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Covid-19 : la fin de l’illusion européenne Abonnés

OPINON. Critères de Maastricht, solidarité européenne, masques, vaccins… Depuis le début de la crise sanitaire, beaucoup des illusions ayant bercé les esprits des européistes les plus acharnés sont tombées. Peu à peu, la sacrosainte coopération européenne a laissé la place aux réflexes souverainistes.

Covid-19 : la fin de l’illusion européenne

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Publié le 26 avril 2021

En 1992, l’Europe entre dans une nouvelle ère. La signature du traité de Maastricht par 12 pays modifie en profondeur les fondements de l’Union européenne (UE) par la mise en place d’une union monétaire, de la citoyenneté européenne, ainsi que d’une banque centrale et d’un parlement supranational. En ce début de décennie 90, l’optimiste semble flotter au-dessus du continent, un optimisme mêlant naïveté démocratique, progressisme affirmé et angélisme intégrateur : « Le présent traité marque une nouvelle étape dans le processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe, dans laquelle les décisions sont prises le plus près possible des citoyens. […] de promouvoir un progrès économique et social équilibré et durable, notamment par la création d’un espace sans frontières intérieures, par le renforcement de la cohésion économique et sociale et par l’établissement d’une union économique et monétaire comportant, à terme, une monnaie unique, conformément aux dispositions du présent traité […] de renforcer la protection des droits et des intérêts des ressortissants de ses États membres par l’instauration d’une citoyenneté de l’Union ».

Cette nouvelle union devait ainsi sceller le sort d’une Europe démocratique, solidaire et surtout solide face à ce nouveau monde morcelé auquel elle devait faire face et dans lequel elle devait s’imposer.Près de trois décennies plus tard, l’actuelle Union européenne a vu défiler les crises (terroriste, financière, sociale, migratoire…) jusqu’en 2020. Et voilà qu’une nouvelle forme de crise a de nouveau fait vaciller cette union branlante.

Maastricht : le Jack l’Éventreur des politiques publiques françaises

Au cœur de la machine maastrichtienne se situent quatre critères de convergence. Ces quatre critères sont définis dans l’article 121 du traité instituant la Communauté européenne : la stabilité des prix bas (pas plus de 1,5 % d’inflation), la situation des finances publiques (déficit public inférieur à 3 % et dette inférieure à 60 %), le taux de change (dévaluation exclue) et les taux d’intérêt à long terme (limite à 2 points au-dessus des trois pays avec la plus faible inflation). Ces quatre fardeaux, la France les porte comme Sisyphe et son rocher. Pour reprendre le film de Max Linder, l’hexagone prend sa part dans ses trois fois Sept ans de malheur.

Si la liste n’est pas exhaustive — et la rendre complète nous obligerait à commencer une rédaction de plusieurs centaines de pages —, il est aisé de retenir quatre axes sur lesquels la souveraineté française a pâti. Ceux-ci sont ainsi mis en avant par la situation actuelle. Maastricht nous a ainsi retiré toute souveraineté sur nos comptes publics, sur la gestion de notre monnaie, sur nos frontières et sur notre industrie. Aujourd’hui, ces conséquences sont comme les étoiles qui brillent dans la nuit, on ne peut les manquer.

D’un point de vue sanitaire, cela se traduit par des politiques de santé qui n’ont plus que pour seul objectif celui de répondre parfaitement à ces critères dramatiques. Les coupes budgétaires ont commencé sous François Mitterrand avec Pierre Bérégovoy et sa dotation globale de financement fixant les dépenses hospitalières annuelles. Depuis 1983, tous les gouvernements se succèdent, mais ne défaillent pas dans leur allégeance à l’État maastrichtien. En 2015, Marisol Touraine met ainsi en place un plan d’économie de trois milliards d’euros dans les hôpitaux. Le constat est assez simple à résumer, en 10 ans, les gouvernements de droite comme de gauche ont dépouillé l’hôpital. 11,7 milliards d’économies en 10 ans et une baisse de 35 % des lits en hôpitaux publics. Éric Woerth l’avait bien asséné en 2007 sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin, « Il y a trop de lits d’hôpitaux en France ».

L’Europe face à la crise du Covid : une succession de camouflets

« Dans les grandes crises, le cœur se brise ou se bronze », écrivait Balzac. Pour ce volapük intégré que représente l’Europe maastrichtienne, chaque crise n’est que la caisse de résonance d’une inaptitude chronique à vaincre.

