaires se multiplient dans les campagnes
Publié le 16 avril 2021

Jacques Guérin est formel : les vétérinaires sont à la croisée des chemins. Le président du Conseil national de l’ordre des vétérinaires est soucieux. Pour lui, “2021 sera une année charnière pour éviter le glissement de l’intérêt des vétérinaires pour l’exercice auprès des animaux de compagnie”. Un cri d’alarme, poussé face à l’évolution plus que préoccupante du nombre de vétérinaires en zones rurales. On connaissait les déserts médicaux ; place maintenant à leurs alter ego, les déserts vétérinaires.

Et pour cause : ils ne sont plus que 3 600 vétérinaires à exercer à la campagne, sur un total d’environ 8 500 inscrits à l’Ordre. Seuls 9 % des praticiens exercent exclusivement avec des animaux d’élevage. S’ajoutent après les 10 % de professionnels qui déclarent une activité mixte. Ces chiffres ne semblent pas prêts d’augmenter : sur les 550 étudiants qui sortent vétérinaires diplômés, seuls 15% choisissent d’exercer. « dans le rural ». L’apport de diplômés étrangers, pourtant conséquent (52,5 % des 1 113 nouveaux vétérinaires en 2020) n’enraye pas cette tendance.

Le lourd fardeau des vétérinaires ruraux

La société évolue et les vétérinaires ne font finalement que suivre le mouvement. Le dépeuplement des campagnes et la dégradation de l’offre de service public sont autant de freins que subit la corporation – comme le reste de la population. À cela s’ajoute la baisse du nombre d’exploitants et d’élevages (entre 2010 et 2016, les effectifs de bovins, ovins porcins et volailles ont diminué de 15%), qui réduisent les sources de revenus. Et enfin, la réalité du terrain : être vétérinaire à la campagne est tout sauf une sinécure. Vaches qui mettent bas, chevaux qui se fracturent un membre, épidémies de grippes aviaires chez les volailles… Le métier est éprouvant, autant physiquement que moralement. Il requiert une disponibilité à toute heure et en toute saison. Il n’est d’ailleurs pas rare que ces professionnels opèrent en pleine nuit, au cœur de l’hiver, dans le froid de granges mal éclairées.

Cette activité en zone rurale demande de nombreux sacrifices, physiques et personnels, pour une rémunération pas toujours au rendez-vous. La profession se féminisme fortement. Plus de 70 % des jeunes diplômés sont des femmes. Elles sont 55 % de l’ensemble des vétérinaires en France. Ces contraintes, notamment familiales, rebutent les jeunes diplômées, soucieuses de conserver un équilibre entre vie personnelle et professionnelle. Quant à ceux qui tentent le grand saut, le découragement arrive parfois vite. “L’isolement social et les contraintes des saisons, notamment les naissances de veaux au cœur de l’hiver, les font vite déchanter”, explique alors Daniel Biais, éleveur de vaches retraité dans la Nièvre interrogé par le Figaro.

Un enjeu central pour l’agriculture française

À force d’alertes, l’État s’est saisi du sujet. Le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a lancé, en 2016, une feuille de route relative " au maillage vétérinaire dans les territoires”. Plus concrètement, un plan décliné en 33 actions. Parmi les propositions, on trouve par exemple un stage tutoré de 18 semaines en zone rurale, en cinquième année, avant le choix de l’option qui n’intervient, elle, qu’en sixième année. Promulguée en 2020, la loi Ddadue (Diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière) permet l’attribution d’aides aux vétérinaires, par l’entremise des collectivités territoriales – dans le cas de figure où l’un d’entre eux décide d’exercer dans des zones définies comme "déserts vétérinaires". Si la mesure est applaudie des deux mains par l’Ordre des médecins, il n’est pas dit qu’elle ne suffise, car les aides similaires accordées aux médecins généralistes peinent à porter leurs fruits.

Le sujet est particulièrement préoccupant. Les vétérinaires occupent une place centrale dans l’écosystème du secteur primaire. Certains praticiens en sont désormais réduits à former eux-mêmes les agriculteurs aux premiers soins. Il est urgent d’inverser la tendance actuelle. Dans le cas inverse, Jacques Guérin est formel : “le corps professionnel vétérinaire saura s’adapter en opérant un reflux majeur et irrémédiable de l’exercice auprès des animaux d’élevage pour se laisser aspirer inexorablement par les activités liées aux animaux de compagnie, de sport ou de loisir”. Il en va donc de la survie de l’agriculture dans la “diagonale du vide” de la France.

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