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La jurisprudence des dîners en ville Abonnés

COMMUNIQUÉ. Michel Onfray répond aux journalistes qui l'interrogent depuis quelques heures au sujet de son amie Aurore Van Opstal, qui accuse Éric Zemmour d'inconduite sexuelle.

La jurisprudence des dîners en ville
Publié le 28 avril 2021

A la faveur de la récente déclaration d’une élue socialiste accusant Eric Zemmour de gestes déplacés, Mediapart me téléphone pour savoir quelles sont mes relations avec Aurore Van Opstal qui a publié un post, que je n’ai pas lu, dans lequel elle rapporte avoir été elle aussi victime de gestes déplacés de la part d’Éric Zemmour.  Puis c’est au tour de la rédaction de LCI de me solliciter pour la même chose. Il y en aura probablement d’autres…

Voici donc ma réponse.

Je connais Aurore Van Opstal depuis plusieurs années. Je n’ai pas la mémoire des dates et ne tiens aucune archive me permettant de savoir depuis quand. Je l’ai rencontrée à Bruxelles chez mon camarade Noël Godin, alias Le Gloupier, l’entarteur de BHL, et de quelques autres. J’étais en compagnie de Dorothée, ma compagne devenue mon épouse depuis. Aurore Van Opstal est venue chez nous une fois à Chambois en compagnie de Noël Godin et de sa compagne Sylvie. Dorothée était également présente. Plus tard, mon épouse et moi-même lui avons prêté notre maison pendant plusieurs semaines en notre absence. Elle y était accompagnée.

Nos relations sont essentiellement épistolaires. Aurore a rédigé un manuscrit qui raconte sa terrible enfance violentée, prostituée par sa mère, que j’ai proposé à la plupart de mes éditeurs - Grasset, Laffont, L’Observatoire, Albin Michel, Flammarion. Tous ont décliné l’édition de son manuscrit qui a trouvé preneur chez un petit éditeur.

Puisqu’on m’invite à exposer le détail de relations qui ressortissent du domaine privé pour savoir si j’aurais été au courant des agissements d’Éric Zemmour de façon à faire de moi un éventuel complice par mon silence, je dois révéler une chose que j’aurais préféré garder pour moi (qu’Aurore m’en pardonne mais elle ignore probablement qu’à s’exposer publiquement on remue beaucoup de boue…), c’est que nombre de nos échanges concernent, outre sa demande récurrente d’être éditée, son désir de se suicider dans une clinique suisse. L’un de ses messages me donnait même le lieu, l’heure et le nom du médecin qui l’assisterait dans son choix d’en finir avec la vie faute de la mener dans la paix et la sérénité. J’ai consacré du temps à la dissuader d’un passage à l’acte qui fort heureusement n’a pas eu lieu.

Concernant Eric Zemmour, j’ai entendu beaucoup de choses sur sa vie sexuelle. On en dit autant concernant la mienne et je suis bien placé pour savoir qu’il entre dans toutes ces considérations tenues lors de dîners en ville où règnent potins, rumeurs et ouï-dire, une grande part de passions tristes et de délectation morose. Un journaliste du Nouvel Observateur qui me recevait un jour dans ses locaux, c’est dire si ça date, y est allé lui aussi de son récit concernant les supposées turpitudes d’Éric Zemmour. Il faisait rire de connivence autour de lui…

En matière de sexualité, je n’ai rien à dire contre ce qui s’avère contractuel. J’aurais en revanche tout à dire contre ce qui ne le serait pas, Eric Zemmour ou autres. Mais c’est à la justice de dire et à personne d’autre, sûrement pas aux journalistes ou aux réseaux sociaux aussi crédibles les uns que les autres. J’ai trop entendu de choses sur tant de gens, moi compris, pour savoir qu’il faut faire la part entre le vrai, le juste et ce qui relève de la calomnie, de l’interprétation, du fantasme où le ressentiment et la vengeance tiennent la barre. N’ayant pas les moyens de dire la justice, je laisse dire qui dit - et ils ou elles ont été nombreux à dire tout et le contraire de tout…- sans tirer quelque conclusion que ce soit. Et surtout sans rapporter ce qu’on m’aura dit. Il y a de la sagesse aux trois singes qui n’ont rien vu, rien entendu, rien dit.

Je m’en tiendrai à cela. Pour ce genre d’affaire, même si je ne crois guère en elle, c’est, faute de mieux, à la justice de dire ce qu’il faut dire car je crois encore moins aux journalistes, aux dîneurs mondains et aux agités des réseaux sociaux qu’à la justice à laquelle je crois pourtant déjà très moyennement.

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