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“Le vrai faux sur l’éolien terrestre” du ministère de l’Écologie : un outil de propagande Abonnés

ARTICLE. Le ministère de l’Écologie a publié vendredi son “vrai/faux” sur les éoliennes terrestres. Un document pétri de mauvaise foi, qui désinforme et qui tord la réalité. Un outil de propagande porté par la ministre antinucléaire, Barbara Pompili.

“Le vrai faux sur l’éolien terrestre” du ministère de l’Écologie : un outil de propagande

Vendredi, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a tweeté : "L’éolien, c’est : un recours accru aux énergies fossiles, pas recyclable, cher, déployé de manière anarchique… Vous avez déjà lu ou entendu ces affirmations ? Pour y voir plus clair, le ministère publie le vrai/faux sur l’éolien terrestre”. Elle y a associé un lien renvoyant vers un document de 16 pages, estampillé « Ministère de l’Écologie ». Un produit dont le but est de “démêler le vrai du faux”.

Mais il y a un hic. Ce rapport vise plus à un être un outil de communication, et, osons le mot, un outil de propagande. La ministre ne cache pas sa désaffection pour l’énergie nucléaire, au point d’en questionner sérieusement la fin. Alors il s’agit ici de “vendre” les éoliennes, lesquelles se parent de toutes les vertus au fil des pages. Mais l’ouvrage est rempli d’approximations, de contre-vérités ou de contradictions. En voici un florilège :

Des calculs erronés

«Les éoliennes produisent très peu » -> C’est relatif

Une seule éolienne de 2 MW (représentative du parc éolien français en service) produit environ 4 000 MWh par an, c’est l’équivalent de la consommation d’électricité de plus de 800 foyers ! En 2020, les 8 000 éoliennes françaises ont produit 40 TWH, cela correspond à la consommation électrique de près de 8 millions de foyers.

Il s’agit du premier paragraphe, et il est déjà erroné : environ 4 000 MWh par an que produiraient 8 000 éoliennes françaises font "environ" 32 TWH et non 40 TWH. Soit une marge d’erreur de 20 %. Pareil pour les foyers : avec les chiffres présentés, ils devraient être 6,4 millions, et non 8 millions.

Le nucléaire associé à une énergie intermittente

« On ne peut pas dire que la production éolienne permet d’alimenter des foyers en énergie, car il s’agit d’une production intermittente, qui ne peut suffire aux besoins des consommateurs » -> Pas si simple/Faux.

Comme cette critique de l’intermittence des éoliennes vise généralement à les opposer à l’énergie nucléaire, le ministère de l’Écologie nous explique alors que :”il est exact qu’une éolienne ne produit pas en permanence (…) Mais c’est également le cas pour toutes les formes de production d’énergie. Les installations nucléaires et thermiques (…) doivent être arrêtées régulièrement pour des opérations de maintenance qui peuvent durer jusqu’à plusieurs mois”. L’exercice de mauvaise foi ici est total. D’une part, les éoliennes sont intermittentes par essence (en fonction du vent), et d’autre part, c’est parce que la part du nucléaire diminue, que l’arrêt des centrales pour maintenance pose désormais problème. Qui a créé les conditions pour que ce soit le cas ?

Que fera-t-on, les jours où le vent sera absent ?

En France, la production éolienne présente d’ailleurs certaines complémentarités avec la consommation puisqu’elle est statistiquement plus importante entre octobre et mars [voir bilan électrique de RTE], lorsque les besoins sont les plus importants.”

Si statistiquement il y a plus de vent entre octobre et mars, cela ne garantit absolument pas une présence continue. Par nature, il s’agit d’une moyenne qui nivelle. Il y aura toujours des pics de consommation et des pics de production. Que fera-t-on, les jours où le vent sera malgré tout absent ?

L’entourloupe européenne

RTE a estimé que le développement des énergies renouvelables (PV et éolien) permet d’éviter chaque année 22 millions de tonnes d’émissions de CO2 au niveau européen

L’entourloupe est grandiose : sachant pertinemment que l’éolien ne peut que dégrader le bilan carbone exemplaire de l’énergie française (grâce au nucléaire), Barbara Pompili cherche à expliquer que le développement de l’éolien (il n’est pas précisé si ce dernier est français ou européen) concernera l’Europe. Or, bien évidemment, si un pays comme l’Allemagne ou la Pologne ferment des centrales à Charbon au profit de l’éolien, il diminuera ses émissions carbone. Mais la France n’y aura rien à voir.

