Menu
Nation
Santé
Fin du certificat médical : les mineurs devront s’ausculter eux-mêmes Abonnés

ARTICLE. Les certificats médicaux pour les mineurs qui souhaitent intégrer un club ou une association sportive ne sont plus obligatoires. Officiellement, c’est pour simplifier les démarches d’accès au sport. Officieusement, ce serait plutôt pour soulager la Sécurité sociale…

Fin du certificat médical : les mineurs devront s’ausculter eux-mêmes

Le certificat médical généralisé chez le médecin sera bientôt de l’histoire ancienne pour les enfants. Roxana Maracineanu, ministre déléguée chargée des Sports a publié un décret, le 8 mai 2021, qui remplace l’examen du praticien par un questionnaire. Pour intégrer un club ou une association sportive, le mineur devra remplir un questionnaire sur sa santé, lequel sera ensuite soumis à ses parents. Selon certaines réponses susceptibles de masquer une pathologie, l’enfant devra alors se soumettre à un examen médical.

Cette décision avait été actée lors de l’adoption de la loi d’accélération et de simplification de l’action publique le 7 décembre 2020. Elle répond officiellement à plusieurs objectifs. Tout d’abord, simplifier l’accès des enfants à la pratique sportive. Elle vise également à simplifier la vie des familles. Enfin, elle permettra de soulager les structures associatives de la lourdeur administrative que suppose la gestion des certificats médicaux de ses adhérents.

La santé des enfants en danger ?

Les certificats médicaux resteront tout de même obligatoires pour certaines pratiques sportives. L’alpinisme, le parachutisme, le rugby… feront l’objet d’un suivi de rigueur. En revanche, certaines activités “cardios” éprouvantes, comme l’athlétisme, le tennis ou bien le cyclisme, seront laissées à l’appréciation des pratiquants mineurs.

Un postulat qui inquiète certains professionnels de santé. Véronique Lebar, médecin du sport et présidente de l’association Comité Éthique et Sport, interrogée par France Info explique que : “Là, véritablement, on met en danger la santé de nos enfants”. Pour la praticienne, “Il est très clair que les enfants des familles défavorisées vont faire une attestation sans aller voir le médecin.

Cette visite était-elle si nécessaire, après tout ? “Il ne faut pas oublier qu’ils détectent parfois des pathologies graves, parfois mineures”, explique Véronique Lebar. Tandis que le Figaro apporte le témoignage de Fabrice Ferrand, adjoint aux Sports et vie associative à Fontaine, en Isère : “Deux de mes élèves ont découvert des pathologies suite à cette visite de non-contre-indication”.

Un cadeau à la sécurité sociale ?

Le certificat médical avait déjà connu un premier coup de rabot en 2016, lorsque le ministre des Sports d’alors, Patrick Kanner, avait annoncé une simplification du document. Toute personne, mineurs et majeurs confondus, se voyait délivrer un certificat pour trois ans contre un an précédemment. Le document était valable un an, et les deux années suivantes, un questionnaire était là aussi mis en place, “lui permettant de déceler d’éventuels facteurs de risques". Déjà, l’État faisait peser sur l’épaule du pratiquant la responsabilité de déterminer si, oui ou non, il était une personne “à risque”.

Au-delà de la simplification de l’accès au sport, le ministère des Sports fait ici un cadeau à celui de la Santé. Le certificat médical, théoriquement, représentait un coût – généralement 25 euros –  pour le sportif ou pour sa famille : la Sécurité sociale ne la prenait pas en charge. Alors pour ne pas payer plein pot l’addition, les particuliers faisaient passer cette visite pour une visite médicale classique, entraînant un coût annuel important pour l’Assurance maladie.

Mais est-ce aux enfants de déterminer si oui ou non, ils sont aptes à pratiquer un sport ? Si l’idée est de détecter des pathologies graves, n’aurait-il pas été judicieux de trouver un entre-deux ? Une visite médicale réglementaire tous les trois ou cinq ans ? Ici, on a surtout l’impression qu’une fois encore l’État démissionne : aux parents d’endosser la responsabilité de la santé physique de leurs enfants.

commentaireCommenter