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Coca-Cola entame un bras de fer administratif contre un producteur corse Abonnés

ARTICLE. Coca-Cola veut interdire la marque corse “Coca Mariani”. Pourtant, il semblerait que ce soit cette dernière qui ait inspiré le créateur du Coca-Cola, à la fin du 19e siècle. L’entreprise américaine pointe un risque de confusion. Un argument qui vise, ni plus ni moins, à accaparer le mot “coca”.

Coca-Cola entame un bras de fer administratif contre un producteur corse

C’est l’histoire du petit contre le gros, de David contre Goliath qui se rejoue éternellement. De ces entreprises géantes qui n’aiment rien tant qu’écraser toute concurrence qui pourrait leur faire un tant soit peu de l’ombre. Qu’il s’agisse de la technologie employée ou bien, dans le cas présent, du nom utilisé. Ce n’est donc guère surprenant de voir le mastodonte américain Coca-Cola s’opposer à ce qu’un industriel corse nomme sa boisson : “Coca Mariani”.

Mais l’histoire est cocasse. On pourrait résumer cette affaire par cette question : qui de l’œuf ou de la poule était là en premier ? Plongeons dans le passé. En 1863, Angelo Mariani, un pharmacien corse, domicilié à Paris, invente un vin original, à base de Coca. En 1868, le vin est commercialisé. Bien qu’il soit totalement tombé dans l’oubli, son succès n’en a pas moins été vivace sur le moment. Le Tout-Paris se l’arrache. Le breuvage est vanté pour ses vertus médicinales. Il soigne l’estomac, l’anémie, l’impuissance sexuelle ou bien encore la dépression. L’inventeur Edison en consomme, Zola, Colette également. Même les papes en raffolent.

Le “French wine Coca”, l’ancêtre du Coca-Cola ?

Christophe Mariani, homonyme de l’apothicaire et président de l’entreprise corse en conflit avec Coca-Cola, raconte à Europe 1 l’origine du soda américain : “En 1885, John Pemberton, un Américain préparateur en pharmacie, décide de copier ce vin tonique Mariani, puis arrive la Prohibition. Il est alors obligé de changer sa formule, d’enlever le vin et de créer une boisson”. Ainsi serait né le Coca-Cola, d’abord appelé “French wine Coca”, en 1986. Sans Mariani, peut-être n’aurait-il eu jamais de Coca-Cola.

Une histoire à laquelle le géant américain n’est guère sensible, presque 150 ans plus tard. Christophe Mariani a déposé le nom de “Coca Mariani” en France en 2014. Cinq ans plus tard, il en a fait de même auprès de l’Office de l’Union européenne de la propriété intellectuelle. C’est désormais ce dernier qui est chargé d’analyser la requête de Coca-Cola, d’ici six mois. Selon les articles L.713-5 et L.713-6 du Code de la propriété intellectuelle, une marque peut attaquer en justice une personne qui utilise son nom dans son nom de domaine et la concurrence sur son terrain de vente. Le titulaire d’une marque enregistrée antérieurement peut également limiter l’utilisation commerciale d’un nom.

Les marques s’accaparent juridiquement la nature

Coca-Cola veut donc interdire la marque “Coca Mariani”, coupable, selon elle, d’entretenir un risque de confusion. Ce qui est cocasse, lorsque l’on analyse la chronologie des faits avancés par Christophe Mariani. La marque corse est largement antérieure à l’américaine.
Une aberration pour le dirigeant corse qui dénonce également l’accaparement du mot “coca” : “il ne s’agit pas seulement d’une marque mais d’un ingrédient, d’une plante, c’est un nom générique, ils ne peuvent pas se l’approprier.”

Une aberration qui n’est d’ailleurs pas l’apanage des entreprises américaines. Elle fait échos à une polémique récente en France. Un géant a aussi décidé de s’approprier un mot de la nature, à savoir, “Planete”. Il s’agit de Canal plus. L’entreprise du groupe de Vincent Bolloré attaque en justices les associations ou les sociétés qui auraient le malheur d’utiliser ce terme dans leur nom. L’association “Run For Planet”, le magazine “Planète Oiseaux”, même le blog “Planète Polars” ont tous eu maille à partir avec les services juridiques de la chaîne. Selon elle, il y avait une confusion entretenue avec la chaîne “Planete plus”. Dans le cas du “Coca Mariani”, le petit gagnera-t-il face au gros ? La logique et le bon sens le voudraient.

Mais ils ne font pas toujours bon ménage avec la rigueur juridique de la loi. Dans le cas de Canal plus, la plupart des organisations attaquées ont fait marche arrière face au puissant Bolloré.

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