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Assa Traore
La jurisprudence des talons rouges Abonnés

EDITO. Ce mercredi 16 juin, la militante woke Assa Traoré a annoncé fièrement sur Facebook son partenariat avec… Christian Louboutin, monsieur chaussures de luxe. Un symbole du combat commun contre les inégalités et les discriminations…mais surtout de l’escroquerie de la notion de marxisme culturel.

La jurisprudence des talons rouges

« Je vous le dis, petits bonshommes, couillons de la vie, battus, rançonnés, transpirants de toujours, je vous préviens, quand les grands de ce monde se mettent à vous aimer, c'est qu'ils vont vous tourner en saucissons de bataille...C'est le signe...Il est infaillible. » Ainsi parlait Louis-Ferdinand Céline dans son Voyage au bout de la nuit. Une leçon universelle qui a le mérite de transcender les « races » et les « genres », aussi « fluides » soient-ils.

Alors quand un vendeur de chaussures de luxe qui pèse près du milliard d’euros propose une collaboration marketing à une militante autoproclamée en guerre contre un système de domination systémique raciste et hétéro-patriarcal, l’alarme du bon sens devrait normalement déclencher un vacarme salutaire dans les esprits les plus embourbés. À moins que l’épisode, au fond d’une cohérence limpide, ne vienne tout simplement jeter une clarté nouvelle sur l’escroquerie d’un militantisme de façade, naïf et tristement ridicule. Celui qui vous permet d’être invité à la table des représentants du système que vous prétendez combattre.

« Le message d’égalité et les valeurs que vous diffusez en encourageant les uns et les autres, à travers cette magnifique collection, à l’empathie et à l’action, sont le signe que nos espoirs de voir la justice sociale et civique triompher ne sont pas vains dans la lutte contre les violences policières, la discrimination », écrit Assa Traoré au sujet de Christian Louboutin. Un charabia qui fait franchement rigoler, car comme le rappelait Louis Nadau hier soir dans Marianne, la famille Agnelli – qui n’a pas hésité à tailler lourdement dans les effectifs du constructeur Fiat - détient depuis quelques mois 24% du capital de Louboutin.

Assa Traoré précise que 100% des fonds seront reversés pour lutter contre les violences policières, le racisme et les discriminations. Les discriminations sociales, inhérentes au fonctionnement du système capitaliste, elles, attendront. L’opération de communication – qui comprend également les Anglo-saxons Idris et Sabrina Elba – se situe ouvertement dans le sillage du mouvement Black Lives Matter, mouvement afro-américain prétendant lutter contre le racisme systémique envers les Noirs.

Assa Traoré est donc une nouvelle fois le poisson-pilote du soft power américain et accessoirement l’agent du capitalisme mondialisé. Un puzzle cohérent puisque la jeune femme collabore par ailleurs avec la Fondation Obama, organe de propagande américaine chargé de faire la promotion du multiculturalisme et de la culture woke. « Elle est très intelligente ou très bien conseillée, elle répond exactement à ce que les Américains attendent. Ils doivent être très contents d’elle », analysait récemment avec ironie sur Sputnik le chercheur François-Bernard Huyghe dans un article de décryptage du journaliste Thomas Arrighi.

Que n’a-t-on pourtant entendu sur le « marxisme culturel », expression américaine suspecte, censée traduire l’évolution intellectuelle du combat pour l’émancipation politique vers la sphère culturelle. La lutte contre la domination masculine, contre la « blanchité », l’islamophobie ou la promotion de l’écriture inclusive caractériserait la « mise à jour » du marxisme. Preuve éclatante – écarlate ? - est ici donnée de l’inanité de cette proposition. Le « marxisme culturel » ne prolonge pas tant le marxisme qu’il ne le détourne de son axe de lutte originel : la lutte sociale contre le système de prédation capitaliste.

Dans son article « Quand la CIA s’intéressait à Foucault, Derrida et Althusser », la journaliste du Monde Violaine Morin avait déjà montré du reste que la CIA avait suivi de près et accompagné la pensée déconstructrice de la French theory, y voyant un outil de sape contre le marxisme en Europe. En effet, tous les concepts postmodernistes utilisés par les Social Justice Warrior (SJW) et autres militants Woke (« white privilege », « masculinité toxique », « mansplaining », « appropriation culturelle »…) sont tous issus d’un glissement pervers de la théorie de la lutte des classes vers celle des identités (de race, d’ethnie, de sexe et de genre…)

De ce point de vue, le terme de « Social justice warriors » est impropre puisque les SJW et leurs coreligionnaires woke sont moins des « guerriers de la justice sociale » que des « guerriers de la justice sociétale ». Mince alors, la seule qui ne dérange pas le Capital tant et si bien qu’il le promeut. Pas vrai Christian ?

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