Menu
Analyses
Service public
Port du voile dans les services publics : la Belgique en passe de céder au communautarisme Abonnés

OPINION. Après une affaire de port du voile, la Belgique pourrait bien remettre en question la neutralité des services publics. Sous prétexte du respect de la liberté individuelle, le pays fait un nouveau pas vers le communautarisme. 

Port du voile dans les services publics : la Belgique en passe de céder au communautarisme
Publié le 9 juin 2021

Le comité de gestion de la STIB (Société des transports intercommunaux de Bruxelles), sous l’impulsion du PS et d’Ecolo, a décidé de ne pas interjeter appel du récent jugement du tribunal du travail de Bruxelles qui a considéré que la société de transport bruxelloise avait fait montre de discrimination en refusant d’embaucher une candidate qui portait le voile islamique et refusait de se conformer à la politique de neutralité de la STIB, n’autorisant aucun signe convictionnel. À la suite de la décision du Commissaire Open VLD de suspendre la décision du Comité de gestion, la patate chaude a été renvoyée au gouvernement bruxellois. On ne doute pas cependant que ce dernier profitera de l’aubaine pour autoriser le port du voile dans les services publics.

Comme elle aime à le rappeler, la STIB a toujours été pionnière en matière de diversité. Désormais, l’existence d’une jurisprudence condamnant le principe de neutralité exclusive pourra accompagner les avant-gardistes des services publics pour y ouvrir la porte à l’autorisation du port du voile. Il s’agit maintenant pour le gouvernement de trancher : entériner cette jurisprudence ou la contester. Si le juge semble faire office de décideur en déterminant les grandes orientations sociétales, c’est aussi parce que le politique se révèle toujours plus réticent à l’idée d’évoquer ces questions de société, au risque de froisser un électorat bruxellois auquel le juge n’est quant à lui pas soumis. Quand le politique déserte le pouvoir, le juge tranche et fait jurisprudence.

De son côté, la STIB est condamnée. Le juge a sévi. Il prohibe, il enjoint. La STIB accepte d’endosser le rôle de mauvais élève des services publics. Face au poids de la morale politique moderne, la STIB courbe l’échine, renonce à ses principes et ratifie les revendications communautaristes. Le service public abdique devant le motif écrasant de la discrimination, mais, ce faisant, il offre aux partis du gouvernement bruxellois l’occasion d’enfin concrétiser l’une des promesses qui figurait à leur agenda. Et à ce titre, il n’est pas permis que l’on s’en étonne, encore moins que l’on s’y oppose. D’une part, parce que les partis de la majorité ont toujours affiché plus ou moins clairement leurs intentions en matière de port du voile dans les services publics et c’est donc en connaissance de cause que l’électeur s’est prononcé. D’autre part, parce que du point de vue des convenances, il reste de bon ton de se ranger du côté du progressisme — Georges Dallemagne, le député engagé contre l’islamisme qui a eu l’audace de penser au-delà de ce qui était admis en a récemment fait les frais.

Une neutralité à géométrie variable

La neutralité est au centre de toutes les attentions : d’un côté, les partisans d’une neutralité exclusive qui considèrent que l’action et l’apparence de l’État doivent demeurer neutres ; de l’autre, les défenseurs de la neutralité inclusive qui estiment que l’État doit rester en retrait et garantir aux individus la liberté d’afficher leurs signes convictionnels au sein des services publics. Cependant, neutralité n’est pas pour autant synonyme d’indifférence, ce que les défenseurs de « l’inclusivité » semblent trop souvent perdre de vue. La neutralité ne consiste pas en un mouvement de repli de l’État vers une obligation d’indifférence à l’égard des agents de ses services publics. Elle réside davantage en une démarche proactive visant à assurer l’absence de signes convictionnels, qu’ils soient politiques, philosophiques ou religieux. Par ailleurs, on se rappellera utilement que c’est au nom de la neutralité qu’il y a quelques années, les vacances de Noël se sont converties en vacances d’hiver ; que les vacances de Pâques ont été rebaptisées vacances de printemps ! L’histoire veut que ce soit au nom de cette même neutralité que ceux qui hier militaient en faveur de la déchristianisation tentent aujourd’hui de réintroduire le religieux dans la sphère publique en y défendant l’autorisation du port du voile.

Cette prétendue neutralité inclusive n’est alors que l’arbre qui cache la forêt. Elle s’avère être avant tout un outil conceptuel qui vise, d’une part, à saper un héritage chrétien considéré comme suranné et, d’autre part, à faire progressivement droit à d’autres revendications électoralement plus rentables.

Rapport entre l’État et l’individu

Plus fondamentalement, la controverse autour du principe de neutralité recouvre encore la question du rôle dévolu à l’État et de son rapport avec les individus. L’individualisme, qui a apporté avec lui son heureux bagage de libertés et de droits individuels, tend aujourd’hui à devenir l’instrument permettant aux individus les plus déterminés de revendiquer la disparition des derniers remparts encore érigés par l’État. Cet individualisme forcené devient ainsi le cheval de Troie de diverses idéologies qui profitent du principe de liberté individuelle, non plus au titre de finalité politique, mais de méthode utile à leur développement. C’est alors au nom de la liberté individuelle de porter le voile islamique qu’une société de transport renonce à son principe de neutralité. Il ne s’agit plus de demander à l’individu qu’il se déleste de ses signes religieux en intégrant le service public ; c’est à l’État de renoncer à sa philosophie pour accorder à l’individu-roi la faculté d’imposer sans fin ses caprices. Et c’est encore parce que l’individu a décidé que sa religion primait sur son intégration au marché de l’emploi qu’il est, au nom de sa propre liberté, toujours en droit d’attendre de l’État que ce dernier cherche continuellement le plus petit dénominateur commun pour lui concéder le privilège d’afficher ostensiblement ses convictions religieuses au sein des services publics.

L’abus manifeste du principe de liberté individuelle devrait idéalement conduire à inviter l’État à cesser de se dérober et de s’effacer dans les oripeaux de l’indifférence. L’État doit, aussi, pouvoir encadrer, agir, décider… Bref, gouverner, en ne cédant, ni à la honte, ni à la culpabilité.

commentaireCommenter