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Mila témoigne : “On m’a faite prisonnière dans mon propre pays” Abonnés

EDITO. Interrogée le 13 juin dans l’émission Sept à huit, Mila a témoigné de son quotidien. Elle vit recluse, doit se déguiser pour sortir et faire face à des centaines de milliers de messages de harcèlement. Le prix à payer pour « blasphémer », dans la France du XXIe siècle, sous l’œil complaisant de ceux qui auraient dû la défendre.

Mila témoigne : “On m’a faite prisonnière dans mon propre pays”

Elle est apparue sur l’écran, le visage grave. Le 13 juin, au micro de la journaliste Audrey Crespo-Mara, dans l’émission “Sept à huit”, Mila a raconté son quotidien. La jeune femme de18 ans, a vu sa vie basculer quand en janvier 2020, elle avait déclaré dans une vidéo publiée sur Instagram : “Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le cul”. Une phrase particulièrement mal perçue par certains internautes, fanatiques et moins fanatiques…

Dix-huit mois se sont écoulés. Dix-huit mois qui ont vu l’adolescente basculer dans l’isolement. Son post Instagram a enflammé les réseaux sociaux, les insultes se sont multipliées, de plus en plus violentes : “À l’heure qu’il est, ceux qui m’ont menacée de me brûler à l’acide, de me jeter sous un pont, de m’égorger (…) ces gens-là n’ont pas été inquiétés et sont toujours là-bas.” Là-bas, à savoir son lycée dont elle a été exclue, tout comme elle l’a été du lycée militaire qui l’a accueilli par la suite.

Depuis lors, la jeune fille a été plongée dans une réclusion qui ne dit pas officiellement son nom. Les autorités publiques craignent (à raison) pour son intégrité physique. À tel point que l’entretien de TF1 a eu lieu dans un endroit tenu secret, encadré par plusieurs officiers de sécurité mobilisés pour l’occasion. La folie de la situation apparaît ici : pour une vidéo certes vulgaire (ce que ne nie pas son auteur), objectivement blasphématoire (mais en aucun cas illégale, le délit de blasphème n’existant tout simplement pas dans la loi), une mineure s’est vue privée de sa liberté. À cause de l’obscurantisme de la foule, et sans que la société, pourtant si prompte à se révolter à la moindre occasion, ne semble s’en inquiéter.

Condamné pour un crime qu’elle n’a pas commis

Mila, elle, ne regrette rien. “En aucun cas je n’ai insulté les croyants ou ceux qui m’insultaient. Je pensais qu’on était libre dans mon pays. C’est pas mon problème, s’ils se sentent offensés, et ça ne le sera jamais.” Car fort heureusement, le blasphème n’est plus un crime en France. Mais les réseaux sociaux en ont décidé autrement. Un torrent de haine s’est déversé sur le dos de la jeune femme. “J’ai l’impression d’être condamné pour un crime que je n’ai pas commis”, explique-t-elle, témoignant des menaces qu’elle subit au quotidien : “sale pute”, “on va débarquer chez toi, on va te violer”, “on va t’égorger”

Alors, Mila, le regard posé, déterminé, tient bon. La quinzaine de kilos pris depuis le début de l’affaire trahissent toutefois la pression subie qu’elle refuse parfois à avouer : “J’ai envie de leur dire que je suis encore là, je suis forte, et vous ne me vaincrez pas “. La voix est claire, étonnamment sereine, d’une maturité qui tranche avec les outrances qu’elle confesse ne pas regretter (…) “Je ne peux même pas penser à m’excuser, jamais je baisse les yeux, je garde mon audace”.

Mais que le prix à payer, celui de la liberté, paraît dérisoirement élevé ! Voilà qu’une jeune femme est menacée de torture, de viol, de meurtre, pour de simples propos sur les réseaux sociaux. Alors, pour la protéger, on l’enferme, on la grime pour sortir : “On m’a faite prisonnière dans mon propre pays. Qui dirait le contraire ? On me dit comment m’habiller. Mais je veux pas. Je ne suis pas inspecteur Gadget, je suis une femme j’ai besoin de vivre”. Plutôt que d’emprisonner les harceleurs, les délinquants 2.0, on préfère cacher celle qui n’a pas enfreint la loi.

“La nation est fragile et lâche”

Un scandale, une indignation dont est complice le pays. C’est en tout cas l’opinion de Mila : “La nation est fragile et lâche. Je ne mâche pas mes mots. J’étais pourtant persuadé que mon pays n’était pas comme ça. Je vois la lâcheté partout autour de moi. Personne ne fait rien, parce que les gens ont peur”. Comment lui donner tort ? Où sont-elles, ces féministes qui surgissent au moindre mansplaining, à la moindre remarque jugée un peu sexiste ? Où sont-ils, ceux qui se disaient « Charlie » en 2015 ? Où sont-ils, ces républicains, jadis bouffeurs de curés et désormais soumis aux nouveaux dogmes religieux ? Où sont-elles, les associations des droits de l’Homme, de l’enfance ? Où est-elle, la justice ?

Ils se taisent tous. Quand ils ne déclarent pas, comme le youtubeur débauché par Mediapart Usul, peu de temps après le début de la polémique, que ”le harcèlement en ligne, c’est d’une banalité confondante. C’est un truc monté de toute pièce, un truc de gamin (…) Mila est une adepte du racisme anti-blanc”. Sinistre personnage, qui plutôt que de défendre l’opprimée, contribue à l’ostraciser. Celle qu’il taxe de « gamine » s’est justement vue privé de 18 mois de son adolescence et doit vivre dans la peur. Les anti-Mila ont choisi leur camp, celui de la lâcheté et de la compromission idéologique.

Il est pourtant question de vie ou de mort. “Quand on me demande comment je me vois dans 30 ans… je me vois grande brûlée, peut-être morte dans cinq ans” et de conclure : “Je vais forcément pas rester en vie (sic). Je sais que c’est pas normal et c’est dans ces moments-là que je me mets à pleurer”. Un cri lucide et désespéré.

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