Menu
International
Économie
Les fusions-acquisitions explosent : le début du « monde d’après » ? Abonnés

ARTICLE. Alors qu’une sortie de crise semble se profiler avec l’accélération des campagnes de vaccination à travers le monde, les fusions et acquisitions d’entreprises explosent. Ces transactions ont déjà atteint 1.770 milliards de dollars sur les premiers mois de 2021, du jamais vu depuis 20 ans.

Les fusions-acquisitions explosent : le début du « monde d’après » ?

1.770 milliards de dollars. C’est le montant total des transactions de type « fusions et acquisitions » effectuées sur les trois premiers mois de l’année 2021 selon le cabinet Refinitiv, fournisseur mondial de données sur les marchés financiers. Un véritable record qui représente un bond de 124% par rapport à l’année dernière.

Les fusions et acquisitions ou « fusac » – appelées Mergers and Acquisitions (M & A) en anglais, – ce sont ces opérations juridiques qui consistent à regrouper des entreprises, ou des divisions d’entreprises entre elles afin d’acquérir de plus grandes parts de marché, gagner en compétitivité ou en efficacité de production selon une logique de « 1 + 1 = 3 ». Bref, c’est un « un levier puissant de rebond qu’un chef d’entreprise peut activer pour assurer le développement de sa PME ou de son ETI » selon le très prestigieux (et libéral) magazine Forbes.

Les États-Unis mènent la danse

Cette année, les marchés semblent être moins frileux qu’au début de la pandémie de COVID en 2020 et paraissent vouloir se préparer pour le rebond de l’économie d’après-crise. Cette hausse spectaculaire des fusacs est en particulier visible aux États-Unis, qui représentent à eux-seuls 1.000 milliards de ces opérations, notamment grâce au secteur de la haute technologie et aux géants du numérique.

Parmi ces transactions, on retrouve, selon le journal Les Echos, « l'américain Dell, plombé par 50 milliards de dollars de dette [qui] a annoncé la scission de sa pépite de VMware , spécialisé dans la virtualisation des serveurs (52 milliards de dollars) » ou encore « le singapourien Grab, détenu par le japonais Softbank et le chinois Didi, qui fournit des applications VTC et de paiements numériques, [qui] vient d'annoncer son rachat à 40 milliards de dollars par un de ces véhicules, soutenu par Altimeter ».

En effet, selon le magazine Challenges « Depuis son apparition, la contribution de la technologie à la performance et création de valeur des entreprises n’a cessé de croitre, et le Covid a accéléré de façon exponentielle les modes de travail « digitaux », creusant le fossé entre les technophiles et les autres ». De fait, les fusions et acquisitions ont pour objectif de « favoriser la croissance des revenus, acquérir des actifs qui permettent l’accélération de la transformation digitale (…) et la poursuite d’alliances stratégiques avec des pairs ou des start-up innovantes. »

Une pratique qui facilite la création de monopoles privés

Le problème, c’est que les fusions et acquisitions ne sont pas toujours créatrices de valeur… Si les fusions permettent de faire des économies d’échelle, elles créent aussi des emplois « doublons » qui sont bien souvent purement et simplement supprimés : de quoi faire des économies et s’offrir des dividendes plus confortables. La différence entre les cultures d’entreprise, les directions, ou les stratégies économiques peut être négative pour la valeur de l’entreprise « fusionnée ».

Surtout, les plus grosses opérations de fusions et acquisitions peuvent mener à une trop grande concentration économique sur un secteur donné, nuisant alors la concurrence et menant à des situations de quasi monopoles. Les fameuses lois américaines antitrust semblent sur ce point désormais dépassées pour répondre de manière effective au nouveau modèle économique imprimé par les GAFAM, géants américains du numérique.

De l’autre côté, l’Union européenne, dans sa tradition ordo-libérale, est beaucoup plus attentive aux activités anti-concurrentielles et aux situations de monopoles auxquelles peuvent mener les fusions et acquisitions, ce qui explique peut-être pourquoi le montant des M & A en Europe (308 milliards, soit +28% en un an) est bien en deçà de celui aux États-Unis ou en Chine.

Que ce soit dans le « monde d’avant » ou le « monde d’après », ce qui ne semble pas changer, c’est que c’est la loi du plus fort qui dicte la marche du monde économique.

commentaireCommenter