Menu
Analyses
Souveraineté industrielle
Souveraineté industrielle : rendons à Alstom sa branche « énergie » ! Abonnés

OPINION. En plein plan social, le site de l’américain General Electric à Belfort est en grande difficulté. L’occasion, selon notre abonné, de profiter de cette faille et de permettre à Alstom de récupérer sa branche « énergie ». Un défi essentiel pour la souveraineté industrielle française.

Souveraineté industrielle : rendons à Alstom sa branche « énergie » !

Après la décision de la direction de General Electric (GE) sur un plan social menaçant 238 postes de l’entité Thermal Système Belfort (TSB), assemblier de centrales nucléaires, les ingénieurs de la branche vont peut-être franchir une nouvelle étape dans la mobilisation visant à entraîner l’ensemble des personnels du site de Belfort. Ils jugent pour le moins fallacieux le motif de ce plan social, que le ministre Bruno Le Maire, lui-même, juge recevable, à savoir l’effondrement du marché mondial des centrales à charbon.

Chez l’ex-Alstom, un tel plan condamne l’activité d’intégration complète d’une centrale nucléaire, en particulier la branche des équipements de production – comprenant la réparation et l’entretien des alternateurs – et de stabilisation du système électrique, fragilisant gravement l’avenir de cette activité par la perte d’inestimables compétences nationales. Un groupe d’experts mandatés par l’intersyndical de TSB a bien recensé les marchés permettant d’alléger la charrette envisagée d’une bonne moitié. Mais, hélas, les nouvelles constructions nucléaires semblent avoir représenté à peine 10 % des revenus mondiaux de GE Steam Power, en 2020.

Grèves et blocages sont donc sérieusement étudiés par lesdits ingénieurs, de même que le recours à l’option juridique pour dénoncer le non-respect des accords signés en 2014, lors du rachat par General Electric de la branche énergie d’Alstom… Et c’est là que revient sur le tapis l’absolue nécessité toujours plus prégnante de racheter cette branche au géant américain. Saisi de ce projet, le cabinet d’un ministère autrefois régalien et aujourd’hui confié à l’accessoire « délégation en charge de l’industrie » n’a rien trouvé de mieux à déclarer que la structure, issue d’un éventuel rachat, devrait être « autoportante », C’est-à-dire « rentable ».

Mais qu’à l’entière responsabilité de votre gouvernement ne tienne pareille profession de foi, chère madame la ministre Agnès Pannier-Runacher ! Une responsabilité industrielle, économique et sociale lui incombant sans partage et n’ayant désormais d’autre choix que celui de se traduire par l’arrêt immédiat de la prohibition nucléaire électorale à laquelle Fessenheim doit son exécution et que la LTECV (loi de transition énergétique pour la croissance verte) prétend mener à son terme. Pour sauver quelques meubles, le syndicat SUD de TSB compte bien sur l’entretien en grand carénage de 32 réacteurs, susceptible de fournir du travail de service jusqu’en 2031 et de requérir la fourniture et le remplacement d’équipements neufs. Mais il ne peut s’agir là que d’un expédient partiel et momentané, guère à la hauteur d’une politique digne de ce nom, en faveur de la réhabilitation industrielle pérenne qu’attendent les intéressés et une majorité de leurs compatriotes.

Conformément à la recommandation de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), auditée au Sénat le 7 avril dernier, l’État doit fixer avant 5 ans une stratégie industrielle souveraine incluant notamment la recapitalisation des acteurs et des compétences idoines, sur notre territoire. Or, chère madame, vous ne pouvez pas ignorer que l’effet falaise menace à court terme notre système électrique d’effondrement si la France ne se décide pas à procéder à un renouvellement de son parc électronucléaire, auquel elle ne peut de toute façon échapper.

C’est donc de la conception d’un nouveau plan Messmer que l’État devrait aujourd’hui se préoccuper, toutes affaires cessantes. Plus il hésitera à le faire, plus le pays aura à pâtir durement du caractère exagérément tardif de la jouissance des bénéfices qu’il est en droit d’en attendre. La fécondation technologique, industrielle, financière et sociale et la mise en œuvre d’un tel plan — que le premier ministre de Pompidou compara jadis au programme Apollo — ne peut se concevoir sur une durée inférieure à celle du plan portant le nom du brillant ministre. Même à l’heure de la brièveté record du délai de développement et de mise à disposition d’un vaccin.

La France ne dispose donc que de 10 petites années pour relever avec succès un aussi considérable défi, dans des conditions infiniment moins favorables, sur tous les plans, qu’en 1974. Raison de plus pour ne pas perdre une minute à fournir tout ce que notre complexe industriel et nos cerveaux sont aujourd’hui encore capables de déployer. Et cela demandera de provisionner un financement de même grandeur qu’il y a 47 ans. Redevenu français, Alstom serait ainsi destiné à retrouver la place centrale qu’il occupa dans ce plan, plusieurs décennies durant, et son éligibilité au financement précédent réglerait de facto l’affligeante crise dans laquelle une impéritie généralisée l’a plongé.

Oui mais voilà, pour parvenir à mettre la pression sur les pouvoirs publics actuels et post 2022 afin de jeter au plus tôt les bases concrètes de cet ambitieux programme, une action militante inédite et la plus pénétrante possible doit d’urgence se déployer en direction ded deux objectifs complémentaires suivants : consolider le statut industriel et commercial d’une EDF émancipée de toute tutelle partisane et parvenir à faire racheter à GE la branche énergie (nucléaire) d’Alstom, par des intérêts bien franco-français.

C’est pourquoi, parallèlement à la présente initiative éditoriale, je me propose d’inviter explicitement trois personnalités à conjuguer leurs efforts et leurs compétences pour mener à bien ces deux actions, avec l’appui non négligeable d’une vaste communauté militante, professionnelle, associative ou citoyenne ; trois personnalités paraissant aujourd’hui, selon le cas, parmi les mieux habilitées sur les plans politique et industriel.

Le premier d’entre eux est Bernard Accoyer, qu’on ne présente plus. Il est désormais président de la toute nouvelle association PNC France (association pour la défense du Patrimoine nucléaire et du climat), revendiquant un militantisme pro-nucléaire à l’efficacité inédite en ce qu’il interpelle directement un personnel politique de préférence aux affaires. Cette association est déjà sollicitée à agir pour la suppression d’ARENH ((Accès régulé à l'électricité nucléaire historique) et des tarifs réglementés.

Le second est Loïk Le Floch-Prigent, dont l’expertise technique et industrielle et la connaissance des mœurs politiques sont indéniables et surtout précieuses, quels que fussent les accidents de parcours de la riche carrière de l’ingénieur.

Le dernier, moins connu, est Frédéric Pierucci, autrefois cadre dirigeant d'Alstom, responsable mondial des ventes pour la division des « centrales vapeurs », en charge de la négociation des grands contrats internationaux pour la fourniture de centrales électriques au charbon clef en main et des îlots conventionnels de centrales nucléaires. Et personne n’a oublié son arbitraire emprisonnement aux États-Unis, fomenté par la collusion de GE et du parquet américain. Persuadé qu’il y a une opportunité stratégique au rachat à GE de la branche nucléaire d'Alstom, monsieur Pierucci serait prêt à travailler à réunir un tour de table français. Je fais de mon mieux pour permettre à ces trois personnalités de se rapprocher les unes des autres.

commentaireCommenter