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Éric Dupond-Moretti se défend face aux attaques de laxisme contre la justice Abonnés

ARTICLE. À l’Assemblée nationale, Éric Dupond-Moretti a tenu à défendre la Justice face aux attaques de laxisme qu’elle subit en ce moment. Les magistrats rappellent que la police n’est pas non plus exempte de reproches.

Éric Dupond-Moretti se défend face aux attaques de laxisme contre la justice

Une grosse tension règne entre les forces de l’ordre et la justice. Mardi, acculé par les députés de l’Assemblée nationale, Éric Dupond-Moretti s’est défendu de tout laxisme. Au sujet de l’opposition entre les magistrats et les policiers, le garde des Sceaux a rétorqué que si les “syndicats de police demandent que les forces de l’ordre soient respectées (…) la justice, elle aussi, mérite le respect.

J’entends aujourd’hui, face aux critiques, être l’avocat de la justice, trop facilement coupable, aux yeux de certains, de tous les maux de notre société”, poursuit Éric Dupond-Moretti face aux députés. Une réponse à ceux qui vilipendent l’institution. La multiplication des faits divers récents a alimenté cette impression diffuse d’une justice qui serait trop clémente vis-à-vis des délinquants. Faux, répond le ministre de la Justice qui démontre que 113.000 années d’emprisonnement ont été prononcées entre 2016 et 2019, contre 89.000 entre 2001 et 2005.

Des faits divers dramatiques

Mais comment expliquer alors qu’un Français sur deux n’ait pas confiance en la justice ? Ce sondage de l’IFOP paru en 2019 expliquait en outre que 62 % des sondés considéraient qu’elle fonctionnait mal. Le point névralgique du débat était résumé par cette appréciation : seulement 34 % estimaient que les juges prononçaient des peines adaptées. Cette défiance est sans cesse alimentée par les faits divers. L’actualité récente est venue alimenter ce ressentiment.

Il y a eu tout d’abord l’arrêt de la Cour de cassation qui a conclu le 14 avril à l’irresponsabilité pénale du meurtrier de Sarah Halimi, juive de 65 ans. Battue, elle avait été défenestrée en avril 2017. D’après les psychiatres audités, son meurtrier avait été victime de bouffée délirante causée entre autres par la consommation de cannabis. Les praticiens ont donc conclu à une altération totale du discernement, privant ainsi les proches de la victime d’un procès. Autre fait divers, non moins dramatique, le meurtre de Chahinez B. brûlée vive à Mérignac, le 4 mai. Le coupable, son ex-mari, avait été condamné le 5 juin 2020 à Bordeaux à 18 mois de prison, dont neuf, avec sursis. Il était déjà récidiviste, condamné à sept reprises. Enfin, le jugement de Viry-Châtillon, où huit accusés sur seize avaient été acquittés a été jugé trop clément par les forces de l’ordre. Seize personnes se voyaient reprocher le jet de cocktails Molotov sur deux voitures de police. Jet qui avait entraîné de graves dommages physiques sur deux policiers.

La police n’est pas exempte de tout reproche

À cette accusation d’une trop grande clémence, les magistrats pointent du doigt les défaillances de la police. La défunte de Mérignac avait porté plainte le 16 mars et l’une de ses amies proches a déclaré alors regretter que la victime "n’ait pas été prise au sérieux par la police". Marc Cimamont, procureur général de la cour d’appel de Versailles, a expliqué au Figaro, en janvier, que : ”pour donner des réponses pénales de qualité à bref délai, il faut avant tout des enquêtes de qualité, exhaustives, impartiales, dynamiques pour établir la réalité des faits et la preuve de leur imputabilité au mis en cause”. Mercredi, le secrétaire général d’Alliance, Fabien Vanhemelryck, a fait huer des décisions de justice lors de la manifestation de la police à Paris. Il a également lancé au micro : "Le problème de la police, c’est la justice".

Si certains responsables politiques ont choisi délibérément de jeter l’opprobre sur l’institution judiciaire pour promettre aux Français le mirage d’une société sans aucune violence ni crime, je fais, moi, le choix de la vérité et de l’action”, a précisé Éric Dupond-Moretti à l’Assemblée. Des mots creux (qu’est-ce que la vérité ?) qui masquent les faits. Tout d’abord, le manque de moyens : en 2016, le Conseil de l’Europe estimait que la France pointait à la 23e place (sur 28) du pourcentage du PIB consacré à la justice. Ensuite, le manque de place en prison n’aide pas non plus la justice à prononcer des peines carcérales. Ce manque est fortement imputable à la décision de l’ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira, d’arrêter le programme de construction des lieux de détention voté sous Sarkozy. Avec plus de 70 000 détenus pour 61 000 places, les prisons françaises sont surpeuplées.

Un débat entre la police et la justice qui tend à une guerre corporatiste un brin stérile. Une guerre qui fait des victimes, par ailleurs : les citoyens français.

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