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Fabien Roussel, le nouveau visage du PCF Abonnés

ARTICLE. Fabien Roussel chante les louanges du nucléaire, comme outil écologique. Un parti-pris idéologique qui l’éloigne un peu plus de ses alliés traditionnels à gauche de la gauche, avec pour objectif de récupérer l’électorat populaire à La France Insoumise. Les électeurs suivront-ils ?

Fabien Roussel, le nouveau visage du PCF

Fabien Roussel est en train de se faire un nom. Depuis quelques semaines, le virage politique du Parti communiste (PC) est aisément perceptible. Bien que le PC soit historiquement pronucléaire, cet attachement venait essentiellement de considérations sociales liées à la chose industrielle. Dans un entretien accordé au Point le 20 mai, le candidat à l’élection présidentielle 2022 ajoute une touche écologique inédite. Non seulement le PC réaffirme son attachement historique à l’énergie nucléaire, mais il la défense d’une énergie décarbonnée vient conforter ce positionnement initial. Jean-Marc Jancovici aurait apprécié.

La science plutôt que l’idéologie

Faben Roussel en est convaincu : l’avenir du 0 carbone qu’il appelle de ses vœux d’ici 2050 passe par l’énergie nucléaire. Quid des énergies renouvelables ? Le patron du PC ne cache pas son scepticisme. Celles-ci doivent : “disposer d’un bon bilan carbone, ce qui n’est pas toujours le cas (…) Elles sont par ailleurs gourmandes en minerais et terres rares”.

Politiquement, Fabien Roussel innove. Là où la plupart des partis de gauche se sont rompus au piochage d’arguments chez les associations antinucléaires, lui a décidé d’affirmer ses positions après de “nombreuses discussions avec des chercheurs et des experts. Je me suis donné le temps avant d’avoir cette certitude”. Une fois n’est pas coutume, un parti de gauche anticapitaliste parle d’écologie en s’inspirant de la science, et non de l’idéologie.

Comme on pouvait raisonnablement s’y attendre de sa part, le cheminement intellectuel du Secrétaire national n’ignore pas non plus la question sociale : « J’attire votre attention sur le fait qu’il y a 3 millions de Français en situation de précarité énergétique. Le parc nucléaire répond à ces difficultés ». Et de reprendre : « notre ambition de réindustrialiser le pays nécessite une électricité peu chère (…) Ce ne sont pas les énergies renouvelables qui suffiront. » Une véritable scission avec la quasi-totalité de la gauche (plus ou moins) radicale. Ni EELV, ni les alliés d’hier, la LFI, ne voient ce nouveau positionnement d’un bon œil.

Le PC contre la LFI

Dans le parti de Jean-Luc Mélenchon, on s’inquiète de ce virage. Les membres de la LFI estiment que l’élection présidentielle pourrait se jouer à quelques points de votes. Voir le PC affirmer son indépendance sur les questions régaliennes fait craindre une scission sans retour en arrière possible. Le député Éric Coquerel considère ainsi, dans Challenges, que la candidature PC : “va affaiblir une candidature de rupture, la nôtre, qui porte quasiment le même programme qu’elle, au nom de différences mineures”. Mais le député de la première circonscription de la Seine–Saint-Denis minore l’ampleur des différences politiques qui se sont durablement creusées entre le PC de Fabien Roussel et les Insoumis.

Sur la sécurité, là où monsieur « la République, c’est moi » estime que les policiers qui trouvent leur métier trop dur devraient « en faire un autre », Fabien Roussel les soutient. Notamment en participant à la manifestation des policiers du 19 mai dernier. Ses propositions : des forces de l’ordre plus nombreuses (30 000 agents supplémentaires), pour défendre enfin les classes populaires, premières victimes de la délinquance et des trafics. Face aux attaques sur une complaisance envers la politique sécuritaire d’Emmanuel Macron, il se défend : “Nous ne laisserons jamais les questions de sécurité aux mains d’incendiaires qui ne cessent de nourrir une très dangereuse instrumentalisation avec des surenchères liberticides.”

L’anti-gauche woke

Mais au fond, avec ce virage politique, le PC entend accélérer l’explosion inéluctable de LFI. Ce parti, sans cesse tiraillé entre un courant social et populaire — incarné par François Ruffin ou Adrien Quatennens — et un courant sociétal — dont on compte Clémentine Autain ou Éric Coquerel parmi les figures de proue — est en passe de voir ce dernier l’emporter. Fini les ouvriers, déclassés et autres prolétaires, place à la France woke, décoloniale, indigéniste et faussement inclusive. Le parti communiste voit là l’occasion de survivre en représentant cette classe populaire qui voit d’un très mauvais œil la désolante dérive de la France Insoumise.

Dans un sondage Harris Interactive-Challenges, publié le 19 mai, Fabien Roussel n’est crédité que de 2 % d’intentions de vote contre 12 % pour Jean Luc Mélenchon et 6 %, Yannick Jadot. Un score encore bien faible pour prétendre peser sur le débat national. Mais la tête d’affiche du PCF souffre pour le moment d’un déficit d’image qui le dessert. Ces nouvelles positions sauront-elles séduire l’électorat populaire, accaparé par le RN et la LFI ? Force est de constater que Fabien Roussel dote le PC d’un arsenal programmatique pour y parvenir.

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