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Michel Onfray : « On ne peut pas demander à Napoléon d’être un homme du 21ème siècle » Abonnés

ARTICLE. Ce matin sur Europe 1, Sonia Mabrouk a reçu Michel Onfray. L’entretien a donné lieu à un échange sur l’actualité, notamment sur le rapport idéologique à l’histoire du chef de l’État. Alors qu’Emmanuel Macron appelle à « déconstruire l’histoire de France », Michel Onfray invite à penser le temps long par la raison.

Michel Onfray : « On ne peut pas demander à Napoléon d’être un homme du 21ème siècle »

« Il y a un intérêt de l’islamogauchisme à détruire la nation, la souveraineté nationale, l’histoire de France (…) Tout ce qui est acide, et qui peut détruire la France, est formidable. Donc évidemment tous les gens qui sont dans une logique souverainiste sont des fascistes. » Le verdict est clair, et il serait difficile de considérer qu’il sort de nulle part. Cela fait des mois que la surenchère est de mise et que l’histoire française n’est invoquée que sous le registre de l’autoflagellation.

Ainsi Sonia Mabrouk de lancer le sujet : « Lors de son entretien à CBS dans le cadre d’une question autour de la race, Emmanuel Macron a appelé à déconstruire notre histoire. Quel sens y avez-vous vu ? » Et Michel Onfray de répondre : « Je ne suis pas étonné. Macron est un personnage qui a été placé là pour ça par le système. J’ai personnellement gagné quelques caisses de champagne quand j’ai parié en 2017 sur le vainqueur du second tour. On me disait que j’étais bien malin, mais il suffisait d’annoncer que ce serait un maastrichtien, de droite ou de gauche. »

L’argument d’Emmanuel Macron est au fond assez pernicieux. Il insiste sur la politique de reconnaissance des crimes et des douleurs comme autant de gages susceptibles de créer de l’apaisement. Selon lui, et comme le rappelle Sonia Mabrouk, « cette reconnaissance étant indispensable pour maintenir l’unité de la France… » Et Michel Onfray de rappeler que de toute façon, il n’y a pas grand-chose à attendre des propos de Macron d’une manière générale : « Le problème, c’est qu’avec lui c’est toujours recto verso, avers et revers. On a le droit à tout et le contraire de tout. »

Donnant magistralement tort aux mauvaises langues qui l’accusent de n’être offensive qu’avec ses adversaires, Sonia Mabrouk titille Michel Onfray : « Vous n’avez pas de doutes sur le fait qu’il soit fier de l’histoire de la France ? » Réponse instantanée : « Bien sûr que si. Je crois que quelqu’un qui est fier de la France ne dit pas qu’il n’y a pas de culture en France, ne dit pas qu’il faut déconstruire l’histoire de France ! »

Et Michel Onfray de pointer la duplicité du président de la République : « Macron n’a pas tranché sur les questions des commémorations, par exemple sur Céline, ou par exemple la Commune ou Napoléon. Cette façon d’aller chercher un pou dans la tête de Napoléon en disant « on l’a trouvé ! » et ça serait la preuve qu’il ne faut pas commémorer cet homme-là qui aurait été une catastrophe…mais l’histoire de France c’est tout cela, c’est ce qui nous a construit. »

Sonia Mabrouk continue à se faire l’avocate du diable (et ce faisant, de faire son travail) : « Faut-il la prendre comme un bloc cette histoire ? Ne faut-il pas reconnaître qu’il y a des zones d’ombres tout en sublimant les parenthèses lumineuses ? » Question à la fois légitime et profonde qui évite les écueils de l’apologie et de la déconstruction. Et Michel Onfray d’y répondre en faisant la part belle à la généalogie dont il se revendique régulièrement, dans la tradition nietzschéenne :

« Il faut faire de l’histoire ! C’est-à-dire ne pas se dire « je n’aime pas beaucoup Aristote parce que Aristote n’avait pas lu Simone de Beauvoir ». Oui, Aristote n’avait pas lu Simone de Beauvoir et à cette aune-là, Aristote aura toujours tort, quoi qu’il dise et quoi qu’il ait pu écrire. À un moment donné, on ne peut pas demander à Napoléon d’être un homme du 21ème siècle. Il est un homme de son siècle et de son temps. Qui à l’époque tenait les discours que nous tenons aujourd’hui ? Le néo-féminisme n’existait même pas à l’époque de Simone de Beauvoir donc comment aurait-il existé à l’époque de Napoléon ? »

Faire de l’histoire donc, et penser le temps long de la chronologie sans se départir de l’adage spinoziste : « Ni rire ni pleurer, mais comprendre. » Voilà ce que ne saurait entendre Emmanuel Macron qui, sur le modèle anglo-saxon, entend constamment donner des gages à des communautés que la République ne reconnaît pourtant officiellement pas.

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