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Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice et… candidat aux régionales ? Abonnés

ARTICLE. Éric Dupond-Moretti sera candidat dans le Pas-de-Calais, dans le cadre des élections régionales. Un parachutage pour “faire barrage au Rassemblement National”. Un parachutage qui interpelle également : comment un ministre de la Justice peut-il être en campagne et exercer convenablement ses fonctions ?

Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice et… candidat aux régionales ?

Depuis le 7 mai, Éric Dupond-Moretti s’est engagé dans la bataille des Régionales. Un temps pressenti pour être tête de liste LREM dans la région Hauts-de-France, l’ancien avocat ne sera finalement que numéro un dans le Pas-de-Calais. Dans une interview accordée à la voix du Nord, il explique le pourquoi de cette candidature : Réduction de la pauvreté ? Solution à la crise migratoire calaisienne ? Gestion du Brexit ? Que nenni, rien de tout ça. Le ministre de la Justice n’entre en campagne que pour une seule raison, clame-t-il : faire barrage au Rassemblement National et à Marine Le Pen. Un programme un peu court.

Le précédent “Édouard Philippe”

Dans une comparaison plus que douteuse (“je veux défendre les gens de cette région comme j’ai défendu les gens d’Outreau”), le membre du gouvernement de Jean Castex tente de justifier un tel parachutage en sortant les violons : “cette terre est une terre d’immigration, j’en suis le fruit. C’est une terre de travail. C’est une terre d’ouverture.” Puis il enchaîne : “Je viens faire une campagne de bon sens, pour essayer de régler les problèmes des gens sans leur raconter des histoires.

Fatalement, Éric Dupond-Moretti est attaqué par ses détracteurs. Un ministre porteur de l’un des portefeuilles les plus importants du gouvernement peut-il (on ose écrire : “a-t-il le droit ?”) abandonner son poste l’espace d’une campagne électorale ? Un questionnement balayé d’un revers de la main par le principal intéressé : “Je suis pleinement ministre de la Justice et je serai pleinement engagé dans cette campagne”. Il ose comparer sa situation à celle d’Édouard Philippe qui fit campagne pendant les municipales. “Est-ce que quelqu’un peut dire qu’Édouard Philippe a abandonné ses fonctions, en pleine crise sanitaire alors qu’il était candidat au Havre”, oubliant de mentionner que le Premier ministre d’alors était notoirement en partance du gouvernement.

Lutter contre le Rassemblement National

Délaissant ainsi ses dossiers, le ministre continue à abaisser le niveau global de la politique. La guerre des pics stériles lancée au RN n’est d’ailleurs guère là pour redorer le blason de la LREM. “À la différence de M. Bertrand, je ne veux pas chasser sur les terres du Rassemblement national. Je veux chasser le Rassemblement national de cette terre”, clame-t-il. Au marché de Lens, le 8 mai, il insiste : “J’aimerais bien virer le Front (sic) national de ces terres (…) je trouve que ces terres méritent bien mieux que ce que nous propose le Front national. C’est l’idée contraire que je me fais de la démocratie”.

Marine Le Pen répond alors : “Maintenant, l’obsession que M. Dupond-Moretti a à mon égard commence à devenir relativement étrange, il paraît qu’il reste quelques bracelets anti-rapprochement en rab, je suis preneuse.” La députée enchaîne : "J’ai vu beaucoup de 'fort en gueule' venir ici, tenter de défier le Rassemblement national et ils sont tous assez rapidement repartis, plutôt humiliés par l’expérience".  Un spectacle un peu navrant, entre un ministre de premier plan et une prétendante à la fonction suprême. La politique ne mérite-t-elle pas mieux que ces joutes verbales guères constructives pour les citoyens du Pas de Calais ?

Qui pour défendre le projet de loi “confiance” ?

Éric Dupond-Moretti fait-il preuve de courage ? Il en faut pour se présenter, alors que la liste LREM est tout sauf favorite dans les Hauts de France. Une défaite signerait la fin du mandat d’Éric Dupond-Moretti, assurément… Enfin ça, c’était avant : “Xavier Bertrand a dit quelque chose d’extraordinaire (…) s’il perd l’élection régionale, il arrête la vie politique”. Guère admiratif, le ministre explique son indignation : “Cette élection ne peut pas être un marchepied, c’est se moquer des électeurs ça !”. Interrogée à ce propos vendredi par France Info, la ministre de l’Écologie, Barbara Pompili a expliqué un changement de philosophie : “Quand un ministre se présente aux élections régionales, il se présente sur un projet. Il ne se présente pas sur le bilan de son ministère. Vous voyez la différence ?” Traduction : en cas de défaite, Éric Dupond-Moretti ne démissionnera pas. Une position bien peu audacieuse ni respectueuse du suffrage universel.

Parachuté dans le Pas de Calais, pour un coup politique dont on peine à comprendre les contours, Éric Dupond-Moretti va délaisser son ministère pendant plusieurs semaines. Et pourtant, ce dernier aurait bien besoin de lui. Le projet de loi “confiance” est le texte le plus ambitieux de son court mandat et il doit être présenté à l’assemblée le 17 mai. Des mesures comme le contrat d’emploi pénitentiaire, le filmage des audiences, le "secret professionnel de la défense" inscrit dans le code de procédure pénale… autant de mesures emblématiques qu’il faudra porter devant l’Assemblée nationale le 17 mai. Logiquement, un tel texte aurait besoin d’un ministre à plein temps pour le défendre. Manifestement, ce n’est pas le cas.

A noter que Dupond-Moretti n’est pas le seul membre gouvernemental à se lancer dans la bataille des Régionales. Une dizaine de ministres figurent sur les listes de la majorité présidentielle, dont quatre têtes de listes régionales ! Le camp macroniste entend donc occuper le terrain et jouer coup double. Au risque de tout faire de travers ?

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