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Une mission commandée par Macron critique la gestion de la crise au début de l’épidémie Abonnés

ARTICLE. N’en déplaise à Emmanuel Macron, la gestion de la crise du Covid ne prête pas à l’autosatisfaction qu’il a manifestée à maintes reprises. La mission indépendante nationale sur l’évaluation de la gestion de la crise Covid-19 a rendu un rapport qui pointe du doigt le manque d’anticipation et de réactivité de la France face à la crise.

Une mission commandée par Macron critique la gestion de la crise au début de l’épidémie

Emmanuel Macron nous l’avait dit le 15 juin 2020, tout content qu’il était alors : “Nous n’avons pas à rougir de notre bilan. Des dizaines de milliers de vies ont été sauvées par nos choix, par nos actions”. Quelques mois plus tard, il s’insurgeait. Trop de critiques perpétuelles sur sa gestion qu’il croyait pourtant exempt de tous reproches. Le 21 janvier 2021, il évoquait en grinçant des dents cette “nation de 66 millions de procureurs” qui avait le tort d’exprimer son scepticisme. Malheureusement pour Jupiter, la mission indépendante nationale sur l’évaluation de la gestion de la crise Covid-19 et sur l’anticipation des risques pandémiques a rendu son verdict il y a quelques jours : les débuts de la crise ont été émaillés d’échecs et d’égarements en tous genres. C’était officieux, c’est désormais officiel.

La France a payé un lourd tribut humain. Avec 1 332 décès par million d’habitants, elle se situe au-delà de la moyenne européenne. L’étude s’attarde les failles structurelles françaises : tout d’abord, il relève un manque de préparation à la crise. Même si Emmanuel Macron a eu l’audace incroyable de déclarer le 18 mai2 020 : “Nous n’avons jamais été en rupture de masques “ le fait est que la France affrontait bel et bien une pénurie. Une carence par ailleurs orchestrée par Jérôme Salomon, directeur général de la Santé qui avait largement sous-estimé le renouvellement du stock de masques en octobre 2018. Bien que le sénat ait diligenté une commission d’enquête dévoilant cette information, cette personne coupable d’une faute professionnelle gravissime est toujours en poste à ce jour.

L’ampleur de l’épidémie sous-estimée au départ

Encore plus préoccupante est la gravité de l’épidémie. Elle n’a pas été suffisamment prise au sérieux, ce qui a retardé la prise en charge d’un dispositif de lutte. Peu de masques, pas de dispositif de test élaboré en amont, des systèmes d’information inadaptés à la gestion de crise, la France était tout sauf préparée à lutter contre le Covid. Elle n’a pas cherché à l’être avant d’être poussée dans ses ultimes retranchements. Trop tard. Pire encore, le même reproche est adressé par la mission concernant la recrudescence de l’épidémie en octobre : “la reprise de contrôle de l’épidémie a échoué en raison des déficiences en matière d’isolement, de test et de traçage ; d’un manque de données”. Globalement, “la réaction à l’évolution de l’épidémie a été tardive et inadaptée.”

Au-delà de cette préparation ratée se pose la question de l’humain. L’équipe du Pr Didier Pittet relève des déficiences énormes à ce niveau : “Déficit de compétence et d’entraînement en matière de gestion de crise”, “dispersion des équipes de recherche, déficit d’image”, “déficit de culture de prévention du risque infectieux tant chez les professionnels de santé que dans la population”, “gouvernance éclatée entre les principales directions “ “Insuffisance du pilotage”. Les conséquences ont été désastreuses : difficultés de mettre en place une politique de test et de dépistage et absence d’anticipation des directives sanitaires. Ou bien encore, ratés de communication “reposant largement au départ sur la peur et la dramatisation” et enfin, campagne de vaccination mal préparée.

Un hommage aux professionnels de santé et acteurs locaux

Des éléments qui seraient pardonnables en début de crise. Après tout, la plupart des pays ont été pris de court par l’ampleur d’un phénomène inédit, hors l’Asie et l’Afrique, continents qui affrontent régulièrement des épidémies de grande ampleur. Mais pas lorsqu’ils s’accumulent tout au long de 17 mois. En revanche, la mission rend hommage aux professionnels de santé, aux acteurs locaux dans les hôpitaux, aux Agences Régionale de Santé (ARS), et aux collectivités territoriales. Ils ont su faire preuve d’un engagement à toute épreuve alors que les urgences débordaient et que leurs dirigeants tâtonnaient. L’accompagnement et la réactivité des agents de l’Assurance maladie, ainsi que les développements de système informatique capable d’accompagner la gestion de crise sont également valorisés ici.

Ce rapport, achevé en mars 2021 et présenté ce mardi, s’est appuyé sur “ la consultation de près de deux cents personnalités du monde de la santé, du monde économique, de la sphère sociale, publique, internationale et d’experts des sciences humaines et sociales”. Mais également sur  “des travaux scientifiques en épidémiologie, en économie et en sociologie”. Emmanuel Macron avait demandé, en juin 2020, au médecin-chef de clinique aux Hôpitaux universitaires de Genève Pr Didier Pittet de présider ce groupe de travail. Il lui avait commandé cet audit, portant entre autres sur la gestion de la crise par la France, tout du long de ces 17 derniers mois.

Il semblerait que le gouvernement n’ait pas réussi à convaincre les scientifiques du bien-fondé de sa politique au départ de la crise. Car, oui, le début de la crise du Covid fut mal géré par la France, n’en déplaise à Emmanuel Macron.

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