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Pendant que les Arméniens commémorent le génocide, l’Azerbaïdjan ouvre un musée des horreurs Abonnés

EDITO. A l’heure où commence la commémoration du génocide arménien, celui-ci semble perdurer par d’autres moyens. Ce 24 avril, alors que les Arméniens se souviennent humblement de leurs morts, les Azéris exhibent pornographiquement des « trophées de guerre ». Comble de la provocation macabre.

Pendant que les Arméniens commémorent le génocide, l’Azerbaïdjan ouvre un musée des horreurs

Aujourd’hui est un jour de mémoire pour tous les Arméniens. Un jour d’insulte à leur mémoire pour d’autres. La France a fait en effet du 24 avril la journée de la commémoration du génocide pour ne jamais oublier les massacres perpétrés à partir de 1915 par l’Empire ottoman à l’encontre des populations arméniennes. Cette journée a été fixée au 24 avril en référence à la terrible journée du 24 avril 1915. Ce jour-là, près de 600 intellectuels arméniens furent arrêtés par les autorités à Constantinople avant d’être déportés ou assassinés. Ce jour marque le début d’un génocide qui a entrainé la mort de près d’un million d’Arméniens.

La France a été un des premiers pays à reconnaitre ce génocide (21 janvier 2001) alors que l’on attend encore que d’autres pays de premier plan, comme les États-Unis ou Israël - qui ne peut être insensible à ce sujet - ne le fassent. De son côté, la Turquie s’obstine à nier ce premier massacre de masse qui inspira Hitler et déploie de nombreux efforts pour éliminer progressivement ce « grand petit peuple » de la planète. Son soutien à l’Azerbaïdjan lors de la dernière guerre de l’Artsakh (Haut-Karabakh) en novembre dernier ayant conduit Erdogan à confier le commandant des opérations à quatre de ses généraux. Conflit de 45 jours qui aura fait plus de 5 000 morts militaires et civils chez les Arméniens et qui a conduit à confisquer les trois quarts des terres arméniennes de l’Artsakh (revoir notre documentaire Arménie, un choc des civilisations).

Dans ce contexte très particulier de plaies à peine pansées, Joe Biden a reconnu aujourd'hui officiellement le génocide, et ainsi tenu la promesse faite par Obama. Une avancée historique : « Le peuple américain honore tous les Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd'hui », a-t-il déclaré, y voyant "un fait historique" incontestable. Un discours à contre-courant qui a bien sûr pourtant été contesté instantanément par la Turquie. Rappelons nous que Trump n’avait pas tenu cette promesse de reconnaissance contrairement au Congrès et au Sénat américain, préférant se compromettre dans une amitié très virile avec Erdogan, le dictateur turc (l’un des présidents avec lesquels le président Trump a entretenu les relations téléphoniques les plus suivies, comme l’a révélé l’examen des correspondances de la Maison-Blanche). 

Dans le même temps, l’Azerbaïdjan continue les provocations et vient d’ouvrir à Bakou un véritable musée des horreurs, baptisé « parc des trophées militaires » où le régime expose les chars, des mannequins de cire, caricatures de soldats arméniens à nez crochus, enchainés, des casques de soldats tués sur le front. 

Capture d'écran d'une vidéo diffusée sur Facebook
Capture d'écran d'une vidéo diffusée sur Facebook

Ce parc à thème d’un genre sordide, dans la plus pure tradition de l’exposition « les juifs et la France » au palais Berlitz en 1941 inspiré lui même de la façon dont les nazis voyaient les juifs dans les années trente, sert d’abject défouloir à la population locale qui en profite pour se filmer en train d'humilier les mannequins de cire. Un spectacle que n’importe quel être humain devrait vomir et qui paradoxalement ne fait que peu réagir la communauté internationale. En plus de célébrer la journée du génocide d’il y a 106 ans, nous devrions collectivement faire en sorte aussi et surtout d’arrêter celui qui se déroule sous nos yeux.

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