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Justice politique : Marine Le Pen dans le viseur Abonnés

OPINION. Le Journal du dimanche a ressorti ce week-end des tiroirs l’affaire des assistants parlementaires européens du RN, après consultation d’un rapport de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) l’accusant d’avoir mis en place un système frauduleux. Pour Régis de Castelnau, les ficèles médiatico-judiciaires sont, cette fois encore, un peu grosses.

Justice politique : Marine Le Pen dans le viseur

À un an de l’élection présidentielle, l’instrumentalisation politique de la justice reprend du service.

La sérieuse crise multiforme que traverse notre pays semble favoriser la candidature de Marine Le Pen en 2022, ce que reflètent sondages et études d’opinion et annonce probablement des élections régionales et départementales douloureuses pour Macron et son parti croupion. La possibilité d’une victoire de la candidate du Rassemblement national l’année prochaine n’est plus une hypothèse que l’on pourrait écarter d’un revers de main, ce qui ne manque pas de provoquer une certaine fébrilité dans le microcosme politique confronté à une réalité incontournable : Marine Le Pen est soutenue par l’électorat des couches populaires qui lui garantissent un socle solide. Et sa présence au second tour apparaît inéluctable.

Alors comme par hasard, paraît opportunément dans la presse amie du pouvoir un document mettant en cause le Rassemblement national pour l’utilisation de ses attachés parlementaires européens. Nouvelle violation flagrante du secret de l’instruction, qui n’aura bien évidemment et comme d’habitude aucune suite judiciaire, ce genre de violation de la loi laisse systématiquement les parquets français inertes. Cette fuite opportune peut avoir plusieurs sources, magistrats, policiers ou avocats. Et certaines mauvaises langues noteront que l’association Anticor vient de récupérer, malgré toutes les objections juridiques, l’agrément lui permettant d’accéder à certains dossiers.

J’ai publié il y a quelques semaines un ouvrage où je décrivais le dévoiement de notre justice dans sa volonté de jouer un rôle directement politique comme l’a démontré la disqualification judiciaire de François Fillon au printemps 2017 pour ne prendre que cet exemple. J’avais précisé qu’à mon sens, les mêmes acteurs judiciaires étaient parfaitement décidés à réintervenir si nécessaire, pour fausser le processus démocratique de 2022.

Cette soudaine offensive médiatique à ce moment-là le démontre. Au PNF et au pôle d’instruction, on est l’arme au pied, prêt à intervenir comme en 2017 et permettre la réélection d’Emmanuel Macron en disqualifiant les adversaires susceptibles de le mettre en difficulté. Ils ont déjà tout ce qu’il leur faut en magasin et d’ailleurs pas seulement contre Marine Le Pen. Concernant cette dernière, c’est l’affaire des assistants parlementaires européens qui mijote, et à l’occasion de laquelle la justice françaises’arroge le droit de contrôler le travail politique fait par les assistants des députés.

Jean-Luc Mélenchon quant à lui est également dans la marmite judiciaire pour la même chose, mais aussi pour le financement de sa campagne. L’instruction dort paisiblement depuis les fameuses et bruyantes perquisitions. Le patron de LFI avait protesté avec force et même fait réaliser un documentaire dénonçant l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Malheureusement, il a changé son fusil d’épaule et, avec les députés de son groupe, il ne cesse de jouer la connivence avec ces magistrats pour lesquels il n’avait auparavant pas de mots assez durs, en les bombardant de plaintes à l’encontre des « militaires factieux » qui nous concocteraient un coup d’État nazi, jusqu’au pauvre Alain Finkielkraut maniant mal le second degré. Tout cela en ménageant soigneusement Éric Dupond Moretti ou reprenant à son compte toutes les revendications sociétales du Syndicat de la Magistrature.

Alors si Jean-Luc Mélenchon s’imagine que cela le mettrait à l’abri si jamais il redevenait politiquement crédible au printemps 2022, on est contraint de lui dire que ce n’est même pas en rêve. Les magistrats et la presse dont elle est l’instrument n’auront aucun état d’âme. Mais cela vaut également pour d’autres. François Bayrou par exemple aura intérêt à filer doux, et ranger ses revendications, il est lui aussi dans la seringue judiciaire. De toute façon, les choses sont simples : malheur à tous ceux qui seraient susceptibles de gêner la réélection du président que les magistrats se sont choisi en 2017.

C’est uniquement pour cette raison que le couple médiatico-judiciaire replace aujourd’hui Marine Le Pen dans le viseur.

Publié le 16 mai 2021
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