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Les “deuxième ligne”, ces héros de l’ombre de la pandémie Abonnés

ARTICLE. La Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) s’attarde sur le profil des “deuxième ligne”, ces professions qui ont largement contribué à maintenir l’économie à flot pendant les confinements. Ces “héros” de 2020 occupent des postes précaires, mal rémunérés et peu reconnus.

Les “deuxième ligne”, ces héros de l’ombre de la pandémie

Pendant les confinements, les couvre-feux, ils ont été essentiels. Moins médiatisés que les personnels de santé, mais non moins importants, les travailleurs de la ”deuxième ligne” ont porté le pays à bout de bras, à leur manière. La Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) s’est penchée sur le profil de ces aides ménagères, caissiers, ouvriers ou autres agents d’entretiens. Bien qu’ils occupent des métiers dont l’importance avait déjà frappé les consciences en 2020, ils sont encore souvent précaires et mal rémunérés.

Au total, la Dares a identifié 17 métiers appartenant à cette catégorie. Dans son étude “Les métiers de deuxième ligne" de la crise Covid-19 : quelles conditions de travail et d’emploi dans le secteur privé ?” publiée le 18 mai, elle dessine le portrait de ces professions nécessaires à la vie économique et sociale. Ils sont 4,6 millions de salariés du secteur privé, qui ont affronté – bien plus que la moyenne nationale – les risques du virus à une époque où sa dangerosité n’était pas encore bien définie.

Des professions précaires et mal payées

Force est de reconnaître que, malgré leur utilité encore plus avérée aujourd’hui, il s’agit encore et toujours de professions précaires. Parmi eux, 36 % des ouvriers non qualifiés de la manutention occupent des postes en CDD. Ils sont 22 % dans les industries agroalimentaires, du gros œuvre, du bâtiment, des travaux publics, du béton et de l’extraction. En moyenne, les “deuxièmes lignes” sont 1,4 fois plus souvent en CDD et 2,3 fois en intérim que le reste de la population.

Un écart considérable qui se répercute sur les salaires : ceux-ci sont en moyenne 30 % inférieurs à ceux de l’ensemble des salariés. Ils gagnent ainsi 1.634 euros, contre 2.337 euros net mensuels pour le privé. La part des salaires inférieurs à 1.246 euros net est 1,5 fois plus élevée que dans le secteur privé. Sur l’ensemble des 17 professions listées, cela s’explique en partie par le temps de travail réduit. Plus de 40 % des caissiers et employés de libre-service, plus de 51 % des agents d’entretien et jusqu’à 77 % des aides à domicile et aides ménagères occupent un emploi à temps partiel. C’est bien plus que la moyenne nationale (26 % contre 18 %).

Des professions confrontées à des risques professionnels accrus

Une rémunération qui prend bien peu en compte les risques du métier. 61 % des “deuxièmes lignes” déclarent être exposés à au moins trois contraintes physiques, 65 % à des fumées, poussières ou produits dangereux, 37 % à un risque infectieux (hors crise sanitaire). Autant de données qui ont été confirmées par la Caisse nationale d’assurance maladie. Conséquence directe de ce risque, ils déclarent deux fois plus souvent avoir eu un ou plusieurs accidents dans l’exercice de leur métier lors des 12 derniers mois. Un "deuxième ligne" sur cinq est concerné.

Les “premières lignes” ont eu le droit — légitime — au Ségur de la santé et à une meilleure reconnaissance financière de leurs métiers. Les travailleurs de la deuxième ligne du secteur privé auront peut-être le droit à une reconnaissance similaire. Ils sont par ailleurs conscients de leur utilité sociale : 91 % des aides à domicile et aides ménagères jugent positivement l’apport de leur métier à la société. Et 66 % des membres de ces 17 professions estiment recevoir le respect qui leur est dû.

En octobre 2020, la ministre du Travail Élisabeth Borne a lancé une mission, dont l’objectif est d’identifier les progressions de ces deuxièmes lignes pour mettre en place des mesures de revalorisation. Il aura tout de même fallu une année de pandémie pour réaliser que, oui, bien évidemment, une caissière, un agent d’entretien, un agriculteur méritent non seulement l’attention de la société, mais aussi leur respect et leur soutien.

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