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À Saint-Brieuc, les pêcheurs en guerre contre les éoliennes Abonnés

ARTICLE. Aujourd’hui commence la construction du parc éolien en mer en baie de Saint-Brieuc. Mais les pêcheurs, après neuf ans de recours en justice, n’entendent pas en rester là. Ils évoquent les conséquences environnementales sur le site… ce qui ne suffit pour le moment pas à faire céder la ministre de l’Écologie, Barbara Pompili.

 À Saint-Brieuc, les pêcheurs en guerre contre les éoliennes
Publié le 3 mai 2021

La guerre des éoliennes est déclarée à Saint-Brieuc. Il y a la bonne écologie, celle qui préserve l’environnement et qui cherche avant tout à être efficace. Puis il y a l’écologie de façade, l’écologie politique, qui vend son âme à des industriels et des lobbys plus soucieux de leur porte-monnaie que du bien commun. Le début des travaux du parc éolien offshore en baie de Saint-Brieuc, ce lundi 3 mai, illustre parfaitement cette dichotomie.

Malgré neuf années de recours en justice sans cesse rejetés, les associations environnementales ont perdu la partie. Mais de leur côté, les pêcheurs n’abandonnent pas encore le combat. Vendredi, le Comité de la pêche des Côtes-d’Armor (qui regroupe les 800 marins-pêcheurs) a envoyé un courrier aux ministres de la Transition écologique Barbara Pompili et de la Mer Annick Girardin. Il y évoque "une déclaration de guerre" et alerte : “(les pêcheurs) ne vous laisseront pas détruire le patrimoine naturel et les activités économiques de la baie de Saint-Brieuc”.

62 éoliennes de plus de 200 mètres de haut

Bien que Barbara Pompili explique que le projet sera "sans effet" pour les espèces halieutiques, les pêcheurs doutent. Ils accusent Jonathan Cole, directeur général d’Iberdrola, actionnaire de la société Ailes Marines qui porte le projet, de ne pas avoir respecté ses engagements. Notamment concernant le planning de déploiement du projet de construction des 62 éoliennes, qui n’a laissé aucune marge de négociations aux pêcheurs.

Côté gouvernement, on se défend comme on peut. Pour Barbara Pompili, interrogée vendredi par Le Télégramme : “La localisation a évolué, suite à des échanges avec les pêcheurs pour faire en sorte de limiter au maximum l’impact sur leurs activités”. Elle fait un pari sur l’avenir des plus hasardeux : “À terme, beaucoup d’inquiétudes vont se dissiper, car on se rendra compte que ce n’est pas si impactant que cela”.

Problème : pour les pêcheurs, c’est tout sauf évident. Ça l’est d’autant moins que l’Autorité environnementale, structure indépendante missionnée par le ministère de l’Écologie en 2016, avait rendu un rapport en demi-teinte, qui interrogeait le choix de la baie de Saint-Brieuc pour le parc éolien. Avec ses 62 éoliennes de plus de 200 mètres de haut, le futur parc est censé produire autour de 1820 GWh par an, soit la consommation électrique annuelle de 835 000 habitants.

Dogmatisme politique et intérêts industriels

Au fond, il s’agit ici – comme souvent – d’une convergence entre le dogmatisme politique et les intérêts industriels ; Barbara Pompili veut faire la peau au nucléaire. Elle souhaite également développer les énergies marines renouvelables (EMR), quoiqu’il en coûte. L’impact environnemental passe en second, l’écologie également.

Du côté des industriels, on se frotte les mains : si les travaux sont évalués à 2,5 milliards d’euros, le tarif de rachat de l’électricité, garanti pour vingt ans sera de 155 euros le mégawatt. À titre de comparaison, l’énergie produite via le nucléaire coûte 57 euros le mégawatt. Une aubaine pour l’éolien qui pousse aux constructions à marche forcée. “Notre pays a accumulé un retard que seul un rythme soutenu d’appels d’offres à long terme réussira à combler”, explique ainsi Nicolas Wolff, président de France Energie Eolienne.

La colère gronde

La tension s’accroît, ces derniers jours, près de Saint-Brieuc. Le samedi 24 avril, un cocktail Molotov a été lancé sur le chantier du parc éolien à Erquy. Jeudi 29 avril, un agent de sécurité surveillant une barge d’un prestataire d’Ailes Marines a été poussé à l’eau par des pêcheurs. Aujourd’hui, les professionnels de la pêche entendent porter un mouvement similaire à celui des bonnets rouges bretons – en bleu cette fois-ci.

Le mouvement est pris au sérieux par la ministre. Et pour cause : mercredi dernier, pas moins de six navires-écoles de la Marine nationale stationnaient dans la baie.

Pourtant tout ne serait qu’une question de dialogue, ou plus précisément, d’absence de dialogue. Car le Comité des pêches n’est pas opposé aux EMR à condition de "construire un parc avec les pêcheurs". Mais Barbara Pompili préfère manifestement faire la conversation aux grands industriels.

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