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Les sages-femmes se battent pour plus de reconnaissance Abonnés

ARTICLE. Mercredi, des sages-femmes ont manifesté dans toute la France pour réclamer plus de considérations ainsi que de meilleures conditions de travail. Symbole du délitement de l’hôpital public, la profession est en souffrance, entre lassitude, surcharge de travail, et dépression.

Les sages-femmes se battent pour plus de reconnaissance

Le mercredi 5 mai, le jour de la journée mondiale de la sage-femme, ces dernières ont manifesté dans toute la France, pour crier leur dépit. Dépit de ne pas se sentir valorisées convenablement. Dépit d’être mal reconnues financièrement. Dépit de voir leurs conditions de travail se dégrader sans cesse. Dépit d’avoir été négligées lors de la crise du Covid.

Elles sont 23 400 à pratiquer ce métier en France, et à aider 700 000 femmes à donner naissance chaque année. C’est au terme de cinq années d’études qu’elles débutent, avec des conditions financières très peu valorisantes. D’après le ministère des Solidarités et de la Santé, elles démarrent dans la vie active avec un salaire mensuel brut moyen d’environ 1 980 € et achèvent leur carrière autour de 3 820 €. Une rémunération qui n’efface pas toutes les contraintes et les désillusions. En juin dernier, le Conseil national des sages-femmes publiait une enquête sur le métier. On y découvrait ce chiffre ahurissant : 40 % des professionnelles sondées considéraient souffrir de dépression. Et nous n’étions pas encore en pleine épidémie du Covid.

Des missions élargies en vingt ans

Dans un rapport publié en avril, La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) pointait du doigt l’évolution du métier. En quarante ans, le nombre de maternités a baissé de plus de 60 % sur le territoire. D’ici 2030, les sages-femmes devraient être 70 % à exercer en cabinet libéral. En 2011, elles n’étaient que 26 %. Un transvasement d’effectif qui accroît la pression démentielle qui pèse sur les épaules de celles qui décident de rester dans le public. D’autant que leurs missions se sont considérablement élargies en vingt ans. Elles ne sont plus cantonnées aux accouchements, elles assurent également des missions de suivis et d’évaluation des parents, peuvent réaliser des IVG médicamenteuses, ou prescrire des vaccins à leurs patients. De telles responsabilités qui faisaient d’elles, en 2014, la quatrième activité médicale la plus souvent traînée au tribunal.

En résulte alors une lassitude mortifère pour la profession. Selon les syndicats du métier, la durée moyenne d’exercice de la fonction est passée de 30 à environ 20 ans, en l’espace de dix ans seulement. Dans certaines maternités, quand elles ne sont pas encore fermées, les naissances s’enchaînent à un rythme effréné. “Une sage-femme peut avoir à gérer 3 à 4 accouchements en même temps, on est dans de l’abattage”, alerte sur franceinfo l’une d’entre elles. L’hôpital est tombé depuis 30 ans dans le culte de la recherche de rentabilité : “on se transforme en usine à bébés” explique, fataliste, une autre professionnelle, sur le Figaro. Il y a vingt ans, les femmes restaient en moyenne cinq jours après l’accouchement. Elles n’y passent plus que deux jours en moyenne, désormais.

55 % de ses membres ont déjà envisagé de quitter le métier

La crise du Covid n’est pas venue arranger la situation. En avril, le gouvernement avait élargi la liste des professions autorisées à vacciner contre le Covid-19. Les pompiers, les dentistes et les vétérinaires en faisaient partie. Mais pas les sages-femmes, alors que la vaccination était ouverte pour les femmes enceintes. Bien que rectifiée entre temps, cette annonce a été reçue comme un affront par la profession. Il est loin, le début du 19e siècle, où les Sages-femmes recevaient un traitement similaire à celui des chirurgiens.

Elles sont l’un des symboles les plus apparents de la déliquescence dans laquelle tombe l’offre de soin public. À coup d’économies réalisées souvent au détriment des professionnels de santé ainsi que des patients, et d’une quête de la rentabilité des actes de soins, le ministère de la Santé écœure progressivement toute une profession. 55 % de ses membres ont déjà envisagé de quitter le métier. Mercredi, une délégation de représentants des manifestants a été reçue au ministère de la Santé, sans qu’aucune organisation n’en communique le résultat. Dans le cas où elles n’obtiendraient pas gain de cause, elles ont déjà prévu de nouvelles manifestations, lors de la fête des Mères.

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