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L’ancien porte-avions français « Foch », bientôt aux mains des Turcs ? Abonnés

ARTICLE. Un courrier nous a alerté sur le destin réservé à l’ancien porte-avion français Foch qui a servi 32 ans dans la Marine nationale. Longtemps pressenti pour être transformé en musée au Brésil, il pourrait bien, en fin de compte, finir dans l’arsenal de l’armée turque…

L’ancien porte-avions français « Foch », bientôt aux mains des Turcs ?

L’aventure du porte-avions Foch commencée en 1957 et terminée par la France en 2000 pourrait bien rebondir, cette fois-ci en Turquie… C’est ce que nous a signalé M. Olivier Barbanson, président de l’association « les Anciens du porte-avions Foch » dans une lettre qui nous était adressée : « nous avons quelques échos qui nous portent à croire que les Turcs seraient prêts à en faire un autre usage, à savoir le réhabiliter pour en faire un navire d’entraînement pour la flotte turque. »

Le Foch, une page de l’histoire de la Marine nationale française, puis brésilienne

Mis en service le 15 juillet 1963, le porte-avions « Foch », jumeau du « Clemenceau » a participé à de nombreuses opérations militaires françaises d’envergures comme les essais nucléaires du Pacifique avec la « Force Alfa » en 1966, la mission Saphir II en 1978 lors de l’indépendance de Djibouti, la mission « Olifant » en 1983-1984 pendant la guerre civile au Liban, ou encore l’appui à la coalition internationale dans les conflits des Balkans dans les années 90.

Avec l’arrivée du porte-avions nouvelle génération « Charles de Gaulle », le Foch, vieillissant, est vendu à la Marine brésilienne pour un montant de 12 millions de dollars en novembre 2000. Renommé « São Paulo », le navire devient le vaisseau le plus important de la flotte brésilienne et participe à plusieurs missions à l’étranger.

Mais après quelques années de service, les avaries se multiplient sur le São Paulo, et un incendie en 2005 provoque la mort de trois marins. Après une modernisation importante, le porte-avions subit un autre important incendie en 2012, ce qui pousse finalement la Marine brésilienne à le démobiliser et à le désarmer, du fait de son coût d’entretien trop important.

Une bataille acharnée pour sauver le navire

Depuis qu’il a été retiré de la flotte, le São Paulo était destiné au démantèlement pur et simple. C’était sans compter sur un ancien de l’armée de l’air brésilienne, Emerson Miura, qui a fondé l’institut São Paulo/Foch afin de sauver le navire du démantèlement et de le transformer en un « projet viable économiquement ». Concrètement, il s’agissait de faire du géant de 30.000 tonnes un musée naval, assorti d’une zone culturelle, de salles de cinémas, de salles de conférences, de cafés ou encore de zones de loisir. Bref, un projet viable, qui a déjà fait ses preuves aux États-Unis avec, par exemple, le USS Midway Museum à San Diego.

Malheureusement, les négociations avec le gouvernement brésilien n’ayant pas abouti, c’est la vente du porte-avions qui a été choisie. En l’occurrence, une vente « au poids », pour une bouchée de pain (1,6 millions d’euros) à la société turque SÖK Denizcilik afin de le détruire. Cette dernière sera chargée de démanteler le bateau à Izmir, en Turquie.

Mais selon les associations et les ONG engagées contre ce transfert, la firme choisie ne respecte pas les normes environnementales nécessaires pour le recyclage du navire, bien qu’elle se soit engagée à respecter les résolutions de l'Organisation maritime internationale. En particulier, deux ONG, une turque et une belge, exigent « tous les documents » prouvant un engagement par la Turquie du traitement adéquat de l’amiante contenu dans le colosse de 265 mètres.

De la casse à l’armée turque ?

De plus, M. Oliver Barbanson s’inquiète, probablement à juste titre, de ce que l’ancien vaisseau de guerre français tombe dans les mains turques : « C’est un bateau qui risque de se retourner contre nous. Ça serait un comble quand même. » En effet, le contre-amiral Mustafa Cihat Yayci, ex-chef d’état-major de la marine turque, a proposé de « le rééquiper pour former du personnel de futurs porte-avions » plutôt que de le démanteler.

« Je n’ai pas confiance en la Turquie, ou plutôt en ses dirigeants » explique ainsi M. Barbanson. Ayant passé 16 ans dans la Marine nationale et servi sur le Foch entre 1979 et 1981, il estime qu’il préférait, même si cela lui ferait « mal », voir le bateau partir à la « casse » plutôt qu’il finisse dans la Türk Deniz Kuvvetleri : « On a toujours un petit peu de nous sur ce bateau. On y a laissé une partie de notre jeunesse ».

Il est vrai que l’alliance entre la France et la Turquie, notamment par le biais de l’OTAN, paraît de moins en moins évidente au vu des récentes tensions entre les deux pays – que ce soit sur le dossier migratoire, sur celui de l’Arménie, sur la guerre en Libye ou encore sur les ZEE en mer Méditerranée. Le contre-amiral Mustafa Cihat Yayci est notamment connu pour être l’inventeur du concept de « Patrie Bleue », stratégie qui consiste pour la Turquie à se tourner vers la mer et en particulier à contester les eaux territoriales grecques.

Malgré son état très dégradé, le Foch/São Paulo « est très simple de reconditionner » . Surtout, la technologie russe pourrait permettre aux Turcs de rénover le navire et de l’adapter aux avions Sukhoi, récemment proposés par Moscou à Ankara.

Le reconditionnement et le réarmement d’un porte-avions initialement destiné à la casse s’est déjà vu dans le passé. En 1998, le porte-avions soviétique « Varyag » avait ainsi été racheté pour 20 millions de dollars par une société écran chinoise pour être transformé en casino à Macao. Le navire, rénové et réarmé, finira finalement dans la flotte de guerre chinoise sous le nom Liaoning, où il est toujours actif aujourd’hui.

En ce qui concerne le porte-avions français Foch, il devrait être transféré vers la Turquie, en l’absence d’intervention française ou brésilienne, au mois juin prochain…

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