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Covid-19
Derrière l’explosion du nombre d’hospitalisations à domicile, la déshérence de l’hôpital public Abonnés

ARTICLE. Le nombre d'hospitalisations des patients à domicile qui ont souffert d’un Covid sévère a dépassé les 5 000. Si la situation est généralement plus confortable pour les patients, il n’en demeure pas moins que cet afflux masque mal un hôpital devenu exsangue.

Derrière l’explosion du nombre d’hospitalisations à domicile, la déshérence de l’hôpital public

Si les chiffres en réanimations sont régulièrement mis en avant, il est un autre indicateur qui reste largement survolé : celui des hospitalisations à domicile. Alors que 5 900 malades occupent actuellement des lits de réanimation, près de 5 000 sont soignés à domicile, des suites du Covid, par oxygénothérapie. Il s’agit de patients qui ne nécessitent plus d’une réanimation lourde, mais d’une remise à niveau de la saturation d’oxygène.

Boudées par les hôpitaux lors de la première vague, les hospitalisations à domicile ont connu un essor notable depuis le début de la seconde vague. Au moins 60 000 patients en ont bénéficié depuis. Les hôpitaux sont saturés, et la Direction générale de l’offre de soins appelle à utiliser les structures d’hospitalisation à domicile. L’appel a trouvé un certain écho en la personne d’Élisabeth Hubert, présidente de la Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile (Fnehad). La fédération, répartie sur 2090 établissements en France, prend en charge environ 22 000 patients, dont un tiers de malades lourds et en soins palliatifs.

un soulagement par les victimes et les familles

Cette alternative peut être vécue comme un soulagement par les victimes et les familles. Interviewée par le Figaro, Élisabeth Hubert estime que “9 patients sur 10 préfèrent recevoir les soins chez eux, entourés de leur famille, en particulier quand cela évite de longs trajets “. Une réaction partagée par Geneviève, hôtesse de l’air, qui explique dans Vosges Matin : “C’est dur d’être à l’hôpital. Un séjour hospitalier reste fatigant”. Un confort rendu possible par les deux visites réglementaires des infirmières à domicile, qui assurent des consultations d’une quinzaine de minutes environ.

Mais n’importe quel patient ne peut pas être hospitalisé à domicile, puisqu’il faut que le principal intéressé donne son accord. Son médecin traitant devra être en lien avec l’hôpital pour assurer le suivi du patient. Sont essentiellement concernés les malades qui ont été en réanimation ou placés en surveillance continue et qui ont eu un Covid extrêmement sévère. Leur état n’est pas critique, mais nécessite un suivi au quotidien. Il faut que le patient montre une saturation supérieure en oxygène à 92, et que son domicile se situe à moins d’une demi-heure d’un établissement de santé. Dernière contrainte, et non des moindres : la présence impérative et permanente d’un tiers doit être assurée.

103 000 lits d’hôpitaux supprimés entre 1993 et 2018

Cette somme d’impératifs reflète également des inégalités de traitement. La présence d’un établissement de santé à moins d’une demi-heure est loin d’être systématique dans certaines zones rurales. D’autre part, la présence d’un tiers nécessite un sacrifice de la part des proches, au détriment parfois de leur vie professionnelle ou personnelle. Enfin, l’hospitalisation à domicile n’est pas une sinécure, car l’oxygénation est une procédure lourde : au matériel, volumineux et bruyant, s’ajoute celui des perfusions ou autres équipements de santé.

En réalité, le recours à ce dispositif cache mal l’incapacité de l’hôpital à faire face à une crise d’une telle ampleur. Avec quelques 103 000 lits d’hôpitaux supprimés entre 1993 et 2018, il n’est pas étonnant de voir désormais les établissements de santé, saturés de toute part, déléguer le suivi au quotidien des malades à leurs proches. Quant à l’Assurance maladie, elle ne peut que se féliciter de la rentabilité de l’opération. D’après le Haut Conseil de l’avenir de l’Assurance-maladie un patient en hospitalisation à domicile coûte en moyenne 200 euros par jour contre 750 euros pour une journée d’hospitalisation.

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