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Mais qui a bien pu repousser les frontières de la Belgique de 2,2 mètres ? Abonnés

ARTICLE. La frontière franco-belge a bien failli être déplacée de 2,2 mètres. Une borne datant de 1819 a en effet été déplacée, sans que personne ne le sache, jusqu’à ce que des promeneurs ne s’en aperçoivent. Depuis cette découverte, et malgré l’emballement médiatique, le mystère demeure entier sur l’identité du coupable…

Mais qui a bien pu repousser les frontières de la Belgique de 2,2 mètres ?

Il y a eu des guerres déclarées pour moins que ça. Le mois dernier, trois passionnés d’histoire, en pleine chasse au trésor dans le bois du Féru (Nord), ont découvert l’horreur : la frontière franco-belge avait été déplacée. La Belgique venait de conquérir 2,2 mètres du territoire français, dans le silence le plus total. Une borne placée entre le village français Bousignies-sur-Roc (Nord), et le village Erquelinnes en Belgique avait été décalée. Depuis, le mystère demeure alors que l’affaire jouit d’une médiatisation internationale : mais qui a bien voulu agrandir la Belgique au détriment de la France ? Et pourquoi ?

La thèse de l’agriculteur coupable…

Un peu d’histoire, tout d’abord : en 1820, le traité des “Limites”, conclu entre le roi Louis XVIII et Guillaume Ier des Pays-Bas, est signé à Courtrai. Les deux parties y signent le tracé de la frontière, laquelle est incarnée en ce lieu précis, par une borne de 150 kilos, où est gravée l’indication : “1819”. Sur un côté, on remarque la lettre “F” qui symbolise le Royaume de France et de l’autre, le “N” pour celui des Pays-Bas (la Belgique n’existant pas avant 1830). Changer cette borne d’emplacement, c’est donc en effet changer les frontières entre les deux pays.

Dans un premier temps, les maires des deux communes sont tombés d’accord sur l’identité du coupable. Ce serait un agriculteur, propriétaire de terres, domicilié en Belgique dans la commune d’Erquelinnes. D’après David Lavaux, le bourgmestrede la petite ville belge, l’individu aurait voulu agrandir sa propriété. Côté français, Aurélie Welonek, maire de Bousignies-sur-Roc explique à France Bleu que l’agriculteur en question aurait décidé d’effectuer ce geste pour se simplifier la vie. Selon elle, la borne gênait le passage de son tracteur. Face à l’AFP, David Lavaux optait pour la diplomatie : “on va lui demander bien gentiment de remettre la borne à son endroit initial. S’il le fait, on en parle plus.

… rejetée par les autorités mercredi

Mais cette thèse a été mise à mal cette semaine. La RTBF explique que, côté belge, la piste de l’agriculteur aurait finalement été écartée. David Lavaux avance par exemple que de la borne était située « contre un arbre ». Et de compléter : « D’ailleurs, on voit la marque dans l’arbre ». Autre argument avancé : le terrain n’appartiendrait plus à l’agriculteur, mais à un vétérinaire âgé, et donc peu suspect a priorid’avoir déplacé de lui-même un objet aussi lourd. Autant de raisons qui font que mercredi, les autorités ont donc déclaré avoir abandonné la fameuse « piste du tracteur ».

Mais alors, qui ? Alors que l’enquête patine, le mystère semble parti pour demeurer. "On ne va pas continuer à chercher l’auteur”, déclarait ainsi David Lavaux, manifestement peu désireux de voir les recherches se poursuivre.

Reste que l’affaire a fait grand bruit. Médiatisée à un niveau international – du Canada au Japon, en passant par l’Inde – elle est remontée jusqu’aux oreilles du ministère des Affaires étrangères belge et du Quai d’Orsay. Une commission franco-belge a été initiée pour replacer la borne du litige à la place séculaire qu’elle occupait jusqu’alors.

L’incident diplomatique (on n’ose pas aller jusqu’à envisager la déclaration de guerre) a été évité de justesse. Mais demeure alors cette question sans réponse : qui a bien voulu — et failli — agrandir les frontières de la Belgique ?

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