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Pour répondre aux Décoloniaux... Abonnés

CRITIQUE. Africaniste, Bernard Lugan a publié plus d’une trentaine d’ouvrages sur l’histoire de l’Afrique. Il publie cette fois un pamphlet sur fond de rappel historique pour dénoncer le discours ambiant de l’extrême gauche culturelle : Pour répondre aux Décoloniaux…, chez Bernard Lugan éditeur.

Pour répondre aux Décoloniaux...

Historien africaniste, professeur d’université et expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR, Bernard Lugan a décidé de réagir au discours ambiant de culpabilisation de la France véhiculé par l’extrême gauche culturelle - on se souvient par exemple des propos emblématiques d’Hafsa Askar, la vice-présidente de l’UNEF, en avril 2019 : « Je m’en fiche de Notre-Dame de Paris, car je m’en fiche de l’Histoire de France…Wallah…on s’en balek, objectivement, c’est votre délire de petits blancs. » - et repris par une partie du personnel politique français, jusqu’au président de la République, Emmanuel Macron, notamment lorsqu’il apporte son adhésion aux postulats du « privilège blanc » dans un entretien à l’Express de décembre 2020 ou qu’il appelle, comme il y a quelques jours (19 avril) à « déconstruire notre propre histoire »lors de son entretien avec la chaîne américaine CBS.

Dans cet ouvrage, il utilise sa connaissance de l’histoire africaine pour lancer une contre-offensive volontairement polémique pour mettre en avant une réalité : le point commun entre les Décoloniaux, les indigénistes et toute la mouvance islamo-gauchiste est mû par un profond ressentiment, lequel entretient la mise en accusation de l’homme blanc – en l’occurrence français -, bourreau historique prétendu des damnés de la terre. Et Bernard Lugan de citer le spécialiste Pierre-André Taguieff : « La situation postcoloniale est définie par ses « théoriciens » comme le maintien, au sein des anciennes nations coloniales, d’une réalité sociale et culturelle à base ethnique dont seraient victimes les descendants des populations colonisées. » Ce qui rejoint la notion de « racisme systémique ».

Bernard Lugan fait d’ailleurs remarquer que les Décoloniaux sapent l’usage même des mots, car d’un point de vue étymologique, un colon est un terrien cultivant un lot de colonisation, sans quoi tout immigrant est un colon. « Les « décoloniaux emploient colonisation pour impérialisme », remarque Bernard Lugan. De même, pourquoi parler de « séparatisme » ? Pour Bernard Lugan « Les « Décoloniaux » et les islamistes ne veulent en effet pas se « séparer » de la France. Ils y trouvent en effet beaucoup trop d’avantages (…) En un mot, ils veulent la soumettre. »

Bernard Lugan entend mettre en garde contre l’avancée méthodique du discours décolonial et son idéologie de la repentance. L’extrême gauche-culturelle ne cherche pas à débattre sereinement de l’histoire mais à mettre en accusation pour organiser, via l’idéologie victimaire, une rente de situation. « Pour Hafsa Askar et les « Décoloniaux », la France n’est en effet pas une lente construction historique dont ils sont les héritiers, mais une terre à conquérir ; une terre sur laquelle certains cherchent à réaliser une revanche historique de nature psychanalytique. » Pour l’historien, les décoloniaux sont passés d’un légitime « droit d’inventaire » à un enfermement ethno-culturel pour lequel seuls les « racisés » peuvent parler des « racisés ».

Et l’historien d’identifier trois principaux affluents du décolonialisme : d’abord les thèses d’Edward Saïd, dont le livre L’Orientalisme (1980) a été l’ouvrage phare de criminalisation de l’Occident ayant créé « l’orientalisme » comme un mode de domination, ensuite les thèses philosophiques de la « déconstruction » (dont les pères, Deleuze et Foucault, ont été récupérés et radicalisés), et enfin, dernière greffe, les courants néo-féministes du genre qui élargissent la domination occidentale aux minorités sexuelles.

L’historien entend faire place à la complexité en montrant que l’Histoire du monde n’est pas une immense conspiration des Blancs contre les non-Blancs. Selon lui, les divers courants de gauche ont beaucoup fait, par idéologie, pour créer ce monstre hybride qui menace aujourd’hui la France, et la droite, par lâcheté, a largement accompagné le mouvement en finissant par s’y rallier. Et puisque les racines de ce qu’il appelle la « francophobie » sont constituées par l’histoire de l’esclavage et de la colonisation, Bernard Lugan entreprend de répondre méthodiquement aux idées reçues pour substituer l’Histoire à la Mémoire. Et sur ce terrain, l’historien est toujours intéressant.

Disons-le, dans le débat public, Bernard Lugan est un atypique. De sensibilité monarchiste, ancien militant de l’Action française, il est président, depuis les années 1990, de l’Association pour le rétablissement du duel en matière de presse (à cheval et au sabre, de préférence) ! Partisan de l’ethno-différentialisme, il privilégie – contre l’universalisme républicain qui a mené aux entreprises coloniales des Jules Ferry, Paul Bert... – l’héritage du maréchal Lyautey qui, parlant des peuples colonisés, disait : « Ils ne sont pas inférieurs, ils sont autres ». Il appartient au fond, et plus généralement, à la tradition des anarchistes de droite, de par son style mousquetaire et, il faut le reconnaître, un certain panache propre à la tradition non-conformiste.

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