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Moitié moins d’émissions de CO2 d’ici à 2030 : l’UE en a-t-elle les moyens ? Abonnés

ARTICLE. La Commission européenne vient d’annoncer un objectif de baisse de 55 % d’émission de gaz à effet de serre, par rapport aux niveaux de 1990. Une visée extrêmement ambitieuse, alors même que Bruxelles hésite par dogmatisme à inscrire le nucléaire parmi les énergies qui peuvent bénéficier des financements européens.

Moitié moins d’émissions de CO2 d’ici à 2030 : l’UE en a-t-elle les moyens ?
Publié le 23 avril 2021

Elle se veut de plus en plus vertueuse, l’Europe ! Le 21 avril, la Commission européenne a annoncé un objectif ambitieux en matière d’écologie. Il faudra que les États-membres de l’Union européenne baissent leurss émissions de gaz à effet de serre de 55 %, par rapport aux niveaux de 1990. Une baisse importante, mais déjà entamée en partie : en 2018, le site Eurostat relevait une baisse de l’ordre de 21 % depuis 1990. Passé 2030, l’UE ne compte pas s’arrêter là ; elle vise la neutralité carbone en 2050, un objectif fixé dans la première loi européenne sur le climat, le 4 mars 2020.

En soi, l’annonce paraît spectaculaire, mais elle ne fait qu’ajuster un objectif déjà fixé pour l’échéance de 2030. Il était jusqu’à présent de 40 %. L’augmentation est le fruit d’une négociation entre les 27 États membres, qui s’était prononcé pour un nouveau seuil à 55 %, en novembre 2020. Le Parlement européen voulait 60 %, mais n’a pas obtenu gain de cause. Mais si la ratification de ce nouveau cap vise essentiellement à se « mettre en règle », au regard de l’accord de Paris sur le climat, cela n’en reste pas moins une belle opération de marketing vert. À deux titres.

L’Europe à la remorque des États-Unis

Car ce n’est pas tout de fixer un bel objectif, encore faut-il s’interroger sur la façon d’y parvenir. Et c’est là que le bât blesse. Car aucun des moyens concrets de remplir ces objectifs n’est réellement évoqué à ce jour. La Commission européenne va maintenant préparer des propositions législatives détaillées sur la manière de remplir ces exigences d’ici à juin 2021. Attendre cette date pour annoncer un tel but eût peut-être été plus judicieux. Mais c’est aujourd’hui que ce communiqué devrait être publié, alors que ce vendredi 23 avril aura lieu un sommet sur le climat organisé par le président américain Joe Biden.

L’Europe cède une fois encore au réflexe du « bon élève », comme si les États-Unis devaient toujours être le chef d’orchestre de la politique mondiale – et ce, en dépit d’une vertu écologique des plus discutables.

L’Union européenne devra composer avec ses deux objectifs fixés dans le “cadre pour le climat et énergie 2030”. À savoir : 32 % d’énergies renouvelables et 32,5 % d’amélioration de l’efficacité énergétique. Outre sa politique énergétique, elle devra également réfléchir à son utilisation des terres et de la foresterie, dans l’optique de mieux absorber une partie des émissions.

Quid du nucléaire ?

Restera à régler l’épineuse et ô combien stratégique question du nucléaire. L’Autriche et l’Allemagne n’en veulent pas. Le pays d’Angela Merkel va jusqu’à défendre le gaz comme énergie écologique, pour bénéficier des financements verts de l’UE. La Pologne était vent debout contre cet objectif de 55 %, jusqu’à ce qu’elle obtienne des garanties sur les aides financières qu’elle obtiendrait en échange. Le pays d’Andrzej Duda dont l’offre d’énergie dépendait, en 2019, à 45 % du charbon a entamé un virage pro nucléaire. Le 8 septembre, le gouvernement polonais annonçait même vouloir se doter de 6 à 9 GW de capacité nucléaire. La République tchèque, la Hongrie et la France (pour le moment) défendent cette énergie.

Car celle-ci est au cœur des débats : la Commission européenne a lancé en mars 2018 la création d’une Taxonomie européenne ("EU Taxonomy"), destinée à encadrer le marché des produits financiers écologiques, et dont la liste des futurs bénéficiaires sera dévoilée prochainement. Un rapport d’experts de Bruxelles a considéré que le nucléaire devrait être inclus dans cette liste, car elle “n’émet pratiquement pas de CO2” et peut "contribuer à atténuer le changement climatique”. Le Centre commun de recherche scientifique, missionné par la Commission européenne, est également allé dans ce sens… au grand dam des associations antinucléaires, qui contestent le bien-fondé de ces analyses.

Alors, prise entre deux feux, l’Union européenne hésite. D’un côté, les associations antinucléaires, qui ont les faveurs de l’opinion. De l’autre, la science. Son cœur balance.Il n’en demeure pas moins qu’il y a urgence. Viser la neutralité carbone d’ici trente ans implique un investissement massif dans des énergies peu émettrices de gaz à effet de serre. On voit mal comment l’Europe pourrait atteindre cet objectif ambitieux en se privant sciemment de sa meilleure arme pour y parvenir.

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