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Les déchets nucléaires allemands resteront stockés en France Abonnés

ARTICLE. Ce jeudi 10 juin, un accord a été conclu entre la France et l'Allemagne annonçant le retour en Allemagne de trois à cinq conteneurs de déchets nucléaires. Les 152 autres réservoirs de déchets allemands resteront stockés sur le site de la Hague, dans la Manche. Pour le moment, Berlin ne paye pas de pénalité.

Les déchets nucléaires allemands resteront stockés en France

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Après des années de négociations, la France a cédé devant l’Allemagne : 152 conteneurs de déchets nucléaires allemands seront traités à l'usine de traitement Orano à la Hague, dans le département de la Manche. Malgré de nombreux échanges, seuls trois à cinq conteneurs seront renvoyés en Allemagne, le pays étant sous obligation contractuelle de reprendre ses déchets radioactifs traités à l’étranger. Ces quelques conteneurs devront être remis au centre de déstockage provisoire de Philippsburg, dans le Länder de Bade-Wurtemberg, d’ici 2024.

L’accord entre la France et l’Allemagne prévoit une compensation financière pour la France, ainsi que le stockage de 30 réservoirs vides en Allemagne. Néanmoins, le montant de la compensation n’a pas encore été précisé du fait du long processus de négociation, ralenti par des "difficultés techniques” – selon les termes de Bercy et du ministère de l’Environnement. Un plan initial, qui prévoyait le rapatriement de la totalité des conteneurs (157) vers Ahaus et Philippsburg, s’est in fine avéré irréalisable en raison de ces mêmes “difficultés techniques”.

La Hague, déchèterie de l’Europe

La répartition et le stockage de longue durée des déchets nucléaires en Europe est un défi pour le continent entier. A défaut de pouvoir s’en débarrasser, beaucoup de pays préfèrent laisser leurs déchets à l’usine Orano de la Hague, quitte à payer des millions d’euros de pénalités. Des accords bilatéraux, ainsi que la loi française, imposent le retour de ces matières dans leurs pays d’origine. En vain. L’Espagne, par exemple, paye actuellement près de 75 000 euros par jour en frais pour manque de respect à l'engagement de rapatriement. En réponse, Madrid s’empresse de construire son premier entrepôt temporaire de déchets nucléaires à Villar de Cañas… mais celui-ci ne verra pas le jour avant 2028.

L’Allemagne souffre du même problème que l’Espagne. Selon Yannick Rousselet de l’ONG Greenpeace, « Après quarante-sept années d’études géologiques, le site de l’ancienne mine de sel de Gorleben, en Basse-Saxe, vient d’être abandonné ». Aujourd’hui, le gouvernement allemand cherche urgemment un nouveau site de stockage à longue durée. Malheureusement, ce dépôt pourrait n’être opérationnel qu’en 2050 ; en attendant, et comme c’est le cas depuis 2008, les déchets resteront entreposés en France… sans que l’Allemagne ne paye – pour le moment, en tout cas – la moindre pénalité.

L’Allemagne abat ses dernières centrales

Première étape : fin 2022, l’Allemagne prévoit de fermer ses dernières centrales, au nombre de 6, marquant ainsi sa sortie effective du nucléaire. Côté français, l’heure est à l’ambiguïté, « en même temps » macronien oblige ; entre deux concessions à l’éolien, une déclaration ventant l’efficacité de notre mix énergétique.

En mars 2016, déjà, la France et l’Allemagne étaient en désaccord sur la sûreté de la centrale Fessenheim, dans le Haut-Rhin. Pour rappel, l’ASN (l’agence de sûreté nucléaire) avait considéré que la centrale était toujours en état de fonctionner, mais Fessenheim, tout comme les centrales françaises de Cattenom et Bugey, a fermé en 2020, à la suite de plaintes à la Commission Européenne pour “ mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux ”. Avec un coût énergétique, économique et social colossal. Ses centrales bientôt fermées, et faute d’alternative déjà en place, l’Allemagne lorgne donc naturellement de l’autre côté du Rhin pour stocker ses derniers déchets.

Selon une projection du ministère de l’Environnement, l’Allemagne aura produit environ 650 000 mètres cubes de déchets nucléaires d’ici 2080. Mais au cœur de la polémique du moment, les 27.000 mètres cube de déchets allemands à haute radioactivité stockés en France. Malgré les efforts relatifs de Berlin, même le stockage provisoire de ces restes est extrêmement compliqué et dangereux — faute d’infrastructures et devant l’influence du militantisme antinucléaire allemand. C’est dans cette optique que la BGE, la société fédérale pour le stockage définitif des déchets, a été créée en 2016 : une équipe de plus de 70 scientifiques chargés d'analyser le sol allemand et trouver un lieu adapté au stockage des déchets radioactifs.

Des divisions parmi les antinucléaires allemands

La BGE a proposé 90 zones réparties dans tous les Länders qui pourraient accueillir le site définitif. L’ennui, c’est que les gouvernements de chaque région font tout leur possible pour ne pas se voir choisis pour accueillir le futur entrepôt. Markus Söder, le ministre-président de la Bavière, s’oppose ainsi vivement à la construction d’un lieu de stockage dans sa région. La mine de sel de Gorleben, dans le nord du pays, a été disqualifiée de la liste de sites éventuels après de nombreuses manifestations d’antinucléaires. La bataille politique a déjà commencé. Reste au Bundestag de prendre sa décision, avec les recommandations de la BGE, avant la date limite de 2031. Un stockage effectif des déchets nucléaires allemands les plus dangereux est en vue pour 2050. D’ici là, la France continuera a priori à faire office de poubelle… sans que l’Allemagne n’ait commencé à payer la moindre pénalité.

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