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poésie
Quand la poésie plie bagage, c’est que les balourds atroces tiennent la scène… Abonnés

OPINION. Entre vulgarité, médiocrité intellectuelle et arrogance, notre abonné dresse un triste tableau du monde artistique actuel. Débarrassé de toute poésie, ce petit milieu semble pour lui n’être plus qu’un repère à « balourds » pseudo-engagés.

Quand la poésie plie bagage, c’est que les balourds atroces tiennent la scène…

Des poètes vrais et profonds, simples amoureux des paysages et admirateurs du monde, eux nous quittent. Ils s’en vont, tandis que certains êtres — au sujet desquels la féminité ou la virilité deviennent sources d’hésitations funestes, incapables de donner dans le quiproquo cocasse ou un peu drôle, à défaut du reste — acceptent non seulement de s’enlaidir, mais aussi prétendent forcer bien des spectateurs à admettre comme une norme ou une vertu menaçante cette laideur incroyable et stupide. Celle des balourds et des idéologues, creux qui tiennent la scène et discourent devant des otages impuissants.

Pendant que, dans un temps devenu vulgaire, sépulcral, mais plus forcément respectueux devant la vie comme devant la mort, douloureuse et amère, s’efface un magicien des paysages rajeunis ou renouvelés dans les mots, pendant que Philippe Jaccottet accède au silence (qu’il savait priser et qui n’est donc pas obligatoirement l’oubli), nos semaines s’agitent, bruissent, croassent et font saigner la beauté, font grincer les dents de petits innocents.

On nous dit que l’art existe encore, mais il suffit de mesurer que nos alphabets et nos traditions s’amenuisent, que nos langues s’assèchent, deviennent sifflantes et violentes comme celles de serpents arides, que nos langages se gargarisent de jargons divers et vides, pour sentir et savoir que la poésie, elle aussi, se défait et se défie désormais du monde, qu’elle quittera bientôt, bien vite, et sans même quelques-uns, jolis ou naïfs de ces légers regrets qui font parfois pleurer, une fois les yeux fermés, comme avant ou après un silence.

Que nous apporte l’actualité ? Oh ! Rien qu’une froide banalité, sans vraiment rien d’autre, sans cet ailleurs bleui et doux comme un murmure tranquille ou résigné : qui puisse rassurer la vie ou consoler devant la mort. Rien non plus qui ne veuille nous porter une brassée de belles choses, ou apaiser notre regard. Notre découragement peut surprendre. Il peut décevoir. Notre temps enlaidit tout, et d’abord notre sens du rapport commun. Qui n’est pas le flasque mouvement d’acceptation d’un grand Tout et d’un vide, qui n’est pas l’agenouillement sordide et veule devant le couteau du bourreau.

Comment admettre d’ailleurs ce rapport commun ? Mettre à nu certains caractères, ce n’est pas accepter que des femmes acceptent leur laide arrogance moralisatrice sans morale vraie, ce n’est pas accepter que des brutes parmi les hommes prétendent interdire la grâce et l’élégance, qu’ils enragent devant un discours délié ou clair. Catholique, je tends certes à l’universel. Mais, homme de culture, et de culture cherchant en tout la grâce d’un mouvement beau et d’un approfondissement, humain et fervent et moral, je constate que mon temps n’est rien pour moi, lui qui cherche dictatorialement à forcer des millions d’êtres — hommes et femmes — à considérer comme un mouvement de justice nécessaire, urgent et valable : la vulgarité comme un signe de culture et d’intelligence.

Si l’intelligence doit être quelque chose, c’est une volonté et un effort vers la sincérité, l’enthousiasme, la délicatesse ou la sensibilité. Un moyen d’accès et d’expression de la beauté ! Où sont-ils donc, ces acteurs enrichis, ces actrices vulgaires, ces artistes à patentes officielles, qui donnent des leçons sur les soignants, sur le nombre des lits manquants dans nos services hospitaliers ou dans ceux des réanimations, où sont-ils quand il s’agit d’aider et vraiment de le faire sans parler ni gigoter en brutes ?

Où étaient-ils donc quand ils laissaient dans sa solitude et hors de son métier la belle et touchante, la déchirante Annie Girardot ? Quand ils méprisaient ou négligeaient Sophie Daumier ? Quand Jeanne Moreau mourait, seule ? Quand Marie-France Pisier mourait, en ayant pourtant crié de dégoût ? Quand ils abandonnaient la poétique présence et la réalité vivante de Marie Dubois ? Aux abonnés absents, voilà tout. Et l’on prétend que leur maladie morale se soucie des malades véritables d’aujourd’hui ? Quelle sinistre blague, quel embourgeoisement ignoble, quel triomphe de Philistins et de froids décadents ! Et ces gens-là sont incapables d’offrir même quelques beaux rires et sourires. Ils crachent, éructent, affichent leur nudité et leur nullité navrantes. Ils méritent de rester longtemps sans public !

Où sont-ils quand notre jeunesse, un peu partout, subit des agressions, est égorgée ou martyrisée et assassinée comme à Argenteuil ? Où donc est cette caste à petits mouchoirs ? Nulle part ailleurs que sur de mauvaises planches, d’où elle crache sur son public, en prenant son ensemble pour un tas de ploucs trop français, une bande chieuse et chiante de Gilets jaunes fascisants, comme l’aurait pu répéter François Berléand. Où est-elle ? Dans son petit théâtre d’horreurs qu’elle croit un havre de délicatesse. D’où elle tresse des lauriers de vertu imméritée à Adama Traoré. Comme décidément, devant ces artistes postiches et fâcheux, on regrette un temps où, pour une soirée, les acteurs et actrices véritables respectaient leur métier, son exigence, son sacerdoce et son engagement, les auteurs, les textes et le public.

Quand on voit une telle actualité, sans foi, sans éloquence, sans élégance et sans mérite aucun, quand on constate un tel vide de talent et un tel exemple de suffisance laide, on se dit que, vraiment un seul mot s’impose, en réplique : « Rideau devant les hideux ! » Talent, artistes, poésie, tout vraiment plie bagage ! Aristote, qui savait son temps et définir la tragédie comme la comédie, qui savait aussi définir génie et mélancolie, n’ignorait jamais non plus que quand il était question de vivre, en rien il ne s’agissait sottement ou sordidement, dans le vide et le flou tout mou, de « vivre ensemble », mot vague et banal, déjà usé en son temps à lui. Mais de « bien vivre ensemble ». Nuance fondamentale. Hors de scène, soit. Dans le vrai monde, donc. Celui des autres. Du public déçu cruellement et injurié de même. Bannissons, décidément, les faux acteurs. Ces vrais hypocrites. Qu’ils commencent, sans masques, à connaître l’étymologie d’où ils sortent, ces menteurs tristes, proscrivant eux-mêmes hélas la gaieté d’un Falstaff !

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