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La France de 2025, vue par Macron Abonnés

ARTICLE. Pour le journal l’Opinion, le président de la République a imaginé ce que pourraient être les unes des médias en 2025. Dans ce texte, aucun mea culpa d’Emmanuel Macron, mais plutôt des formules aux allures de programme politique.

La France de 2025, vue par Macron
Publié le 30 avril 2021

Pour le n° 2000 de l’Opinion, le président de la République a écrit un texte imaginant ce que seraient les unes des médias en avril 2025, lorsque paraîtra le n°3000 du journal. Un texte qui est totalement passé inaperçu, à tel point que l’on pourrait se demander si Emmanuel Macron paraît crédible pour les Français. Force est de constater, en tous cas, qu’il n’a pas réellement changé d’idéologie depuis 2017.

Le gourou de l’optimisme

En 2025, Macron annonce un avenir radieux. Ou, en tous cas, l’espère-t-il. « Nous travaillons pour qu’en avril 2025, puisse paraître une Une sur… », le président, amateur d’anaphores, énumère les progrès qu’il aimerait voir apparaître en France d’ici là. Une attitude qui n’est pas sans rappeler sa campagne présidentielle de 2017. À cette époque déjà, l’écrivain Michel Houellebecq avait dit: « J’ai eu l’impression que c’était une thérapie de groupe pour convertir les Français à l’optimisme ».

Mais qui dit thérapie dit souffrance. Car c’est bien de cela qu'il est question : la société française est en souffrance sur tous les plans : économique, social, sécuritaire... La société française est exaspérée du « monde d’après » qu’on leur vend à marche forcée. Pourtant, Emmanuel Macron « reste un optimiste de la volonté (…) Notre Nation, dit-il, peut prendre toute sa part à l’invention du monde qui vient ». Rien que ça.

La fin de la pandémie ?

« Nous travaillons pour qu’en avril 2025, puisse paraître une une sur notre jeunesse qui aurait tourné la page de la pandémie, rattrapé les heures d’études perdues, les expériences volées (…) ». Pour ce faire, Macron veut que d’ici 2025, les médias puissent parler du « nouveau modèle français de protection sociale », un modèle qui défend une « santé plus préventive », bref, « presque de quoi retrouver le souffle du Conseil national de la Résistance, d’une France fière de faire avancer les droits sociaux et le progrès humain. »

Pourtant, même si l’on ne peut pas mettre l’entière responsabilité de la pandémie mondiale de COVID-19 sur le dos de Macron, c’est bien l’impréparation généralisée de son gouvernement, l’absurdité de ses prises de décisions et de son imprévoyance structurelle, qui a conduit une catastrophe sanitaire d’une pareille ampleur sociale et économique, qui a privé la jeunesse française de ces « expériences volées ». Par son soutien indéfectible aux théories du New Public Management, l’idéologie macroniste n’a-t-elle pas contribué à la fermeture massivement des lits d’hôpitaux ? On est bien loin du CNR…

Cachez cette insécurité que je ne saurais voir

Dans le sermon d’Emmanuel Macron, on trouve également son souhait de voir « de moins en moins de unes peuplées de faits divers tragiques – règlements de compte entre bandes, féminicides, attentats ». À la place, il préfèrerait que « les journaux fassent la part belle au retour de la République sur chaque terre du pays : le policier, le professeur, le responsable associatif, tous ces visages du respect et de l’espoir, d’une France unie et apaisée. »

Faut-il y comprendre que le président ne souhaite pas que les médias relayent que le réel est peuplé de faits divers tragiques ? On peut légitimement se poser la question lorsqu’on constate la réaction brutale du gouvernement contre les signataires de la tribune des militaires (plutôt que contre les criminels) qui se faisaient lanceurs d’alertes sur l’insécurité galopante en France. Rappelons que selon un récent sondage, 86% des Français assurent que « l’enjeu de la sécurité sera important pour la prochaine élection présidentielle ».

La souveraineté industrielle et le patriotisme, sauce Macron

« Nous travaillons pour qu’en avril 2025, puisse paraître une une sur l’excellence industrielle française, son nouveau modèle productif plus écologique et numérique ». Reprenant les élements de langage de la Commission européenne, le président de la République explique vouloir défendre notre industrie.

Interrogé au sujet du « déclassement industriel » dans le Parisien (dans un entretien dédié aux étapes du déconfinement), il estime que ce déclassement est dû au… patriotisme. « Nous avons tenu pendant des décennies un discours patriotique, sans les moyens. » explique-t-il.

« Depuis quatre ans, nous avons baissé le coût du capital et la fiscalité sur l’investissement productif. Heureusement que nous avons réduit les impôts, y compris en supprimant la part antiproduction de l’ISF ! Notre pays dissuadait l’investissement. Il dissuadait aussi le travail et c’est pour cela que j’ai baissé l’impôt sur le revenu, augmenté la prime d’activité. Ah, j’en ai entendu sur ces sujets de la part des patriotes aux petits pieds ! Ceux qui vous disent : « il faut faire des usines en France », mais vous expliquent que les gens qui réussissent doivent être taxés, alors que la France est déjà l’un des pays d’Europe où la fiscalité est la plus élevée. »

Dans cette véritable harangue, on retrouve tous les éléments de langage, toute l’idéologie d’Emmanuel Macron, idéologie pourtant démentie systématiquement par le réel. Devons-nous rappeler que c’est sous son administration que la France a atteint le taux de prélèvement obligatoire le plus haut de l’histoire(d’abord en tant que ministre de l’Économie puis en tant que président) ? Faut-il lui rappeler que malgré tous les cadeaux fiscaux – notamment le CICE dont il est l’un des créateurs – les entreprises ont tout de même continué à délocaliser et à détruire des emplois ?

Surtout, notons que s’il a effacé « ceux qui ne sont rien » (issu de son discours à la station F), Macron a bien gardé en tête « ceux qui réussissent ». Après tout, il semble bien que ce soit désormais seulement à eux qu’il s’adresse, seuls dignes représentants de la macronie pour faire de la France une « vainqueur de la mondialisation » en 2025.

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