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Quand le capitalisme médical vend des cadavres humains à l’industrie automobile Abonnés

ARTICLE. Un reportage diffusé mardi aux 20 heures de France 2 dénonce les pratiques commerciales sordides de l’Université de médecine de Paris-Descartes. Elle vendrait une partie des corps des défunts qui leur en ont fait don aux industriels de l’automobile et à l’armée.

Quand le capitalisme médical vend des cadavres humains à l’industrie automobile

Mardi, un reportage de France 2 a fait frémir ses téléspectateurs. À nouveau, l’Université de médecine de Paris-Descartes faisait l’objet d’une enquête sur ses pratiques odieuses. Dans ce reportage diffusé au journal de 20 heures, était rappelé qu’une partie non négligeable des corps des défunts, prétendument “légués à la science” servaient en réalité aux expérimentations industrielles, sans que leurs proches en soient informés.

Au bénéficie de ce commerce macabre ? L’industrie automobile. Paris-Descartes également, qui se sert de ces donations pour se livrer à un juteux commerce avec les constructeurs. Un corps intact coûte environ 900 euros. Vous n’avez pas les moyens ? L’université à la solution : une “pièce anatomique” séparée (à savoir un membre) ne vous coûtera “que” 400 euros. Une part non négligeable du chiffre d’affaires de Paris-Descartes est généré par ce trafic mortuaire : 37 % des revenus servent les intérêts industriels.

Des corps destinés à servir de mannequin pour des crashs tests

L’Université a signé une convention avec le Centre européen d’études de sécurité et d’analyse des Risques (CEESAR) qui travaille main dans la main avec les constructeurs automobiles. Les corps achetés servent de cobaye lors de crash test, afin d’améliorer la sécurité des véhicules. Un bilan des lésions est établi à l’issue du test et “codé” sur une échelle de gravité. Des expérimentations militaires du même type seraient également effectuées sur les macchabées.

Une situation difficilement acceptable pour celui qui fut l’ancien président de l’université entre 2007 et 2011, Axel Khan, qui déclare : “Les personnes qui donnent leur corps à la science n’ont pas conscience de le faire dans le cadre d’une contractualisation privée”, ajoutant “il y a tromperie, incontestablement”. Une situation cruelle pour les familles des défunts qui ont déjà dû s’acquitter des frais de transport de la dépouille jusqu’à Paris-Descartes. Des frais pouvant grimper jusqu’à 700 euros, et destinés en partie à renflouer les caisses d’une Université qui marchande des corps humains.

Paris-Descartes déjà épinglé en 2019

France Télévision a pu dévoiler ces informations en consultant le rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales (IGAS), fruit d’une mission d’inspection diligentée après les révélations de 2019. En novembre de cette année, l’Express avait publié une enquête effroyable, ne décrivant ni plus ni moins qu’un charnier au sein de l’établissement. Les corps étaient entassés, pourrissaient sur place quand ils ne servaient pas de nourriture aux rongeurs qui proliféraient. Les chirurgiens chercheurs devaient s’acquitter d’une “contribution d’occupation" pouvant aller jusqu’à 900 euros HT la journée. La vente des pièces anatomiques et des corps aux industriels de l’automobile y était déjà abordée.

Une société incapable de respecter ses défunts n’est-elle pas une société en perdition ? Comment une Université de recherche peut-elle se livrer à de telles pratiques ? De quel respect parle-t-on quand les familles ignorent tout du devenir des corps, et, placés dans l’ignorance, découvrent la vérité ? Un rapport est attendu le 7 juin, commandé par la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Il devrait contribuer à mieux « encadrer » le don du corps.

Quoi qu’il en soit, la science ayant été aspirée dans le vortex capitaliste depuis le 19ème siècle, il est assez logique de la constater au service de l’industrie et de ses méthodes amorales. L’inertie morbide est constitutive du capitalisme, en ce qu’il vampirise la vie au profit de sa propre accumulation, au mépris de toute forme de sacré. La marchandisation de la vie est en cours, et celle de la mort avec elle. Le symbole est ici frappant.

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