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Les liquidateurs Abonnés

CRITIQUE. Olivier Marleix est député Les Républicains d'Eure-et-Loir. Il a notamment présidé la commission d’enquête de l’Assemblée nationale concernant la vente de fleurons industriels français (Alstom, Alcatel…) Il publie Les liquidateurs, chez Robert Laffont, un réquisitoire argumenté contre le macronisme.

Les liquidateurs

Moins d’États dans la vie quotidienne des gens et des entreprises, moins de normes et d’impôts, un peu plus de libertés. Davantage d’États pour les grandes décisions stratégiques régaliennes du pays. Voilà, à grand trait, le sens du dernier livre du député LR Olivier Marleix. C’est-à-dire exactement le contraire du macronisme, dans lequel il voit un étatisme au quotidien qui régentant la vie des Français, articulé à un capitalisme de connivence bradant les actifs stratégiques français.

Olivier Marleix défend quant à lui un capitalisme entrepreneurial contre le capitalisme financier promu par la mondialisation. En effet, pour l’auteur, le capitalisme a changé de nature dans le processus de la mondialisation et alors que le rôle du politique aurait dû être d’en protéger les Français, les élites politiques se sont contentées d’accompagner le mouvement. Pour l’auteur, ce capitalisme financier n’est plus réellement libéral, car il est contrôlé par une hyperclasse qui reconstitue des situations de monopole.

Mondialisation et capitalisme de connivence

Pour Olivier Marleix, ce capitalisme de connivence est un capitalisme « illibéral ». « Notre défi, c’est de réguler ce capitalisme illibéral », écrit-il. Et Macron est bien l’homme des gigantesques monopoles par la promotion des mégas fusions-acquisitions transnationales (Alstom, Alcatel, Lafarge, STX-France, Technip…) dont il s'est fait le promoteur durant son mandat. « Avoir conscience de cette dissociation entre le libéralisme et ce capitalisme mondialisé et dérégulé est fondamental, sinon nous ferons détester l’idée libérale et l’économie de marché », considère l’auteur, qui veut ramener de la régulation, du bon sens, de l’échelle humaine et de la proximité dans le capitalisme national.

En fait, Olivier Marleix entend faire une critique du néolibéralisme technocratique par le libéralisme lui-même. C’est du reste philosophiquement possible, comme le démontre par ailleurs le philosophe Michael Foessel et même économiquement possible comme l’a montré récemment l’économiste David Cayla. L’idée d’Olivier Marleix est de restaurer la puissance politique de l’État et de la recentrer sur ses domaines stratégiques, tout en le désengageant par ailleurs de la gestion des petites affaires courantes pour éviter l’inflation ubuesque de normes et une bureaucratisation absurde. Pourquoi pas ? On s’étonne toutefois que l’auteur s’appuie sur Milton Friedman - donc un néolibéral -, pour rappeler l’importance de l’État dans l’organisation de l’économie de marché. Certes, mais précisément, le néolibéralisme consiste à enchaîner l’État au marché en mettant la politique au service de l’économie…

Qui sont les responsables de cette fuite en avant dans la « mondialisation heureuse » (Alain Minc) ? Principalement les tenants de ce qu’on a appelé la « deuxième gauche », c’est-à-dire la gauche sociale-démocrate des années 1980 portée par des politiques comme Rocard, Delors et des conseillers comme Attali et Minc. « La Gauche des privatisations, de la flexibilité et de l’euro », commente l'auteur. Emmanuel Macron – qui était du reste membre de la « Commission Attali » - ne ferait que refermer le grand cycle de cette gauche du marché, dont il n’est pas la figure révolutionnaire « disruptive » mais plutôt l’agent ultime de propagation.

C’est largement cette gauche du marché qui a organisé la grande braderie des compétences françaises. D’abord en la noyant dans une Europe économique qui a fragilisé les peuples européens au lieu de les protéger : « La promesse faite aux peuples d’échanger une souveraineté nationale devenue virtuelle contre une « souveraineté européenne » qui, elle, aurait les moyens de s’exercer a été trahie…elle ne protège pas de la mondialisation, elle en est le cheval de Troie. » Ensuite en bradant ses actifs industriels et ses pépites stratégiques au nom de la loi du plus offrant sur un marché ouvert aux grands vents de la mondialisation, étant entendu que « l’État ne peut pas tout » (Lionel Jospin, 1999).

Une note de la direction générale du Trésor du 17 janvier 2019 montre que la part de la rémunération du travail dans le PIB a reculé dans la plupart des grands pays de l’OCDE depuis les années 1990, parce que la mondialisation incite à délocaliser une partie de la chaîne de production ; parce que la mondialisation fait baisser le pouvoir de négociation des salariés et, mécaniquement, leurs salaires. Dans un tel contexte, puisque l’État n’agit plus en amont, il est obligé d’agir en aval pour éviter – au moins partiellement – ce que l’ancien directeur de l’OMC Pascal Lamy a appelé en 2018 un « orage populiste ». Agir en aval consiste alors à redistribuer. « En d’autres termes,écrit Olivier Marleix, l’État est invité à passer la serpillère sociale ».

Citons-le ici plus abondamment : « C’est la quadrature du cercle dans laquelle s’enlise la France depuis trente ans au moins : on proclame que notre pays doit « s’adapter » à la mondialisation en baissant ses dépenses publiques pour accroître la compétitivité de ses entreprises, et « en même temps » on attend qu’il dépense toujours plus d’argent pour payer la casse ! Au fond, dans ce système, c’est le recours à l’impôt (ou à la dette) qui finance ou au moins rend possible sans trop de douleur cette mondialisation de l’économie. Ce diptyque insoutenable est celui que mène la gauche française sous les bons conseils d’Alain Minc ou de Jacques Attali depuis le milieu des années 1980. Ainsi qu’une partie de la droite qui s’est parfois conformée à ce qui est devenu pensée unique, doxa officielle. »

La droite qui protège ?

À noter qu’en fin d’ouvrage, l’auteur se fait le porte-voix de la « troisième voie » gaullienne contre les excès des grands modèles antagonistes : le capitalisme et le collectivisme. À Front populaire, nous ne pouvons que cosigner cette constatation, surtout lorsqu’elle prend, en toute fin d’ouvrage, des accents plus étonnamment populistes : « Pour écrire un nouveau chapitre de notre destin, il nous faut tourner la page de cette « élite éclairée » qui n’est autre que l’alliance de la technocratie et de la ploutocratie » et invite à « remettre ces experts à leur place, qui est de conseiller et non de gouverner ».

Une légère réserve toutefois, dans ce diagnostic à la fois concis et juste : qu’a fait la « droite » durant les « Quarante douloureuses » dont parle Olivier Marleix ? L’auteur présente en fin d’ouvrage la droite comme l’agent protecteur et principal bloc d’opposition au macronisme. Or, la droite a largement accompagné la trajectoire de la France dans la mondialisation néolibérale et dans l’européisme qui en a été la courroie de transmission. « Comment avons-nous laissé nos gouvernants trahir à ce point le peuple ? », s’interroge Olivier Marleix en fin d’introduction. Une question à poser à Nicolas Sarkozy.

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