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LAÏCITÉ
Contre la dérive "décoloniale" à l’école publique, Jean-Pierre Obin tire la sonnette d'alarme Abonnés

ARTICLE. Jean-Michel Blanquer a annoncé lundi un plan de formation des enseignants sur la laïcité. Une proposition que l’on retrouve dans le rapport Obin, rendu au ministre de l’Éducation nationale un mois plus tôt. Le texte, résolument républicain, souligne notamment le glissement idéologique des valeurs de la République et de leurs définitions… tout en redoutant, à demi-mot, l’américanisation de l’Éducation nationale.

Contre la dérive "décoloniale" à l’école publique, Jean-Pierre Obin tire la sonnette d'alarme

Jean Michel Blanquer a rencontré Jean-Pierre Obin ce lundi 14 juin L’occasion pour le ministre de faire part des conclusions qu’il entend tirer du rapport que l’universitaire français et ancien inspecteur général de l’Éducation nationale lui a remis le 18 mai. Un rapport dans la droite lignée de la défense de la laïcité chère au ministre. Le document de 19 pages s’inquiète du nouveau rapport qu’entretient la jeunesse avec la laïcité, mot qu’elle ne semble définir qu’à grand peine… guère aidée par une partie du corps enseignant plus prompt à prôner les valeurs en vogue, mots-valises désincarnés sans grand rapport avec l’universalisme.

En sous-texte, l’américanisation de la société

C’est peu de temps après l’assassinat de Samuel Paty en novembre 2020 que Jean-Michel Blanquer avait commandé ce rapport. Comment un tel événement avait-il pu se produire ? Les professeurs étaient-ils suffisamment armés pour enseigner la laïcité ? Enfin, quelle relation entretenaient les nouvelles générations avec la notion ?

Les réponses sont inquiétantes. Tout particulièrement du côté des élèves. Jean-Pierre Obin pointe chez eux l’idée « d’une laïcité coercitive, voire punitive, conçue pour brider l’expression des religions et d’enseignants insensibles, voire hostiles à leurs convictions ». Pire encore, cette vision, essentiellement du fait de jeunes croyants, a grignoté l’espace collectif. Désormais, elle s’étend également aux non-croyants. Un symptôme de l’américanisation de notre société ? C’est bien possible.

La laïcité doit-elle être « à l’image de la société » ?

Mais pour que la laïcité soit assimilée par la jeunesse, encore faut-il qu’elle soit enseignée. Et qu’elle le soit convenablement. Or, le rapport est réaliste. Il existe une « confusion intellectuelle “sur ce thème (qu’il ne définit pas lui-même, ce qui manque au texte). Parmi la soixantaine d’entretiens réalisés avec des membres de l’Éducation nationale, la notion des ‘valeurs de la République’ à transmettre paraît floue. La laïcité et la devise républicaine sont plébiscitées. Mais c’est après que le bât blesse.

Car une partie des intervenants bascule sur un mode négatif ou victimaire. ‘Lutte contre les discriminations’ ou ‘diversité ‘sont fréquemment cités comme valeurs cardinales de l’enseignement. Pour leurs défenseurs, il s’agit de ‘modeler un service public ‘à l’image de la société’. Une idée qui ouvre grand la porte à l’américanisation de la société, laquelle a engendré de multiples dérives identitaires et raciales au sein des universités aux États-Unis. Il faudrait faire évoluer la société vers une ‘laïcité ‘concordataire’ qui serait issue d’un compromis que la République devrait passer avec l’islam, ou encore d’égéries de la mouvance ‘décoloniale’. Une dérive idéologique qui plonge dans le désarroi les professeurs hostiles à ces concepts, mais impuissants face à leur montée en puissance.

Des professeurs démunis

Les enseignants manquent cruellement de formation sur le sujet : ‘Dans le premier degré, pendant l’année scolaire 2018-2019 (…) seul un enseignant sur cent environ a suivi une journée de formation (en moyenne) sur le thème ‘laïcité et valeurs de la République’’, note le rapport. Le taux, dramatiquement bas, serait d’ailleurs ‘en chute libre’’ Et pour cause, ‘il était cinq fois supérieur trois ans auparavant.’

Alors Jean Michel Blanquer a décidé de réagir sur trois volets. Tout d’abord en lançant un plan sur quatre ans de formation continue pour l’ensemble des personnels. Dès septembre, ils seront ‘1000 formateurs issus de toutes les académies et de tous les départements’. Ensuite, un référent ‘Laïcité et valeurs de la République’ sera nommé dans chaque établissement scolaire. Enfin, la mise en place d’un socle commun sur la laïcité et aux valeurs de la République sera définie et inscrite dans les formations initiales des enseignants et CPE. Mais ce dispositif sera-t-il suffisant pour contrecarrer l’évolution de la société vers l’abîme du communautarisme ?

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