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Eolien : Entre Brigitte et Barbara Pompili, Macron refuse de choisir Abonnés

ARTICLE. Le 8 juin, Stéphane Bern partait en croisade contre les éoliennes... et il a pu compter sur le soutien discret de Brigitte Macron. Le président de la République se retrouve ainsi coincé entre sa femme et sa ministre de l’Écologie, Barbara Pompili. Et une fois encore, il choisit le "en même temps".

Eolien : Entre Brigitte et Barbara Pompili, Macron refuse de choisir

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Comme un symbole. Le mardi 8 juin, lors de la remise des prix de la fondation Bern pour l’Histoire et le patrimoine, Brigitte Macron a déclaré à l’animateur de télévision : “Je ne vous ai jamais résisté, et je continuerai”, le qualifiant ensuite de “nouveau don Quichotte”. Des propos rapportés par le Figaro, qui font suite à un discours de Stéphane Bern en partie consacré à “la multiplication anarchique des éoliennes”. Il y a reproché le dogmatisme et l’idéologie qui guide la politique environnementale du gouvernement.

Voir la Première dame acquiescer à cette formulation et ce constat en dit long. Même si la déclaration est faite sur le ton de l’amusement et un sourire aux lèvres, elle n’en est pas moins politique. La femme du président n’est que trop consciente de l’effet que peut produire un tel discours. Et en soi, il n’a rien d’anormal, pour qui connaît la position d’Emmanuel Macron sur les éoliennes.

De 8 000 à 15 000 éoliennes en projet

Pourtant, le président s’est engagé dans son projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) à porter la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité à 32 % d’ici 2030. Celle du nucléaire devra diminuer jusqu’à 50 % à l’horizon 2035. La production d’électricité des éoliennes marines et terrestres (17,6 GW en 2020) devra plus que doubler d’ici 2028. Alors, le président a signé pour le développement à marche forcée de cette énergie : en 2019 il y avait 8 000 éoliennes sur notre territoire et ce nombre devrait être porté à 15 000 en 2028.

Barbara Pompili claironne. La ministre de l’Écologie n’a de cesse de vanter les mérites des énergies renouvelables. Quitte à produire un “vrai-faux” sur l’éolien truffé d’erreurs et de biais idéologiques. En filigrane, l’ancienne membre d’EELV mène une croisade contre le nucléaire. S’appuyant sur le rapport du gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) elle appuie pour une disparition de cette énergie controversée. “On est dans un moment copernicien” a-t-elle déclarée aux Échos en janvier 2021. ”Jamais l’option du 100 % renouvelables n’avait été à ce point approfondie”.

Éolien ou nucléaire ? Le président hésite

Des propos et des positions dont on suppose qu’elles agacent le président de la République. La chose est connue : ses relations avec sa ministre ne sont pas au beau fixe. La sortie médiatique de cette dernière n’est donc pas anodine. Elle fait écho au déplacement du chef des Armées au Creusot, quelques jours plus tôt. Il y a défendu vertement le nucléaire, estimant “essentiel” le rôle dans “l’ambition industrielle décarbonée”. L’avenir “énergétique et écologique” de la France passerait “par le nucléaire”. Une timide tenttative de compromis cependant : ”Je n’ai jamais été un partisan du tout nucléaire”.

Quant à l’énergie éolienne, Jupiter cultive comme souvent l’ambiguïté. S’il veut la développer à marche forcée, il en reconnaît les limites, notamment dans l’opinion publique. “Le consensus autour de l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays", a-t-il reconnu le 14 janvier dernier à Pau, à l’occasion d’une table ronde sur l’écologie. Mais, en bon partisan du “en même temps”, il n’est pas question pour l’instant de revenir sur ce développement, rappelons-le poussé par l’Europe et l’Allemagne. Cette dernière, par ailleurs, si désireuse de faire la peau au nucléaire français.

Si le président avait un semblant de cohérence, sans doute reviendrait-il en partie sur le développement des éoliennes en France. Mais il aurait alors quelques difficultés à conserver l’aile « écologiste » de son parti, dont Barbara Pompili est la figure de proue. Alors, Emmanuel Macron lui sacrifie un morceau de l’indépendance énergétique de la France. Brigitte Macron a beau afficher un soutien amusé à la campagne anti-éolienne de Stéphane Bern, les citoyens ne sont pas dupes, et serrent les dents.

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