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Chanson française
À l’Eurovision, Barbara Pravi a rendu ses lettres de noblesse à la chanson française Abonnés

ARTICLE. Samedi, la chanteuse Barbara Pravi est arrivée seconde du concours de l’Eurovision. Un classement qui est venu récompenser une performance scénique et vocale largement appréciée, en témoignent les votes et l’audience de l’événement.

À l’Eurovision, Barbara Pravi a rendu ses lettres de noblesse à la chanson française

Le 19 janvier 2013, les Inrockuptibles s’interrogeaient dans un article : “La variété française, sur le déclin, peut-elle renouer avec la vraie chanson populaire ?”. En juillet 2020, Libération publiait une analyse des écoutes des Français sur Spotify. Le rap y était largement plébiscité, à 69,7 %. La variété française représentait quant à elle entre 1,1 et 1,3 % des streams. La chanson traditionnelle française était-elle amenée à disparaître ?

Samedi, une chanteuse toute de noir vêtue est venue apporter un démenti des plus cinglant. Toute en simplicité et bercée par la pénombre, Barbara Pravi a illuminé la scène de l’Eurovision… échappant de peu à la victoire finale en prenant la seconde place du classement.

Cela faisait trente ans que la France n’était pas allée aussi loin. La dernière chanson francophone victorieuse datait de 1988 et avait été interprétée par Céline Dion (qui arborait pour l’occasion les couleurs suisses). Quant à la France, il faut remonter jusqu’à 1977 avec L’Oiseau et l’enfantde Marie Myriam. Dans un concours qui a succombé depuis longtemps au kitsch et qui s’abandonne volontiers au ridicule, la France ne trouvait plus le ton juste. Pire que tout, elle succombait bien trop souvent aux sirènes de l’anglais, sacrifiant refrains ou couplets à la langue de Shakespeare. La France s’était perdue en route.

5,5 millions de Français, 31,4 % d’audience

Mais Barbara Pravi était porteuse d’un nouvel espoir. Sa chanson a su séduire, à tel point que les bookmakers la plaçaient entre la première et troisième place, avant le concours. À 22 h 35, la chanteuse est apparue devant 5,5 millions de Français (31,4 % de part d’audience) et 200 millions de spectateurs à travers le monde. Elle a entonné son entêtante ritournelle, Voilà. Une chanson interprétée sobrement, au texte intimiste, reflet de sa propre vie et de son envie de devenir chanteuse. A en “crever”. Miroir d’une femme qui guette désespérément le regard des autres et s’y accroche de peur qu’il ne s’éloigne. Un texte qui raconte enfin quelque chose et qui ne s’égare pas dans des banalités convenues.

Ce soir-là, la France a prouvé qu’elle pouvait encore rayonner musicalement à l’étranger. Nul besoin d’anglais pour y parvenir. Les non-francophones conserveront l’image de la Piaf, le physique et le choix des vêtements se prêtant, il faut le reconnaître, à la comparaison. À vrai dire, artistiquement parlant, la jeune femme de 28 ans est un  mélange des genres, entre celle qui chantait La vie en rose et Barbara. On peut même y déceler une pointe de Jacques Brel dans la gestuelle. La chanteuse, fruit de l’assimilation française — ses parents étant d’origine serbe et iranienne —, est indubitablement une chanteuse engagée, aidée en cela par ses origines, ainsi que par son vécu de victime de violences conjugales. La chanson française n’a cessé de se nourrir de ces chanteurs et chanteuses aux fêlures apparentes ou secrètes. Barbara Pravi semble être de cette trempe.

Non, la chanson française n’est pas morte

Malgré tout, l’Europe lui a préféré le groupe italien Måneskin. Cela dit, la chanteuse a déjà remporté l’Eurovision junior. La chanson “J’imagine”, que Barbara Pravi avait coécrite avec Igit, a permis à la jeune Valentina de remporter le concours en 2020. Polyvalente, la chanteuse a également signé des chansons pour une palanquée d’artistes français, en dépit de sa faible notoriété d’alors. Florent Pagny, Yannick Noah, Chimène Badi, Louane, Julie Zenatti ont déjà eu recours à ses services.

Le résultat de ce concours porte en lui un enseignement majeur : la France ne rayonne jamais autant que lorsqu’elle brandit ses qualités, sa langue et sa culture fièrement. Samedi, Barbara Pravi s’est fait un nom, et a porté avec succés nos couleurs. Tandis que la France s’écharpait sur l’hymne des bleus et sur le cas de son controversé interprète, le rappeur Youssoupha, la jeune chanteuse faisait l’unanimité, cette fois-ci sans polémique. Non, les Inrocks, la chanson française n’est pas morte. Samedi, elle nous a rappelé son existence.

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