Tout d’abord, au sujet des masques : alors que la théorie maastrichtienne nous présentait son traité comme « une nouvelle étape dans le processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe, dans laquelle les décisions sont prises le plus près possible des citoyens », la réalité a rattrapé les technocrates européens dans leur tour d’ivoire. Les exemples ne manquent pas, mais le plus flagrant reste le vol par la République tchèque de près de 650 000 masques envoyés par la Chine à destination de l’Italie, le tout avec l’accord des autorités tchèque. Une histoire à peine croyable.

L’UE a ensuite récidivé avec les vaccins :alors qu’il devait nous permettre d’accéder à de nombreux vaccins, le parapluie européen ne s’est finalement pas ouvert comme prévu. Le premier écueil vient de la faible puissance de frappe d’investissement d’une UE, qui coûte pourtant près de 27 milliards d’euros chaque année au contribuable français. Alors qu’Israël ou le Royaume-Uni payait entre 17 et 22 euros par dose, la technostructure bruxelloise a préféré se contenter de 12 euros. Après plusieurs mois de négociation à n’en plus finir et un manque de rapidité criant, le vieux continent semble à la traîne vis-à-vis des autres puissances mondiales.

Les causes sont nombreuses, manque de cohérence, défaillance démocratique, mais aussi pilonnage en règle des industries souveraines. Comment expliquer que toutes les puissances du monde ont su produire leur propre vaccin et que les 27 n’ont pas su régler ce problème. Le pilier de concurrence pure et parfaite chère aux libéraux, mais aussi aux pères fondateurs de l’Europe, a encore une fois agi comme un poids qui nous tire vers le fond. Alors que Sanofi aurait pu recevoir des investissements nationaux pour développer, amplifier et accélérer la recherche, l’Europe a fait fi de ces considérations. Il n’y a qu’à voir quelles sont les contreparties demandées par l’UE lorsque l’état français ose aider sa compagnie nationale Air France.

Finalement, le désastre est encore plus équivoque lorsque l’on regarde la situation outre-Manche. Le Royaume-Uni honni pour avoir honteusement osé quitter l’UE n’est finalement que le miroir de notre échec. Une souveraineté retrouvée qui leur permet de produire leur propre vaccin, privilégier leurs intérêts nationaux, réguler leurs frontières et être les premiers à sortir de cette crise sur le continent européen.

La seule réponse d’Ursula von der Leyen et ses sbires fut de mener une campagne de dénigrement du vaccin AstraZeneca. En parallèle, alors que de nombreux pays d’Europe de l’Est encore soucieux du bien commun et de leur souveraineté, cherchaient de nouveaux partenaires et se tournaient vers l’Est, le commissaire européen et « monsieur vaccin » de l’UE, Thierry Breton, déclarait dans tout son pragmatisme euro centré : « L’Europe n’a pas besoin du vaccin Spoutnik V contre le Covid-19 ». Le progressisme version bruxelloise ou comment sacrifier la sécurité sanitaire européenne sur l’autel géopolitique anti-russe.

Mais le comble des camouflets a quand même été celui sur les frontières : alors que le principe de la pandémie est évidemment la répartition et la dispersion, le bon sens aurait voulu que les frontières de l’hexagone soient fermées, notamment dans un second temps, avec la découverte des variants étrangers. Que nenni ! L’Union européenne, berceau du libéralisme ne peut se résoudre à fermer une frontière, c’est sa raison de vivre. L’espace Schengen faisant office de prison dorée nous enferma ainsi dans des dispositions juridiques qui dépassent l’entendement souverain. Il est impossible en effet, de manière unilatérale, de fermer ses frontières à un pays du même espace pendant plus de 30 jours, sauf en cas « de menaces pour l’ordre public ou la sécurité ». Alors que les pays souverains que sont les pays asiatiques, la Russie ou même le Royaume-Uni s’engageaient logiquement à réduire l’impact de l’épidémie en fermant leurs frontières, Ursula von der Leyen claironnait encore le mois dernier : « Le virus nous a appris que la fermeture des frontières ne stoppe pas le virus, mais cela crée des distorsions sur le marché unique. »

Ces multiples revers et camouflets, dont les causes profondes remontent aux prémisses de la fondation de l’Union européenne nous permettent de souligner « la mutualisation des impuissances » chère à Hubert Védrine. L’Union européenne semble, ainsi, être au crépuscule d’un énième échec. Il y a quatre-vingts ans, dans son ouvrage De la France, Emil Cioran le soulignait déjà : « Avec une culture aussi définie, la France ne peut se tourner vers des solutions extérieures. Les transfusions de sang ne font que prolonger l’agonie. Il serait indigne, au regard de son brillant passé, de recouvrir à de telles lâchetés ! »

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