Menu
Nation
La France insoumise
Saint-Germain-des-Prés n’a plus peur de Marine Le Pen Abonnés

ARTICLE. Raphaël Enthoven a pris de grosses pincettes, mais il y est allé quand même…au carton. Alors que la sortie de Mélenchon sur Merah continuait de dicter les débats et les conversations, le philosophe a annoncé sur Twitter hier soir qu’en cas d’obligation de vote, il préfererait Marine Le Pen à Mélenchon.

Saint-Germain-des-Prés n’a plus peur de Marine Le Pen

C’est une bombe qu’a lâchée Raphaël Enthoven sur Twitter, lundi soir. Imaginant, le long d’un “fil” de 24 tweets, un scénario qui verrait Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) s’affronter au second tour d’une présidentielle, le philosophe a franchi le Rubicon et écrit que son vote irait, par dépit certes, mais tout de même, à la première. Une vaguelette sur l’océan numérique ? Pas uniquement, car pour la première fois, Saint-Germain-des-Prés, au travers de l’un de ses symboles, a fendu l’armure du « front républicain ».

Pourtant, il est évident qu’il ne s’agit pas là d’un plaidoyer pour Marine Le Pen, loin s’en faut. Le scénario évoqué est très peu probable, comme le rappelle en préambule Enthoven, “ça n’arrivera pas, gros malins. #Melenchon fera un score à un chiffre, et partira (ou pas) sous les quolibets et les ricanements”. Poursuivant “ce n’est pas une raison pour esquiver l’alternative et la comparaison. Alors, Mélenchon ou Le Pen ?” il conclut toutefois au terme de son raisonnement qui n’épargne ni l’un ni l’autre des candidats : “Je peux encore changer d’avis, mais je crois que, s’il fallait choisir entre les deux, et si le vote blanc n’était pas une option, j’irais à 19h59 voter pour Marine Le Pen en me disant, sans y croire, « Plutôt Trump que Chavez. »

Immanquablement, un raz-de-marée d’indignation a suivi. Tout en nuance, la phrase : “plutôt Hitler que le Front Populaire” s’est répandue comme une traînée de poudre, faisant référence au choix politique d’une certaine bourgeoisie qui refusa l’arrivée au pouvoir du Front Populaire dans la France des années 1930. Comparaison n’est pas raison, dirons-nous simplement en guise de commentaire.

La chose était attendue, et le concerné le savait mieux que personne, lui qui a écrit un peu après : “Après ce suicide en ligne, je vous abandonne. J’ai une chronique sur Mélenchon demain. ” Il faut bien reconnaître un certain courage pour faire ce genre de coming out fictionnel, non pas en soi, mais quand on s’appelle Raphaël Enthoven et que l’on représente la voix de la bonne conscience d’un certain milieu parisien consensuel.

Un mouvement de fond ?

Pour autant, personne n’obligeait Raphaël Enthoven à se « suicider » en ligne, comme il le dit lui-même. Il faut donc bien reconnaître que ce suicide répond à un autre, en l’occurrence celui de Jean-Luc Mélenchon lui-même, dimanche, sur France Inter, et dont nous nous sommes fait l’écho ce lundi. De la même manière que la sortie de Jean-Marie Le Pen sur le « détail » de l’histoire (ndlr : en 1987, le fondateur du FN avait considéré que les chambres à gaz étaient « un détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ») l’a marqué toute sa carrière politique du sceau de la disqualification, l’« incident grave » de l’attentat de Merah narré sur fond de complotisme pourrait durablement marquer le leader de la France insoumise.

Un mouvement de fond est donc peut-être en train de se structurer. D’une part, le virage européiste de Marine Le Pen est susceptible d’avoir rassuré bon nombre de ses détracteurs, d’autant qu’elle prend grand soin, elle, de se tenir éloignée des polémiques de l’actualité brûlante pour conforter sa position de représentante populaire et son statut de présidentiable. D’autre part, le tournant indigéniste « woke » désormais absolument flagrant de LFI commence à effrayer réellement le monde de l’éditocratie et plus globalement la superstructure médiatique du pays.

En ce sens, il faut voir les propos publics d’Enthoven comme le symptôme d’un renversement, celui de l’urgence de « faire barrage » à…Jean-Luc Mélenchon.

commentaireCommenter

Nation