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100 % Santé : les opticiens refusent de jouer le jeu Abonnés

ARTICLE.  La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a présenté à Olivier Véran une estimation de son enquête sur l’optique. La gamme des lunettes prises à charge à 100 % par l’assurance maladie et les mutuelles ne représente que 10 % des ventes. C’est moitié moins qu’espéré par l’État.

100 % Santé : les opticiens refusent de jouer le jeu

Pas content, Olivier Véran ; les opticiens font sécession. Mardi 13 avril, lors de la réunion en visioconférence du Comité de suivi du 100 % santé, le ministre de la Santé a élevé la voix devant les représentants du secteur de l’optique. Une enquête, en cours (elle aboutira en octobre), réalisée sur le terrain, par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a mis en avant le faible recours des professionnels de l’optique au 100 % Santé. L’État tablait sur 20 % de montures ou de verres vendus via ce dispositif. Le secteur afficherait, sur un panel de 322 magasins, un résultat proche de 10 %, voire en deçà. D’après la DGCCRF, les opticiens dénigreraient le nouveau dispositif… quand ils ne le présenteraient tout simplement pas aux clients.

Voulu par Emmanuel Macron et inscrit dans le programme présidentiel de LREM, le 100 % Santé concernait l’optique, mais également le dentaire et l’auditif. Depuis le 1er janvier 2020, les professionnels de ces trois secteurs doivent présenter une gamme de modèles pris en charge à 100 % par l’assurance maladie et par les mutuelles. Dans le cas spécifique de l’optique, les équipements sont divisés en deux classes. La classe A, qui correspond à la classe 100 % santé, exige de l’opticien la présentation d’un nombre minimum de montures – variable selon l’âge du client –, à un prix inférieur à 30 €.

60 % de non-conformité au dispositif 100 % Santé

Si la présidente de France Assos Santé, Marianick Lambert, estime que le secteur de l’optique ne joue pas le jeu, ce dernier se défend et attaque l’enquête de la DGCCRF. Le rassemblement des opticiens de France, syndicat des professionnels du secteur évoque, dans le Parisien, une enquête “ non objectivée”. Les services de l’État auraient le tort de n’avoir sondé que 322 magasins sur les, 12 400 établissements, environ, qui occupent le territoire. Une curieuse défense, car la DGCCRF a tout de même relevé plus de 60 % de non-conformité au nouveau dispositif. Statistiquement, cela n’est pas négligeable. Le rassemblement des opticiens de France conteste également les résultats affichés et évalue la réalité à 17 % de ventes, au lieu des 10 % relevés.

Les professionnels du secteur craignaient la mise en place du dispositif. Tout d’abord, ils appréhendaient qu’un dispositif à bas coût tire les prix vers le bas. En 2019, le prix moyen d’une paire de lunettes équipée de verres progressifs avoisinait les 600 euros. Loin, donc, des 180 euros maximum requis, pour des lunettes (montures et verres) vendues dans le cadre du 100 % Santé. Les opticiens craignaient également la mise en place technique du dispositif, en matière de logiciels ou bien alors de la gestion épineuse du tiers payant.

Les secteurs de l’audition et du dentaire font bien mieux

Mais ils n’étaient pas les seuls concernés. Les secteurs dentaires et auditifs ont également dû se soumettre à ces nouveaux tarifs. Leurs résultats sont bien plus probants : le taux de recours aux gammes d’audioprothèses 100 % Santé était par exemple de l’ordre de 30 % en 2020. Mieux encore, pour le dentaire, le recours aux prothèses 100 % Santé était de 52 % cette même année. La mauvaise foi du secteur optique n’y changera rien : les opticiens doivent cesser de considérer les lunettes comme un accessoire de mode. Elles sont avant tout un produit de santé, et doivent pouvoir être accessibles à tous, même à ceux qui bénéficient des revenus les plus modestes.

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