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Face à la pollution de l’eau, des campagnes françaises beaucoup plus vulnérables que les villes Abonnés

ARTICLE. L’UFC-Que Choisir estime dans une étude publiée ce mardi, que dans 98 % des cas, l’eau du robinet est saine. Mais des disparités existent. Les zones rurales, fortement agricoles, sont plus facilement victimes de la pollution de l’eau que les villes. Et n’ont parfois pas les moyens d’investir dans l’assainissement du réseau.

Face à la pollution de l’eau, des campagnes françaises beaucoup plus vulnérables que les villes

De l’eau coule de nos robinets. Mais est-elle saine ? C’est la question que se pose L’UFC-Que Choisir dans son étude "Pesticides dans l’eau du robinet", publiée le 20 avril. Après analyse des 46 145 réseaux de distribution répartis dans les 34 638 communes de France métropolitaine entre janvier 2019 à décembre 2020, l’association de consommateurs a relevé 98 % de conformité. Mais pointe de fortes disparités régionales qui mettent à mal l’apparente très bonne santé de notre système d’acheminement de l’eau potable.

L’UFC-Que Choisir s’est basée sur la base des relevés des Agences Régionales de Santé (ARS). Chaque agence détermine elle-même le nombre de molécules à tester, en fonction des surfaces cultivées. Est alors considérée comme non conforme l’eau qui dépasse les normes sanitaires d’au moins 25 %. Lorsque ces seuils sont franchis, charge aux responsables des réseaux de mettre en place les mesures correctrices.

La situation s’améliore, mais…

C’est ce qui explique en partie l’évolution positive de la qualité de l’eau en France. La précédente étude de l’association, publiée il y a deux ans, mettait en avant un taux de conformité de 96 %. Les collectivités ont su faire progresser les méthodes de potabilisation de l’eau. Des investissements coûteux, pusique l’étude évoque un coût annuel, estimé entre 750 millions et 1,3 milliard d’euros par an, dédié à la dépollution des rejets agricoles. Assez logiquement, ce sont les villes qui ont su le mieux faire progresser la qualité de leur réseau. À l’inverse, ce sont les zones rurales fortement agricoles, éloignées des villes, de faible superficie et délaissées par l’État, qui souffrent le plus d’une qualité dégradée.

L’UFC-Que Choisir estime ainsi à 450 000, le nombre de consommateurs qui boivent ainsi une eau dépassant les normes maximales en pesticides et 148 000 qui consomment une eau contaminée par les nitrates. Les contaminations bactériennes concerneraient 80 000 consommateurs, essentiellement basés dans les zones de montagne et en zones rurales de l’Est. Le Pas de Calais, une partie du Bassin parisien, Les Pays de la Loire, la Charente, l’Indre, l’Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et la Sarthe, ou bien encore le Languedoc sont pointées du doigt pour leurs contaminations.

… des zones d’ombre demeurent

Si les non-conformités ne concernent en apparence que 2 % des analyses, l’association de consommateur relève des différences flagrantes d’analyses en fonction des départements. Chaque ARS fixe elle-même le nombre de molécules de pesticides à rechercher. La réglementation européenne en a dénombré 750. Mais aucun département n’effectue l’intégralité des tests. Bien qu’étant un département très agricole, l’Aisne n’en recherche que 12. La Corse, 24 la Drôme 38 et le Rhône, 48. Une sous-estimation des risques éventuels peut-être préjudiciable à la détection des non-conformités.

Tout comme pourrait l’être l’estimation des perturbateurs endocriniens. L’UFC-Que Choisir révèle que 28 % des analyses des pesticides soupçonnés perturbateurs endocriniens sont non conformes à la réglementation. La réglementation fixe des seuils maximaux de toxicité, qui masqueraient des perturbateurs, qui, eux, ne répondent pas nécessairement à une logique de seuil.

Cette étude d’UFC-Que Choisir démontre à nouveau la fracture territoriale qui sévit en France. Les collectivités les plus riches peuvent se permettre de dépolluer l’eau, là où les petits villages et hameaux ne peuvent que subir les conséquences de la vétusté de leurs installations. Face à l’eau, tous les citoyens ne sont, là aussi, pas égaux.

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