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Sa réforme fiscale décriée, le gouvernement colombien essuie la contestation dans le sang Abonnés

ARTICLE. Le gouvernement colombien a voulu voter une réforme fiscale particulièrement brutale. Appauvris par les conséquences du Covid, les Colombiens sont en réponse descendus manifester dans la rue. Au prix de près d’une vingtaine de morts, le projet a été rectifié par le président colombien. Mais la contestation demeure.

Sa réforme fiscale décriée, le gouvernement colombien essuie la contestation dans le sang

En Colombie, c’est la goutte d’eau (fiscale) qui a fait déborder le vase. Le projet de réforme porté par le gouvernement, dit ”loi de solidarité durable”, publié le 28 avril et porté par le gouvernement du président Ivan Duque, a fait sortir dans la rue des dizaines de milliers de manifestants colombiens. Bravant les restrictions sanitaires et l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes, ils ont défilé malgré tout. Sur les pancartes brandies rageusement, on pouvait lire : “Si le peuple manifeste en temps de pandémie c’est que le gouvernement est plus dangereux que le virus​”.

La classe moyenne attaquée

Un élan populaire que l’État colombien n’a guère apprécié. Le mouvement a été durement réprimé et le bilan humain a grimpé en flèche. Le pays a eu à déplorer la mort de dix-huit civils et d’un policier. Un chiffre remonté par le « Défenseur du peuple », administration chargée de la protection des droits des Colombiens. 846 blessés ont été à déplorer et 431 personnes ont été interpellées. Des organisations font part d’un bilan plus dramatique encore : mardi, l’ONG Temblores évoquait ainsi 31 morts. Et pour cause : le gouvernement colombien a même été jusqu’à déployer l’armée dans les villes les plus en proie aux contestations.

La rue reprochait à Ivan Duque une réforme qui visant directement les classes moyennes. Pour dégager 6,3 milliards de dollars supplémentaires entre 2022 et 2031 et ainsi financer les dépenses publiques, le gouvernement colombien a bâti tout un nouvel arsenal fiscal. Hausse de la TVA sur les biens et les services. Élargissement de l’assiette d’imposition sur le revenu. À partir de 2022, ceux qui gagnent plus de 663 dollars par mois devront également déclarer l’impôt sur le revenu, et à partir de 2023, ceux qui gagnent plus de 470 dollars par mois eux aussi.  D’autres mesures font aussi polémiques : surtaxes sur l’essence et le diesel, taxe sur le plastique, ou bien encore fin de l’exonération fiscale pour les services funéraires et de crémation. Une mesure qui a de quoi surprendre, à l’heure où le COVID fait des ravages en Colombie, avec plus de 450 morts par jour. Sa plus forte mortalité quotidienne depuis un an.

Le gouvernement recule, mais la contestation continue

Lundi 3 mai, en signe d’apaisement, le ministre des Finances colombien Alberto Carrasquilla, a présenté sa démission. Dans la foulée, le président Duque a proposé un allégement des propositions, décidant d’exclure de la réforme l’augmentation de la TVA et l’élargissement de la base d’imposition sur le revenu. Mais le peuple colombien, poussé dans ses retranchements après des années de gouvernance conservatrice, n’entend pas en rester là. Aujourd’hui, le Comité national de grève appelle à nouveau à une manifestation.

Quelle mouche a piqué le chef d’État colombien ? Déjà que le peuple est généralement réticent à toute mesure fiscale, proposer une telle réforme en pleine pandémie ne pouvait que mettre le feu aux poudres. Nous connaissons bien le sujet, en France. En 2018, l’idée d’une taxe carbone avait déclenché le tsunami des Gilets jaunes. Ironie du sort, le paquet fiscal colombien comporte aussi son lot de mesures écologiques, certes vertueuses en apparence, mais trop lourdes pour des Colombiens déjà bien assez pressurisés. Avec une chute du PIB de 6,8 % en 2020, un chômage qui tutoie les 16,8 % et une pauvreté qui a progressé de 37 % à 45 % en un an, le peuple de la Colombie souffre. Pouvait-il supporter et accepter un coup de massue fiscale en plus ? Il semble bien que non. Le prix à payer pour entendre cette réponse se compte, malheureusement, en vies humaines.

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