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30.000 euros pour indemniser un Gilet jaune éborgné par l’État Abonnés

ARTICLE. Un Gilet jaune, éborgné par une grenade à l’occasion d’un rassemblement, vient d’être indemnisé à hauteur de 30.000 euros par la justice. Pendant ce temps, les responsables ont toujours leur rond de serviette en Macronie

30.000 euros pour indemniser un Gilet jaune éborgné par l’État

À nouveau, la justice a tranché en faveur d’un gilet jaune. Le jeudi 3 juin, la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (Civi) du tribunal judiciaire de Paris a en effet accordé un dédommagement provisoire de 30.000 euros au manifestant Manuel Coisne. Il avait été éborgné en novembre 2019 par un tir de grenade lacrymogène.

C’était en 16 novembre 2019. La manifestation à laquelle participait Manuel Coisne, dûment déclarée et autorisée par la préfecture de Paris (avant d’être annulée après quelques débordements), se tenait aux abords du centre commercial Italie 2, situé non loin de la place d’Italie. À l’époque, la scène, filmée, avait fait couler beaucoup d’encre ; on pouvait y voir le Valenciennois discuter tranquillement avant de s’écrouler, frappé de plein fouet par une grenade lacrymogène. Pourtant, ce type de projectile était censé être projeté au sol, et bien évidemment, non sur des manifestants. Manuel Coisne a reçu le l’objet en plein dans l’œil gauche. Trois jours plus tard, les résultats de l’expertise médicale étaient sans appel : perte totale de l’œil.

Dix-sept éborgnements, quatre mains arrachées

La Civi a considéré que les violences subies par Manuel Coisne sont “incontestables et qu’aucune faute ne peut être relevée à l’encontre [ndlr, de Manuel Coisne] dans la mesure où, comme en témoigne l’examen des faits filmés par plusieurs caméras, il était en train de discuter calmement”. Une décision qui fait suite à une enquête pour “violences volontaires par une personne dépositaire de l’autorité publique suivies de mutilation ou infirmité permanente". L’ONG Amnesty International s’était émue, à l’époque, de cette répression qui touchait les manifestants.

Car Manuel Coisne n’est malheureusement pas un cas isolé. L’une des figures du mouvement des Gilets jaunes, Jérôme Rodriguez, avait lui aussi été dédommagé en mars 2021. Et lui aussi avait été éborgné quand il avait reçu l’éclat d’une grenade de désencerclement. La Civi avait également abouti au constat d’une “absence de comportements violents ou hostiles “ de sa part. En tout, la répression – d’une ampleur inédite depuis vingt ans – d’un mouvement populaire d’importance avait abouti à 1.900 civils blessés (contre 1.200 chez les forces de l’ordre). D’après le ministère de l’Intérieur, 69 de ces civils avaient été victimes de tirs de lanceurs de balles de défense. D’après le collectif « Désarmons-les », 17 personnes avaient été éborgnées et quatre mains avaient été arrachées. Le sang avait coulé, mais aucune tête gouvernementale n’était tombée.

Le contribuable paiera l’addition

Les 30.000 euros attribués à titre de dédommagement à Manuel Coisne le seront aux frais du contribuable… qui sera sans doute ravi d’apprendre qu’il devra payer pour les débordements d’une police répressive. Les responsables de cette politique honteuse – à savoir Christophe Castaner, ancien ministre de l’Intérieur, et Laurent Nuñez, alors secrétaire d’État auprès du même ministère, sont toujours dans les petits papiers de la Macronie. Tout comme le préfet de Paris, Didier Lallemand, partisan et artisan d’une répression à la dure, quitte à ce que le sang coule. Pendant ce temps, les Gilets jaunes éborgnés, mutilés, vivaient un enfer, comme l’attestait cette enquête de l’Obs publiée en novembre 2019.

On peut se réjouir que la justice ait tranché en faveur d’un Gilet jaune. Mais ils sont encore nombreux à attendre, encore, réparation.

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