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Sur France Inter, Booba condamne Marine Le Pen au nom…de son « sang » Abonnés

ARTICLE. Devant une Léa Salamé complaisante, le rappeur Booba a qualifié le Rassemblement national (RN) de parti “nazi”. Il a également critiqué Marine Le Pen, sur la base qu’elle partage le sang de son père, Jean Marie Le Pen, le “tortionnaire”. Il faudrait donc interdire le RN au nom…du sang de Marine Le Pen. Vaste programme !

Sur France Inter, Booba condamne Marine Le Pen au nom…de son « sang »

On le sait, Booba n’est guère partisan de la demi-mesure. Surtout lorsqu’il s’agit d’adopter une posture de façade, plus mercantile et conformiste que réellement argumentée. Jeudi sur France Inter, le rappeur s’est à nouveau livré à un exercice outrancier. Aidé par une Léa Salamé guère offensive, pour ne pas dire conciliante, dans l’exercice de l’interview, celui qui vit désormais à Miami a qualifié le RN de parti “nazi”. Rien que ça.

Une insulte jetée au visage d’un parti qui a réuni quelque 7.678.491 Français au premier tour des présidentielles de 2017 et 10.638.475 au second tour. Le parti lepeniste agrégerait la bagatelle de 10 millions de nazis? Alors oui, on pourrait nous rétorquer que le Parti national-socialiste avait obtenu 17 millions de voix lors des élections législatives allemandes de mars 1933, mais est-ce pour autant que ces deux mouvemets sont comparables (rappelons par ailleurs que les nazis ne sont arrivés au pouvoir en Allemagne que par le jeu des coalitions et non par un vote populaire majoritaire)? Si le parti de la députée de la 11e circonscription du Pas-de-Calais était assimilable à celui d’Adolf Hitler, il ne fait aucun doute qu’il serait interdit.

“le Front (sic) national, c’est comme des nazis”

Et tel est le vœu formulé par Booba. À la question — qu’on pourrait qualifier d’un tantinet orientée — de Léa Salamé : “quand vous voyez la montée du Rassemblement National, est-ce que ça vous inquiète ?”, le rappeur dégaine : “Le Front (sic) national est un parti qui ne devrait jamais exister (…) Pour moi le Front (sic) national c’est comme des nazis. On ne devrait pas pouvoir voter pour des nazis”. Des propos qui provoquent alors le hochement discret de la tête de la journaliste qui relance bien mollement.

La conversation glisse alors sur le cas de Marine Le Pen. Alors que Léa Salamé tente d’introduire une différence entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, le jugement de Booba sombre tranquillement dans le déterminisme biologique : “C’est sa fille, c’est le sang. Il a torturé des Algériens, Jean Marie Le Pen, quand même”. Des propos qui auraient dû faire bondir tout journaliste un tant soit peu opiniâtre. Lier le sang, les origines, aux actions volontaires du présent, n’est-ce pas le propre de l’extrême droite radicale ? Assez ironique quand on pense qu’il n’y aurait guère qu’un nazi véritable pour considérer que la vérité d’un être humain se loge dans son sang ! Manifestement, sur la radio du service public, insulter 10 millions d’électeurs et tenir des propos d’extrême droite est permis. Il faut simplement être un rappeur cool.

Inconséquence et balles dans le pied

Mais si tout ceci n’était que posture ? Ou plutôt : inconséquence intellectuelle. Un peu plus tard dans l’interview, Léa Salamé entraîne le rappeur sur un terrain personnel. Booba est le fils d’une mère blanche française et d’un père noir sénégalais et raconte que son grand-père, guère enthousiaste à l’idée d’avoir des petits enfants métis, présentait le frère de Booba comme “le fils du concierge”. Une honte que Booba considère, non sans tendresse, comme acceptable : “Moi ça me fait sourire parce que mon grand-père, je l’aimais quand même”. Il faudrait savoir : si le grand-père de Booba est raciste, alors au nom du fait qu’ils partagent le même sang, Booba doit l’être aussi, du moins si l’on applique son propre théorème.

Au-delà de sa propre incohérence logique, Booba fait malgré lui un beau cadeau à Marine Le Pen. En l’insultant ouvertement au nom d’arguments racistes, il participe, par son outrance, à la rendre éminemment sympathique. Et ce, en dépit de tous les efforts complaisants de Léa Salamé…

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