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Pour lutter contre le terrorisme, l’État veut traquer tous les Français sur internet Abonnés

ARTICLE. Ce jour, Gérald Darmanin présente un projet de loi pour la lutte contre le terrorisme. Au sein du texte se trouve une proposition controversée : recourir aux algorithmes pour passer au crible les sites web consultés par les citoyens.

Pour lutter contre le terrorisme, l’État veut traquer tous les Français sur internet
Publié le 28 avril 2021

Cinq jours après l’assassinat de Stéphanie Montfermé, agent administratif du secrétariat au commissariat de Rambouillet, Gérald Darmanin réplique par un projet de loi antiterroriste. ”À la demande du président de la République et du Premier ministre, je présenterai mercredi un projet de loi consacré au renseignement et à la lutte contre le terrorisme”, déclare le ministre de l’Intérieur au Journal du dimanche du 25 avril. Un projet qui vise, entre autres, à autoriser des algorithmes à analyser toutes les pages web consultées en France.

Gérald Darmanin se livre ici à un exercice de communication qui frise l’indécence. Car le texte en question est en préparation depuis de longs mois déjà. Il a pour but de pérenniser, voire de renforcer les mesures prises depuis 2015 en matière de sécurité. À savoir la loi sur le renseignement de 2015 ainsi que la loi pour la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (SILT) de 2017. Une partie des mesures adoptées comportaient une échéance, et le texte entend supprimer cette limite temporelle pour bon nombre d’entre elles.

Un dispositif d’analyse de données pour l’instant inefficace

Elle vise notamment à pérenniser le recours aux algorithmes. Un point qui ne manquera pas de faire débat. En 2015, le gouvernement de Manuel Valls avait organisé l’expérimentation de trois “boîtes noires” chez les opérateurs téléphoniques ou chez les hébergeurs français. Elles étaient chargées de récolter les données téléphoniques des particuliers. Pas le contenu des conversations, mais les identités des communicants, les adresses IP, la temporalité des échanges, ou bien encore, l’ensemble des numéros d’abonnement ou de connexion d’une personne. Des données recueillies et travaillées ensuite par un algorithme chargé de supprimer l’anonymat en cas d’éléments indiquant un risque terroriste.

Bien que ce dispositif n’ait, à ce jour, pas encore prouvé son efficacité, l’État entend le pérenniser. Mais surtout, il souhaite élargir le périmètre d’analyse des “boîtes noires”. Désormais, les algorithmes pourront analyser les adresses URL consultées par chaque ordinateur en France. Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme et interviewé au micro de RMC est inquiet : “C’est une surveillance généralisée et nous entrons dans une société de plus en plus surveillée. On sacrifie de plus en plus libertés sans nous en rendre compte.

Un risque pour les libertés individuelles ?

Sur BFM, Laurent Nuñez, coordonnateur national du renseignement, avait tenté de défendre ce concept important face à ”des individus de plus en plus isolés dont les seules traces sont les traces numériques”. Quant à Gérald Darmanin, questionné par le JDD sur les risques que font peser les algorithmes sur les libertés individuelles, il s’était offusqué : ”Toutes les grandes entreprises utilisent des algorithmes. Et il n’y aurait que l’État qui ne pourrait pas les utiliser ?”. Il ignore peut-être que, malgré le fantasme de la start-up nation, un État n’est précisément pas obligé de reproduire les dérives des entreprises. Surtout quand elles sont très souvent pointées du doigt pour l’utilisation des données privées de leurs clients.

Enfin, encore faudrait-il que l’opération ait une utilité. Les trois boîtes noires installées depuis 2015 n’ont, officiellement tout du moins, pas contribué efficacement à la lutte antiterroriste. L’analyse de nos ordinateurs pourra-t-elle être susceptible de le faire davantage ? On peut en douter. Les terroristes un tant soit peu organisés font attention à ce genre de détails. Ils privilégient les moyens de rester anonyme, via les réseaux VPN ou certaines applications comme Telegram.

N’eut-il pas été judicieux d’inverser la démarche ? De ne récolter les informations personnelles que des utilisateurs qui consultent des sites de propagande terroriste ? Et non ceux de la France entière ? De ces Français qui savent, désormais, que l’État se penche sur leur épaule, quand ils se promènent sur internet ?

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