L’entourloupe européenne (bis)

Dans la plupart des cas, la croissance de la production renouvelable en France aura pour effet de se substituer à des productions au gaz et au charbon hors de France, et concourt donc à la réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle européenne

Autre entourloupe, aux confins de la désinformation : la croissance de la production renouvelable en France vise aujourd’hui à combler la diminution du nucléaire. La France diminue sa production énergétique, à tel point que l’hiver dernier, RTE envisageait des coupures électriques. En aucun cas, dans l’état actuel des choses, la production française n’a un effet européen. Pire encore, elle force notre pays à importer de l’électricité carbonée d’Allemagne et de Pologne.

Le ministère de l’Écologie invoque le nucléaire… quand ça l’arrange

D’ici à 2035, l’intégration de nouvelles installations éoliennes et photovoltaïques ne nécessitera pas un recours accru au charbon ou au gaz, au contraire.

Le culot des auteurs du texte confine au sublime, quand ils écrivent en justification : “Le système électrique français est suffisamment flexible pour les accueillir en raison de son parc hydroélectrique et nucléaire et des possibilités de piloter la demande.” Rappelons que plus tôt, le document nous rappelait que l’objectif de la part du nucléaire dans le mix énergétique était fixé à 50 % d’ici 2035. Désormais, on nous explique que la flexibilité repose en grande partie sur l’énergie nucléaire alors que de l’autre côté on nous vendait la décroissance à marche forcée du nucléaire, voire sa future disparition.

Les éoliennes sont fiables… à un jour près

“« La production éolienne est difficilement intégrable, car imprévisible » -> faux”

Le “faux” est affirmatif et se veut indiscutable. Pour le justifier, le ministère de l’Écologie explique s’appuyer sur des prévisions météorologiques : “Ces prévisions se révèlent très fiables à 1 jour et fiables à quelques jours”. Les éoliennes sont donc prévisibles… à un ou deux jours près. Rassurant, quand on sait que le nucléaire, lui, ne souffre absolument pas de cette imprévisibilité.

La parole des citoyens faussement prise en compte

“« Les citoyens ne sont pas consultés sur les projets éoliens » -> Faux”

Des réunions de présentation et de concertation sont fréquemment organisées avec les habitants vivant dans un rayon de 6 km autour du site d’implantation retenu”, nous explique-t-on. C’est tout à fait exact. Mais prend-on en compte les avis exprimés ? On peut largement en douter. Les recours sont tellement nombreux (70 % environ des projets avec un taux de rejet de 80 à 90 %) qu’en 2018, l’État supprimait un échelon procédural, pour accélérer le règlement de ces recours. Alors, oui, l’État donne la parole aux citoyens. Mais les écoute-t-il pour autant ?

Une absence de bruit théorique

« Les éoliennes produisent un bruit insupportable pour les riverains » -> Faux

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) considère que les émissions acoustiques audibles des éoliennes sont, bien souvent, « très en deçà de celles de la vie courante ».”

Comment expliquer alors que 7 % de Français interrogés dans le cadre d’un sondage CSA 2015 se déclaraient gênés par le bruit des pales ? Comment expliquer que le parc de 5 éoliennes d’Échauffour dans l’Orne ait subi un arrêt de 19 h à 7 h depuis le 22 janvier, pour cause du bruit causé par l’installation ?

L’État ne prend pas en compte les décisions de la Cour de cassation

“« Un parc d’éoliennes à proximité d’une habitation fait perdre de la valeur à un terrain » -> Pas si simple

Des études ont été menées sur le sujet et concluent globalement à un impact faible, voire inexistant, sur les prix de l’immobilier.”

Non seulement il y a des études qui prouvent l’inverse, mais en plus, la justice s’est penchée sur cette question. Le 25 septembre 2020, la Cour de cassation a jugé, dans un arrêt du 25 septembre 2020, que “l’implantation d’éoliennes à proximité d’habitations, même si elle en diminue la valeur (ndlr : de l’immobilier) ne crée pas en soi un trouble anormal de voisinage justifiant l’indemnisation des voisins.” La justice a donc acté ce point. D’ailleurs, le ministère de l’Écologie a probablement conscience de l’aspect bancal de son affirmation puisqu’il conclut par ”afin de vérifier ce point, l’Ademe mènera une étude dédiée en 2021.

Vous l’aurez constaté, le ministère de l’Écologie tente de nous vendre au forceps ses éoliennes, quitte à tronquer la réalité, à la tordre dans tous les sens. Malheureusement, elle le fait de façon si visible qu’au final, les éoliennes n’en sortent pas grandies. Mais la caricature n’est-elle pas le propre de la propagande ?

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