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Islamo-gauchisme
Un manuel scolaire fait l’éloge de la très controversée manifestation « contre l’islamophobie » Abonnés

ARTICLE. Dans un nouveau manuel scolaire destiné aux élèves 1ère Bac Pro et à paraître à la rentrée de septembre 2021, on peut trouver, dans un chapitre d’Éducation Morale et Civique, une photographie qui met en avant la manifestation « contre l’islamophobie » de novembre 2019.

Un manuel scolaire fait l’éloge de la très controversée manifestation « contre l’islamophobie »

En feuilletant le nouveau manuel d’Histoire-Géographie qu’elle a fraîchement reçu de son Lycée Professionnel, Sophie*, enseignante à Tours, tombe sur une photographie qui la sidère, puis l’indigne.

En effet, à la page 111 du manuel, dans un chapitre d’Éducation morale et civique, elle y voit une photographie de la manifestation « contre l’islamophobie » accompagnée d’une consigne qui ne laisse pas la place au doute en ce qui concerne les intentions des auteurs : « Précisez le lien entre ce document et le sujet de cette double-page : "De nouveaux défis pour l’égalité et la fraternité au XXIe siècle" ».

Une marche aux relents islamistes

Rappelons que la manifestation contre l’islamophobie avait pris place à Paris le 10 novembre 2019 à l’appel, entre autres, du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) – dissout, depuis, par le ministère de l’Intérieur pour ses liens avec les Frères musulmans, – l’UNEF, ou le Comité Adama.

La tribune qui appelait à la manifestation dénonçait une islamophobie d’État : « les actes qui les [ndlr : les musulmans] visent s’intensifient : qu’il s’agisse de discriminations, de projets ou de lois liberticides, d’agressions physiques de femmes portant le foulard ». Cette tribune avait été signée par des élus LFI, EELV, PCF, NPA, Génération.s et par d’autres personnalités d’extrême-gauche comme Edwy Plenel, Philippe Martinez, Eric Fassin, Rokhaya Diallo, Assa Traoré ou Taha Bouhafs.

Cette marche avait donné lieu à des signes évidents d’affirmation identitaire islamiste et de nombreux dérapages. Outre la présence de personnalités controversées dans le cortège, une séquence avait donné à voir Marwan Muhammad, militant islamiste, appelant la foule à scander des « Allah akbar ! », sans que cela n’offusque les élus présents. On avait pu également voir une petite fille, posant au côté de la sénatrice écologiste Esther Benbassa, arborant une étoile jaune rappelant celle que devaient porter les juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, mais avec le mot « muslim » en son centre et, à côté, un croissant jaune.

Cette manifestation avait donc scandalisé toute une partie de la classe politique, et même à l’extrême gauche, certaines personnalités – comme François Ruffin ou Yannick Jadot – avaient en définitive renoncé à participer devant la teneur idéologique de la marche.

Un choix (très) contestable

De fait, la présence d’une photographie de cet évènement dans un manuel des éditions Delagrave, grand éditeur scolaire, pose sérieusement question. Est-ce une erreur ? Une maladresse ? Pas du tout selon la professeure que nous avons interrogée : « Ce n’est pas une erreur de l’éditeur, non. Ils sont faits [ndlr : les manuels] par des professeurs de terrain. Ils font ça en plus de leur boulot de prof. »

De quoi largement indigner l’enseignante, qui a tenu à faire connaître son mécontentement sur Twitter. « Je ne pense pas être la seule que ça offusque, enfin j’espère ! Surtout après Samuel Paty… Par contre il y en a d’autres… [ndlr : professeurs] ça ne les offusque pas du tout » nous-a-telle confié. Mais alors pourquoi ce choix ? Et pourquoi spécialement dans un manuel destiné aux élèves de Première Bac Pro ?

« On a beaucoup d’enfants d’immigrés, moi j’ai des classes où, des fois, c’est la majorité. Je trouve que dans les manuels de lycées professionnels, il y a ce côté démagogique, il faut les caresser dans le sens du poil. Par exemple, quand en Français on est censés étudier des œuvres intégrales, des romans, il n’y a pas de roman classique. C’est souvent des romans qui parlent des problèmes des migrants, ou qui parlent de la discrimination. Ce sont des thèmes centrés sur l’immigration, sur l’intégration ».

Un contenu spécialement pensé pour les Bac Pro ?

Dès lors, on peut penser que les professeurs qui ont imaginé ce manuel, ainsi que l’éditeur, ont intégré les idées prônées à la manifestation contre l’islamophobie comme le fantasme d’une islamophobie d’État, et les ont sciemment mis dans un manuel scolaire, pensant que cela « leur ferait plaisir, les intéresserait ». Dans un cours sur l’Éducation morale et civique « censé faire partager aux élèves les valeurs de la République » et développer le « sentiment d’appartenance à la société » (article L 111-1 du Code de l’éducation), ce choix paraît sidérant.

Il illustre surtout l’abandon généralisé de la politique d’assimilation longtemps pratiquée en France pour adopter à la place ce que Mathieu Bock-Côté appelle « l’inversion du devoir d'intégration » prôné par le modèle du multiculturalisme.

Il s’agit également, selon Sophie, d’une certaine forme de mépris pour des élèves de Bac Pro considérés comme des élèves de « seconde zone » par certains professeurs et certaines élites : « On a des manuels scolaires qui sont vraiment dans la démagogie je trouve (…) C’est un mépris des élèves, on se dit qu’en lycées pro, ils ne sont pas capables d’étudier comme les autres. Je me souviens d’un manuel où il y avait beaucoup de chansons de rap. C’est quand même assez caractéristique des manuels de lycées pro. J’imagine qu’en filière littéraire il n’y a pas beaucoup de chansons de rap. On leur offre un peu une sous-culture comme s’ils n’étaient pas capables de mieux. C’est les clichés qu’on a sur les élèves de lycées pro. »

Les éditions Delagrave n’en sont pas à leur coup d’essai. Déjà en 2004, Barbara Lefebvre, membre de Front Populaire, avait épinglé l’éditeur – dans un article pour le numéro 553 du magazine L’Arche – pour avoir publié dans son manuel scolaire à destination d’élèves de CAP, des passages antisémites d’un roman sans avoir ajouté de contexte.

De plus, l’éditeur avait mis en avant une revue de presse pro-palestinienne sans nuance où les élèves étaient invités à prendre part à un jeu de rôle dans lequel ils incarnaient des « jeunes Palestiniens expliquant [à des gardiens israéliens] qu’ils doivent quitter une prison pour aller passer leur examen »… Sermonné par le ministère de l’Intérieur, l’éditeur avait alors retiré les pages litigieuses.

*Le prénom a été modifié

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