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Au Pakistan, les manifestations anti-France dégénèrent Abonnés

ARTICLE. Ces derniers jours, l’interpellation d’un leader islamiste anti-blasphème au Pakistan a encore accru la violence des manifestations contre la France. Plusieurs morts sont à déplorer dans des affrontements avec la police pakistanaise. Fait rarissime, le Quai d’Orsay a rappelé ses diplomates et a appelé les Français à quitter le pays. Comment expliquer cette flambée ?

Au Pakistan, les manifestations anti-France dégénèrent

Ce sont des scènes de guerre civile que l’on pouvait voir ces derniers jours au Pakistan. Autoroutes, routes nationales, chemins de fer et accès aux grandes villes bloquées, police attaquée, bâtiments publics brûlés… Dernièrement, onze policiers ont été pris en otage par des islamistes qui ont fini par être relâchés cette nuit. Au total, quatre policiers et quatre-cent blessés sont à déplorer à la suite des manifestations de la semaine dernière.

Mais pourquoi de telles violences ? D’abord parce que le chef du parti TLP (Tehreek-e-Labbaik) Saad Hussain Rizvi a été arrêté le lundi 12 avril à Lahore pour avoir appelé à des manifestations et à l’expulsion de l’ambassadeur de France. Ce parti politique islamiste intégriste a été créé en 2015 et est connu pour défendre la peine de mort pour les cas de blasphème. Le TLP souhaite également étendre la charia dans le monde entier.

Le « blasphème » comme casus belli

Surtout, les incidents ont commencé en octobre 2020 à la suite de la republication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo et par l’hommage à Samuel Paty, professeur décapité par un terroriste islamiste, au cours duquel Emmanuel Macron avait réaffirmé le droit à la liberté d’expression et le droit au blasphème en France.

Des manifestations avaient alors explosé partout dans le monde musulman et en particulier au Pakistan dans tout le pays, où le TLP avait mené une campagne pour le boycott des produits français. Il avait aussi bloqué le pays afin d’exiger le départ des Français du territoire pakistanais.

Dès lors, le Premier ministre du Pakistan Imran Khan avait lui-même avait pris position contre la France : « le président Macron a choisi de provoquer les musulmans délibérément, et ses propres citoyens. En encourageant la diffusion des dessins blasphématoires, en ciblant l’islam et notre prophète Muhammad. En attaquant l’islam, sans avoir aucune compréhension de ce que c’est, le Président a attaqué et blessé les sentiments de millions de musulmans en Europe et dans le monde. » Pire, la ministre pakistanaise des droits de l'Homme, Shireen Mazari, avait déclaré que « Macron fait aux Musulmans ce que les nazis infligeaient aux Juifs ».

En novembre, afin de calmer les débordements du TLP, le Premier ministre avait négocié la libération des membres du parti retenus prisonniers, en échange de la fin des manifestations. L’arrestation de leur leader et l’interdiction du parti la semaine dernière par le ministre de l’Intérieur pakistanais – pour des motifs terroristes – ont donc remis le feu aux poudres.

Ainsi, les violences ne semblent pas prêtes de s’arrêter, d’autant que le ministre des affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian a récemment réalisé un déplacement jugé provocant en Inde, ennemi héréditaire et géopolitique du Pakistan ; et d’autant que la date de l’ultimatum exigeant le départ des Français du pays fixé par le parti islamiste au 20 avril arrive dans quelques heures. Dans ces circonstances, les autorités pakistanaises ont donc coupé les accès aux réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et WhatsApp, à internet et aux lignes téléphoniques.

Les Français du Pakistan, cibles privilégiées des islamistes

Le Quai d’Orsay n’a donc pas voulu prendre de risque en demandant aux ressortissants français de quitter le pays dès jeudi dernier et en rappelant aujourd’hui quinze de ses diplomates d’Islamabad. Décision tout de même rarissime, puisque, comme le souligne Le Figaro, « même lorsque le pays était le théâtre d’attentats réguliers durant l’insurrection qui opposait l’armée aux talibans pakistanais en 2008, les autorités françaises n’avaient pas rapatrié leur personnel. »

Heureusement, il y a assez peu de Français au Pakistan. Sur 221 millions d’habitants, seulement 446 Français habitent dans le pays et 35 entreprises y sont actives, essentiellement, selon Les Échos, « de grands groupes des secteurs de l'énergie, de l'industrie pharmaceutique, de la distribution, du transport maritime et du BTP ».

Le grand paradoxe dans ces manifestations anti-France dénonçant la prétendue « islamophobie » des lois françaises est qu’elles sont sans aucune mesure avec le traitement des Ouïghours par la Chine contre lequel ni le gouvernement pakistanais, ni le TLP ne semblent vouloir protester au nom d’une quelconque solidarité musulmane.

Plus que la volonté d’obtenir une justice pour leurs coreligionnaires, les islamistes pakistanais semblent profiter de l’apparente faiblesse de la France pour avancer leur agenda idéologique sur la scène politique nationale. Évidemment, s’attaquer à la Chine sur ces sujets semble bien plus difficile, surtout lorsqu’on sait qu’elle représente leur allié de poids – accusée notamment d’avoir fourni l’arme nucléaire au Pakistan – face au géant indien. Il est finalement aisé d’y voir claire chez les fous du prophète, qui se prêtent eux aussi à la realpolitik en montrant une indignation à géométrie variable.

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