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Malaise collectif et individuel : l’air du temps est-il à la folie ? Abonnés

OPINION. Les nombreuses fractures ressenties à l’échelle de la société sont, selon notre abonné, souvent l’expression d’un malaise vécu plus personnellement. Pour lui, il faut guérir de nos turpitudes intérieures pour échapper au ressentiment et affronter le monde.

Malaise collectif et individuel : l’air du temps est-il à la folie ?

Les mensonges répétés des propagandes, la novlangue qui fabrique des mots pour inventer des ersatz de réalités, l’opacité des décisions politiques prises dans des cénacles irresponsables et hors d’atteinte, l’étendue et la généralisation des corruptions, les administrations pléthoriques et souvent inefficaces, la soumission politique aux experts et hauts fonctionnaires technocrates, les algorithmes qui orientent nos choix, les violences de la vie familiale et professionnelle, l’insécurité qui se diffuse dans le tissu social, l’enseignement en déroute et la véritable culture réservée à une minorité, l’immigration de masse qui puise les ressources et détruit le tissu culturel homogène qui fait l’identité d’une nation, la division du pays en multiples idéologies et identités de plus en plus antagonistes ou indifférentes les unes aux autres, la création de zones du territoire échappant à la loi commune et, pour parachever le tout, une pandémie qui incruste la peur et la méfiance dans toute notre vie quotidienne… Est-ce vraiment avec tout cela qu’on peut résister à un totalitarisme sournois et terrorisant, ressuscitant des visions du monde archaïques et régressives ?

Sommes-nous devenus fous ?

Les malades mentaux sont enfermés dans des institutions psychiatriques, mais la société regorge de fous en liberté, hommes et femmes : pervers narcissiques, sociopathes, paranoïaques, dépressifs à l’excès. Certains se font remarquer, d’autres sont plus discrets. La violence est leur langage de communication sous toutes ses formes : maltraitance, humiliation, abandon, culpabilisation.

Mais il faut bien dire que cette folie n’épargne personne. Nous avons tous été, plus ou moins, des êtres blessés dans notre vie familiale ou dans notre vie sociale. Certains ne s’en sortent pas trop mal, en claudiquant un peu et en surmontant leurs malaises grâce à une forme ou l’autre de résilience, mais d’autres s’enferment dans la haine, le ressentiment ou le retrait passif. Ils font du mal à leurs enfants, les brutalisant, les manipulant, les abandonnant. Et à leur tour, ces enfants brutalisés, manipulés, abandonnés deviennent violents, agressifs ou soumis, oscillant parfois entre le manque d’amour de soi et une surestimation de soi narcissique.

Le succès social et la réussite matérielle ne dépendent pas de notre degré de santé mentale. Parfois au contraire, ce sont souvent des psychopathes qui accèdent aux manettes du pouvoir dans la politique ou l’entreprise. Ce sont des séducteurs narcissiques qui comblent les vœux secrets des foules de trouver un objet d’admiration dans lequel refléter leurs rêves inassouvis de gloire et de reconnaissance.

C’est ainsi que s’explique l’irrationalité des comportements sociaux qui s’expriment par l’intimidation ou la soumission, l’égoïsme le plus cruel ou la philanthropie affectée, la violence gratuite ou l’adhésion aux thèses les plus délirantes. Or, une démocratie ne peut résister aux tentations totalitaires que si elle est forte et ses citoyens, du haut en bas de l’échelle sociale, en bonne santé mentale.

La responsabilité contre le sentiment d’impuissance

Le malheur que nous croyons surtout externe à nous-mêmes est avant tout interne. C’est notre faiblesse qui fait la force des ennemis de la démocratie et de la patrie. Leur pouvoir d’attraction et de nuisance est inversement proportionnel à notre vide spirituel et moral. Notre faiblesse vient pour une bonne part de la somme de nos malaises, dans la famille, le travail, dans toutes nos relations. L’absence de créativité, dont notre système éducatif au sens large est responsable, est aussi une de source de nos dépressions, de notre haine de nous-mêmes. Les liens qui se distendent avec nos proches, nos voisins, notre patrie font de nous des êtres égoïstes et indifférents au sort des autres. Le fait que nous n’acceptions pas aisément ce que nous sommes, avec nos ombres, nos failles et nos blessures fait de nous des victimes irresponsables. Les choix que nous faisons de politiciens arrogants face aux humbles et peureux face aux véritables dangers et défis du temps prouvent notre absence de lucidité et de détermination.

Un grand chantier de rénovation humaine et sociale commence par un état des lieux, honnête et réaliste. Le sentiment d’impuissance peut disparaître de nos cœurs, de nos têtes si nous retrouvons un esprit critique, libéré des propagandes, si nous restons lucides sur l’étendue et la généralisation des corruptions et des lâchetés, sur l’état de notre système d’administration et d’éducation, mais aussi sur les violences dont nous sommes responsables dans nos propres familles et dans notre environnement social. Choisir des boucs émissaires parmi les privilégiés et les puissants qui, il est vrai, décident en grande partie de notre sort ne peut suffire. Chacun doit faire ce qui est juste, à l’endroit où il vit, où il travaille, en toute conscience et responsabilité.

Mais il faut aussi bien sûr choisir de meilleurs leaders, qui soient aptes à diriger ce chantier, à nous motiver, à nous mobiliser. Les dangers extérieurs devront être maîtrisés par la force, mais cette force indispensable doit s’appuyer sur notre force intérieure, sur la guérison de nos malaises individuels et collectifs.

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