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« On ne se laisse plus faire ! » A Caen, les pêcheurs vent debout contre l’éolien marin Abonnés

ENTRETIEN. Pêcheur artisan professionnel à Courseulles-sur-Mer, Philippe Calone est le patron du bateau de pêche « Le Surcouf ». Il manifestera ce samedi à Caen avec d’autres pêcheurs normands contre la construction de parcs éoliens offshore.

« On ne se laisse plus faire ! » A Caen, les pêcheurs vent debout contre l’éolien marin

Front Populaire : La manifestation de ce week-end fait suite aux rassemblements de Saint-Brieuc du 7 et 29 mai. Quel est le sens et l’objectif de cette marche ?

Philippe Calone : Nous demandons un moratoire sur l’implantation d’usines éoliennes offshores du fait que le rapport bénéfice-risque n’est pas connu. Si le moratoire ne nous est pas accordé, nous continuerons à résister à tout prix à l’implantation de ces éoliennes telle qu’elle se fait aujourd’hui. Les travaux ont déjà commencé sans l’accord des pêcheurs artisans qui font des sacrifices et réduisent leurs quotas de pêche chaque année. Il n’y a pas assez d’études écologiques ou économiques pour connaître les effets à long terme de cette construction.

FP : Dans votre communiqué de presse, vous évoquez la « responsabilité de transmettre aux générations futures une planète avec des ressources alimentaires préservées. » Qu’entendez-vous par là ?

PC : Nous parlons d’un projet industriel colossal, descendant à 30 mètres de profondeur. Le peu de retours d’expérience que nous avons laisse présager une diminution de 20 à 40% des ressources de nos mers. Ils vont ravager la zone, comme ils l’ont fait notamment en Angleterre. Entre la pêche artisanale, la pêche industrielle, et maintenant les éoliennes, la côte est surchargée.

FP : La France s’est embarquée dans une campagne pour augmenter radicalement sa production d’électricité renouvelable en mer d’ici 2028. Est-ce une démarche que vous soutenez ?

PC : Nous soutenons le développement des énergies renouvelables, mais nous pensons que, en l’état, nous agissons sans savoir où l’on va. Nous nous demandons quels bénéfices apportera l’exploitation à grande échelle d’éoliennes en France métropolitaine, notamment sur le changement climatique, puisque notre production d’énergie électrique est déjà décarbonée à 97%. De plus, nous n’avons pas encore de connaissances exhaustives et chiffrées des risques environnementaux, sociaux, économiques et culturels.

FP : Les intérêts des pêcheurs artisans normands sont-ils compatibles avec les préoccupations écologiques ?

PC : Non seulement compatibles, mais elles sont aussi et surtout essentielles à la vitalité de notre secteur d’activité.  C’est justement une préoccupation écologique qui nous pousse à manifester samedi, nous avons l’impression de jouer aux apprentis sorciers avec les moulins à vent. Nous cherchons toujours à produire en minimisant notre impact. Et si l’impact d’une action est plus important que le bénéfice, il ne faut pas le faire. Dans le cas des éoliennes offshores, c’est plutôt négatif au niveau de la balance. L’idée de la manifestation de demain, c’est que l’on ait tous notre mot à dire.

FP : Êtes-vous soutenus par les acteurs de la pêche industrielle dans votre opposition aux éoliennes offshores ?

PC : Nous n’attendons aucun soutien de la pêche industrielle, nos relations sont très tendues. Très clairement, nous sommes en guerre contre eux. Ils nous ont volé beaucoup de droits de pêche que nous ne pouvons pas récupérer, ils nous mettent en difficulté, ils pêchent sans contrôle et sans peser. Chaque année, il y a de la surpêche, et c’est à nous de réduire nos quotas. Maintenant, c’est terminé, on ne se laisse plus faire !

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