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Bayrou propose plus d’immigration pour “sauver le modèle français” Abonnés

ARTICLE. François Bayrou fait un appel à plus d’immigration, dans le cas où la France n’arriverait pas à combler son déficit de naissance. Encore plus d’immigration, alors que certains départements n’arrivent plus à assimiler les nouveaux venus.

Bayrou propose plus d’immigration pour “sauver le modèle français”

NB : Il est urgent de désacraliser le sujet de l’immigration. Retrouvez nos analyses, nos diagnostics et nos prescriptions dans notre nouveau numéro Front Populaire n° 4 : Immigrations, éviter le naufrage.

François Bayrou veut plus de naissances en France. Il en va de la survie du "modèle social français" pour le haut-commissaire au Plan. Dans une note transmise le 15 mai à l’AFP, l’ancien ministre de l’Éducation nationale explique qu’il “manquerait 40 à 50.000 naissances par an pour assurer le renouvellement des générations”. La solidarité nationale serait alors en péril. Notamment le système de retraite. Alors, il propose deux voies : avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays”.

La baisse de la natalité a été spectaculaire en 2020. La France voyait naître 735 000 bébés supplémentaires. Soit -2,5 % par rapport à 2019. Et surtout : le nombre le plus bas de naissances depuis la Seconde Guerre mondiale. Alors, on espérait un “effet confinement” sur la natalité. Il n’en fut rien : en décembre 2020, la natalité avait baissé de 7 % par rapport au même mois en 2020. En janvier, c’était encore pire, avec une chute de 13 %. En revanche, le mois de mars affichait enfin une évolution positive comparée à 2020. Mais elle n’était que de 1 %. En résulte un taux de fécondité en forte baisse. De 2,02 enfants par femme en 2010 à 1,84 en 2020. En 2010, il était de 2,02.

L’immigration représente 44 % de l’accroissement démographique français

Alors et même si l’apport migratoire n’est “pas une solution d’évidence” pour François Bayrou, elle est l’une des solutions proposées. Comprenant qu’il marche sur des œufs, il ne considère pas cette solution comme évidente, parce que “l’impact sur la démographie n’est pas immédiat et ensuite parce que cela présente des difficultés sociales et culturelles". Des propos qu’il nuance et ajoutant “contrairement à une idée reçue ou véhiculée, l’immigration n’est pas la cause de notre relative dynamique démographique”. Traduction : ne craignez rien.

Le haut-commissaire au plan souhaite un recours à l’immigration (même s’il désire également une politique nataliste plus volontariste), alors que celle-ci ne cesse de s’accroître d’année en année. Entre 2006 et 2016, d’après l’INSEE, quand un immigré sortait du territoire, quatre y entraient. En 2006, la part de l’immigration représentait 28 % de l’accroissement démographique français, elle est passée à 44 % en 2018. Des profils jeunes, 60 % des nouveaux entrants sont âgés de moins de 30 ans.

L’exemple de la Seine Saint-Denis

Une politique qui a des conséquences pas forcément positives. La Seine Saint-Denis, terre traditionnelle d’immigration, affiche un indicateur conjoncturel de fécondité (IFC) de 2,42 enfants par femme. Un chiffre important d’autant qu’une étude de l’INSEE indiquait que 54,2 % des naissances en Seine–Saint-Denis étaient du fait de mères nées à l’étranger. Or, un tiers des habitants du département vivent dans un logement sur-occupé, et l’INSEE explique que les ménages issus de l’immigration “sont plus à risque d’être en situation de suroccupation”. Enfin, en 2015, plus de 160 000 allocataires vivaient en dessous du seuil de 1 043 € par mois. Des revenus qui ne garantissent donc absolument en rien la préservation du “modèle social”.

Le commissaire au plan oublie une solution dans son raisonnement qu’il limite à deux piliers : soit plus de naissances, soit plus d’immigration. Pour cette dernière, François Bayrou n’invente rien. En 2000, l’ONU publiait un rapport qui appelait de ses vœux plus d’immigration pour combler le déficit de natalité dans les pays concernés par un non-renouvellement des populations. Mais la hausse de la population d’un pays est-elle une fatalité absolue ? Et si la France inventait une troisième voie, en actant un phénomène européen de décroissance de la population, et en apprenant à vivre avec une fécondité moindre ? La solidarité sociale, défendue par le président du Modem ne peut-elle s’exprimer autrement, par une répartition plus équitable des richesses ?

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